Tivaouane Peulh : Les habitants du quartier Diawara dénoncent l’accaparement de 30 ha par un promoteur immobilier
À Tivaouane Peulh, les litiges fonciers sont loin d’être un mauvais souvenir. Les populations du quartier Diawara montent au créneau pour dénoncer ce qu’elles qualifient d’accaparement foncier de 30 ha par le promoteur immobilier Mountaga Kane, qui envisagerait de démolir des maisons déjà habitées afin d’y ériger une cité.
En conférence de presse ce jeudi 22 janvier dans la localité, les habitants ont exprimé leur colère face à une situation qui dure depuis plus d’une décennie.
Un quartier habité avant l’attribution du bail
Selon Fassouri Diawara, délégué du quartier Diawara, ce dernier existe depuis 2010 et a été officiellement reconnu en 2012. Pourtant, affirme-t-il, un promoteur serait venu, dès 2011, brandir un bail de 30 ha couvrant une zone déjà occupée par des populations.
"Le quartier était déjà habité. À notre grande surprise, un promoteur du nom de Mountaga Kane est venu nous dire qu’il avait un bail sur 30 ha. Personne ne s’y attendait", témoigne-t-il.
Malgré l’occupation effective des lieux, le promoteur aurait persisté dans son projet, allant jusqu’à détruire une partie des habitations sur environ 4 ha, selon les habitants.
Une opposition unanime de l’administration et des populations
Face à cette situation, les populations ont multiplié les démarches, allant jusqu’à saisir la présidence de la République. Une réunion présidée par le sous-préfet, en présence des services administratifs concernés, aurait permis de faire le point sur le dossier.
"Toute l’administration et toute la population étaient contre ce projet, parce que le quartier est déjà habité et que les populations n’ont jamais été consultées", soutient Fassouri Diawara.
Les habitants s’interrogent notamment sur le respect des procédures légales, telles que les enquêtes de commodo et incommodo, censées précéder l’attribution d’un bail foncier.
Des zones d’ombre autour du promoteur et du financement
Le collectif met également en cause la société AD Invest SA, dirigée par Mountaga Kane dont la nature juridique est jugée floue. Les populations contestent par ailleurs l’octroi d’un important crédit bancaire, accordé selon elles sans évaluation préalable du terrain.
"Comment une banque peut-elle accorder un crédit d’une telle importance sur un quartier déjà habité ? Même la procédure bancaire pose problème », dénonce Fassouri Diawara, se présentant comme banquier de profession.
Les habitants rejettent toute tentative de négociation informelle et exigent des documents clairs, délivrés par l’État attestant de leurs droits.
Les femmes en première ligne
Très affectées par ce conflit, les femmes du quartier expriment leur détresse. Seynabou Sy Keïta, habitante depuis 2004, déplore l’incertitude qui pèse sur leurs foyers. « Nous avons acheté nos terrains, construit nos maisons et vécu ici bien avant l’attribution du bail. Le silence de l’État face à cette situation est incompréhensible », dénonce-t-elle.
Déterminées, elles affirment refuser toute négociation avec le promoteur et réclament la régularisation définitive de leur situation foncière. "Nous allons nous battre jusqu’au bout pour obtenir nos titres de propriété", martèle-t-elle.
Un conflit qui s’éternise
Plus de dix ans après le début de cette affaire, les habitants du quartier Diawara disent tourner en rond. Certains enfants nés au début du conflit sont aujourd’hui adolescents, alors que la question foncière reste en suspens.
Les populations appellent désormais les autorités à appliquer les décisions issues des concertations administratives et à leur attribuer des titres fonciers individuels, seule issue selon elles, pour mettre fin à ce conflit qui mine leur quotidien.
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