Désigné sénateur par Me Abdoulaye Wade pour succéder à son défunt père, Serigne Mamoune Niasse, Baye Ibrahima Mamoune Niasse, a vu le parti fondé par ce dernier choisir son jeune frère Mansour Niasse, comme futur 1er serviteur du Rp. Une décision dont il explique les tenants et les aboutissants dans cet entretien, tout en explicitant ses rapports avec Me Wade, ainsi que l’engagement du Rp aux côtés de Idrissa Seck qu’il ne remet, certes, pas en cause, mais avec lequel il prend ses distances.
Comment analysez-vous votre nomination en tant que sénateur pour remplacer votre défunt père ?Quand le président est venu présenter ses condoléances à la famille de Mamoune Niasse, il a déclaré qu'il me nommait sénateur. Et je ne pouvais que me fier à ses dires jusqu'à preuve du contraire. Car c'est un cadeau et un musulman ne peut pas refuser un bienfait, quelle que soit sa provenance. C'est ce que d'ailleurs Le Prophète (Psl) nous a enseigné. Et puisque c'est une opportunité pour servir mon pays et ma religion, alors je suis prêt à obéir au moindre ordre. Je reconnais tout de même que c'est une lourde responsabilité. Car depuis, mon sommeil a diminué et ce n'est pas de l'exagération. C'est un très lourd fardeau, mais je m'en remets à Dieu. La confiance et la bonne foi qui m'animent sont mes armes pour servir mon pays et mon peuple. En tout cas, je ferai de mon mieux pour être à la hauteur des attentes. Et par rapport à la situation du pays et surtout l’alliance de votre défunt père avec Idrissa Seck ?Je suis conscient que les Sénégalais sont fatigués. Car le nombre de fidèles, qui viennent, de partout, solliciter nos prières, est assez suffisant pour mesurer l'ampleur de la situation de précarité qui prévaut dans notre pays. La disparition de Serigne Mamoune Niass est plus importante à mes yeux que le fait de nouer une alliance avec Idrissa Seck. Toutefois, Wade m'a montré qu'il est un père pour moi et m'a consolé dans ma douleur. Pour cela je le remercie, mais je sens que je dois aider les Sénégalais car ils ont besoin d'assistance. En tant que religieux, citoyen et homme politique militant du parti Rp qui aura longtemps cheminé avec Serigne Mamoune Niass, j'assumerai pleinement cette responsabilité. C'est pour cela que je compte faire partie de ceux qui vont changer la donne au Sénégal.Estimez vous que c'est aux cotés de Wade que vous pourrez plus venir en aide aux Sénégalais plutôt qu’avec Idrissa Seck ?Je m'en remets toujours à Dieu. C'est pour cela que je n'ai pas cherché à être nommé où que ce soit car, je n'aime pas les tiraillements. Mais en ce qui me concerne, les états d'âme de Wade ou de Idrissa Seck viennent en second lieu, après l'intérêt du peuple qui passe avant tout. Cependant, des rumeurs fusent de partout. Mais je crois que Wade est sincère et n'a pas hésité à placer sa confiance en moi et je ferai le tout pour ne pas le décevoir. Et l’alliance du Rp de Serigne Mamoune Niasse avec Idrissa Seck ?Dans le dernier Bureau politique auquel j'ai assisté, il était question de poursuivre l'alliance avec Idrissa Seck. Mais personnellement, en tant que Cheikh et Khalife de Mamoune Niasse, je ne vais pas renoncer à mes responsabilités. Je n'ai pas démissionné et je ne démissionnerais jamais, à moins que je sois déclaré persona non grata au sein de Rp. Quand Idrissa Seck est venu à Kaolack, je lui ai ouvertement signifié que tant qu'il n’y aura pas de changements venant de lui, ce qu'il avait convenu avec Serigne Mamoune est toujours d'actualité. Mais s'il arrive que nous ne nous retrouvions plus dans les accords de départ, dans ce cas, nous en tirerons les conséquences. Et le choix de votre parti, le Rp de faire de votre jeune frère Mansour le premier serviteur ?C'est un choix que je respecte. Comme je vous l'ai dit tantôt je n'aime pas les tiraillements. Du vivant de Serigne Mamoune, le Bp voulait qu'il me responsabilise davantage au point de lui demander de me confier le parti. Il a d'abord refusé avant d'accepter que j'occupe le poste d'adjoint. Mais il leur a aussi souligné qu'il ne souhaitait pas que ce qui est arrivé à Karim Wade m'arrive. C'est-à-dire que je sois l'héritier du parti de mon père. Pour ce qui est du choix de Mansour, il se trouve qu’après concertations, plus de la moitié de ceux qui constituent le Bp ont voulu voir Cheikh Mansour à la tête du parti. Et à la demande du Bp, on s’est retiré avec deux de mes frères et ma sœur, parce que les gens voulaient qu’on désigne l'un de mes frères. Ils m'ont dit que si je démissionnais de mon poste de sénateur, le parti me serait confié car ils ne veulent pas que le parti Rp rejoigne le camp de Wade. Alors je leur ai fait comprendre que ce n'était pas à eux de me donner des ordres et que moi, on ne me conditionne pas. Wade, quoi qu'on puisse dire, est le président de tous les Sénégalais. Je suis avec lui pour servir mon peuple et c'est tout ce qui nous lie. Mais je reste au Rp, car j'ai beaucoup d'ambition pour ce parti. Donc je ne peux pas me permettre de le laisser tomber.Vous ne pensez donc pas à créer un parti… J'avais créé un mouvement alors que Serigne Mamoune Niasse était encore parmi nous. Ce mouvement s'appelle «And wallou askanwi, naatal Senegaal». Et, Serigne Mamoune approuvait l'idée de même que beaucoup de proches à qui j'avais soumis cette proposition. Ce mouvement peut se redynamiser dans le but d'apporter du soutien à la population sénégalaise. D’ailleurs, je vais faire le tour des différentes familles religieuses pour raffermir les liens et discuter avec elles sur la situation actuelle. En tant que sénateur, je ferai également le tour des régions pour faire ensuite des sondages afin de mieux m'imprégner des maux qui gangrènent certaines couches de la population. Je puiserai de mes fonds propres pour doter certains hôpitaux de matériels. Je ferai également des visites de proximité et je visiterai une prison dans chacun de mes déplacements dans une région. Parce que je suis un ancien détenu et je n'ai pas honte de le dire. Ceux qui m'ont causé le tort qui m'a valu ce séjour carcéral et qui disent des médisances sur ma personne, je les laisse avec le bon Dieu qui, un jour ou l'autre, tranchera.Que répondez- vous à ceux qui dénoncent la passivité des guides religieux face à la situation du pays ?C'est d'ailleurs l'un des but de mes visites de proximité dans les familles religieuses, car elles doivent intervenir. Les tensions sont en train de monter petit à petit. Si nous ne jouons pas ce rôle de médiateurs pour la paix, le pays risque de partir en fumée. Car nous voyons que les tensions entre le pouvoir et l’opposition ont atteint leur summum. Ce qui s'est passé en Egypte peut se passer au Sénégal, si on ne fait pas attention. Que les gens arrêtent de dire que de pareilles choses ne peuvent pas se produire ici à cause de nos saints. Il y a bien des saints en Irak et pourtant nous avons vu ce qui leur est arrivé. Je profite d'ailleurs de l'occasion pour dire à tous les candidats à la course présidentielle qu'il y aura une surprise inattendue, lors du scrutin. Qu'ils se préparent en conséquence à cette éventualité.
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