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Après la démolition de 475 maisons à la Cité Tobago, c’est un drame psychologique qui hante le sommeil des propriétaires des maisons aux abords de l’aéroport, à leur tour menacées de démolitions. Des menaces devenues un véritable cauchemar pour ceux parmi eux qui même dans leur sommeil, guettent à l’arrivée imminente des bulldozers prêts à détruire leurs lieux d’habitation.
«Nous avons tout investi dans cette maison. Si on la détruit, on nous détruit», confie un père de famille dont la maison est menacée de démolition. Comme le reste des habitants, lui et les siens ont perdu le sommeil, craignant de subir le même sort que ces propriétaires dont les maisons ont été démolies du jour au lendemain. Zoom sur les implications psychosociologiques d’un drame qui consume à petit feu une communauté de Sénégalais qui ont investi plusieurs dizaines de millions qu'ils risquent de partir en fumée.
«J’ai vu en rêve le gouverneur et ses bulldozers nous sommant de quitter la maison», confie une dame dans le quotidien L’Observateur qui consacre une pleine page à ces personnes qui se risquent de se retrouver dans la rue. En effet, «Depuis la fin du délai que nous avait accordé le Premier ministre, toute la famille est déprimée. Personne ne sait plus à quel saint se vouer. Il arrive que le repas soit servi, mais que personne n’ait envie de manger. Sincèrement, nous ne vivons pas, la peur a envahi tous les membres de la famille», relate la dame au bord de la dépression. Elle informe avoir acheté, moyennant des années d'économies, le terrain en 2009 à 15 millions de F CFa et avoir investi près de 50 millions pour la construction. «Vous imaginez tout cela réduit à zéro et qu’on se retrouve dans la rue. Qu’est-ce que nos enfants vont devenir ?», s’est-elle interrogée.
«Dans un Etat normal, ces personnes-là auraient dû être assistées, écoutées»
Pour le psychologue Serigne Mor Mbaye, c’est l’Etat qu’il faut indexer dans cette affaire, «L’Etat qui a laissé faire toute cette spéculation foncière». Car, «une maison, c’est une habitation comme les habits que nous portons. Une maison, c’est l’un de nos plus grands projets, donc la construction, est une étape capitale de notre vie. Elle valorise aussi la personne aux yeux de la société… C’est pourquoi la vie bascule lorsque ce projet-là est attaqué par un Etat», tente d’analyser le psychologue qui alerte sur le drame en train de se jouer autour de ces démolitions et la psychose qu’elles installent chez les personnes concernées.
Dans un Etat normal, fait-il remarquer, «ces personnes-là auraient dû être assistées, écoutées». «C’est normal qu’ils soient assaillis par la souffrance et la dépression. Et ils peuvent aller même jusqu’à attenter à leur propre vie. Ils peuvent tout faire (…) leur vie a basculé», regrette Serigne Mor Mbaye, qui prévient contre un drame ou des situations extrêmes aux conséquences fâcheuses. «Puisqu’ils sont victimes de violence inouïe. Il faut s’attendre aussi à un sentiment de révolte, qui peut les orienter vers l’auto-agression ou qu’ils s’enrôlent dans quelque chose pour se défendre».
La peur au vendre, c’est toute une vie qui se brise, tout un projet qui risque de s’effondrer. «Au réveil, la première chose que je fais, c’est de voir s’il n’y a pas de gendarmes devant la maison», souffle un autre.
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