Gouvernance régionale : Pr Fatou Sow Sarr appelle à passer des discours aux « résultats tangibles »
À l’approche du Sommet du Futur prévu en mai, la CEDEAO a réuni à Saly experts, responsables institutionnels, acteurs de la société civile et partenaires techniques autour d’un dialogue stratégique consacré aux femmes et aux jeunes dans la gouvernance, la paix et la sécurité.
Pr Fatou Sow Sarr : « Passer des constats aux solutions »
Ouvrant les travaux, la Commissaire chargée du Développement humain et des Affaires sociales, la Pr Fatou Sow Sarr, a salué la mobilisation d’« une communauté unique d’experts aux compétences avérées », réunie dans le cadre du cinquantenaire de l’organisation régionale. Selon elle, la rencontre doit dépasser « les certitudes périmées » pour produire des connaissances nouvelles et une intelligence collective capable d’impulser des transformations concrètes. « L’Afrique de l’Ouest a besoin de moins de promesses que de preuves, moins de discours que de résultats tangibles pour ses femmes et ses jeunes », a-t-elle martelé.
Face aux défis persistants — insécurité, pauvreté, marginalisation des femmes, chômage massif des jeunes, fragilité institutionnelle — la Commissaire appelle à changer de paradigme. Pour elle, ces difficultés ne doivent plus être perçues comme des fatalités, mais comme « les symptômes d’un potentiel inexploité ». La région, rappelle-t-elle, dispose d’atouts majeurs : des ressources naturelles abondantes, mais surtout une population jeune, créative et résiliente. Près de 75 % des habitants ont moins de 35 ans et les femmes représentent environ 52 % de la population.
Jeunesse et femmes : moteurs de stabilité et de croissance
Pour la Pr Fatou Sow Sarr, la jeunesse ne doit plus être considérée comme un simple défi démographique, mais comme le moteur d’une croissance inclusive, notamment à travers le numérique et l’innovation. Elle insiste également sur la nécessité d’impliquer directement les jeunes dans les processus décisionnels, au-delà des seules représentations formelles. Sur la question de la paix et de la sécurité, elle souligne que « le visage de la paix reste désespérément masculin » dans la sous-région. Or, l’expérience montre que l’implication des femmes dans les processus de médiation et de sortie de crise favorise des solutions durables. Elle a notamment cité le rôle déterminant joué par des femmes en Guinée-Bissau ou dans l’espace du fleuve Mano.
Au-delà des diagnostics déjà nombreux, la Commissaire plaide pour une « ingénierie de l’action publique » plus transparente, participative et ancrée dans les réalités locales. Elle pointe les faiblesses récurrentes : défaut de mise en œuvre des politiques, manque de volonté politique, absence de suivi et d’évaluation, ou encore financements insuffisants. La stratégie envisagée passe par l’adoption de lois modèles au niveau régional, en collaboration avec le Parlement de la CEDEAO, afin de garantir une représentation accrue des femmes. Elle a cité en exemple la loi sur la parité au Sénégal, qui a permis une présence significative des femmes à l’Assemblée nationale et dans les collectivités territoriales.
Un dialogue inscrit dans la Vision 2050
Prenant la parole au nom du Président de la Commission de la CEDEAO, le Dr Oumar Alieu Touray, la Représentante résidente au Sénégal, Son Excellence Madame Zelma Yolande Nobre Fassinou, a salué la tenue de ce dialogue « en terre sénégalaise, pays de la Teranga ». Elle a souligné que cette rencontre constitue un tournant dans la réflexion stratégique engagée à l’occasion des 50 ans de l’organisation. Pour elle, l’intégration économique et sociale ne saurait être effective sans une prise en compte réelle des droits civils, politiques, économiques et culturels des femmes et des jeunes.
Dans une région où 66 % de la population est jeune, il devient urgent d’anticiper la demande croissante en emploi, éducation, santé et protection sociale.
Les contributions issues de ce dialogue alimenteront le Pacte du Futur qui sera soumis aux chefs d’État et de gouvernement. Au terme de son intervention, la Pr Fatou Sow Sarr a lancé un appel à l’action collective : « Le temps de la simple observation est révolu. Le temps de l’action collective commence maintenant. » L’ambition est claire : faire passer l’Afrique de l’Ouest du statut de marché à celui de puissance régionale intégrée, stable et prospère.
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