Chassez le naturel, il revient au galop… Il y a dans la démarche de Me Wade comme un mécanisme rouillé, obligé de crachoter tout le temps. Car, dès que le chef de l’Etat s’engage dans une direction objective, très vite et aussi vite qu’il l’avait entamée, il repasse toujours à la case de départ. En tout cas, cette manière de faire est constante depuis qu’il est au pouvoir. Souffler le chaud et le froid à la fois. Ainsi, ceci explique la dernière actualité en date, la convocation et la garde à vue de Cyril Touré dit Thiat du groupe ‘Y en a marre’.
A peine venait-il de donner l’image d’un sage africain, débonnaire et conciliant le samedi 23 juillet dernier, le voilà donc qui, comme un éclair, qui ré-enfourche son cheval de bataille. Une attitude qui n’est pas sans déteindre sur ses louables concessions faites à l’opposition : le retrait de la gestion des élections à Ousmane Ngom en faisant de Cheikh Guèye son nouveau ‘ Monsieur élection’, entre autres.
En activant la justice contre le rappeur, trois jours seulement après ses bons sentiments, Me Wade fait donc un grand écart. Un virage à 190 degrés qui n’est pas sans risque. Surtout si l’on considère que la convocation et la garde à vue de Thiat ne reposent pas sur grand-chose dans la forme. Au chef de file des ‘Y en a maristes’, le régime reproche des propos qui, dans un autre contexte, peuvent tout simplement prêter à sourire. ‘Un vieillard de quatre-vingt-dix ans qui ment n’est pas un modèle’, a dit Thiat. C’est vrai que dans nos traditions, le ton est on ne peut plus osé. Mais, d’autres en ont fait pire le samedi dernier sur la place de l’obélisque. Dans l’euphorie de la manifestation, et contexte politique oblige, bien des gens - bien pensants - ont eu les slogans francs-tireurs dans la bouche. Des quasi-propos de campagne ont vraiment volé bas ce jour. Mais, cela est loin d’être l’apanage du M 23. Dans le camp présidentiel, aussi, des opposants ont été traités de terroristes et tutti quanti.
Au total, les propos tenus par Thiat et consorts, dans ce qui s’apparente à un meeting politique, n’entrent vraiment pas dans le cadre de l’article 80 de la Constitution qui porte offense sur la personne du chef de l’Etat. Et, comme le souligne Seydi Gassama, président d’Amnesty international section Sénégal, ce serait faire ‘du deux poids, deux mesures’ que d’envoyer le Thiat en prison. Le chef de l’Etat doit donc faire montre de magnanimité sur cette affaire. Pour, surtout, ne pas entacher sa dynamique de reconquête des cœurs de ses jeunes concitoyens. Car, ils sont nombreux, ceux qui comme Thiat, Simon et Fadel, attendent de lui de nouvelles perspectives pour reprendre espoir.
Envoyer Thiat en prison serait perçu par bien des Sénégalais comme une volonté affirmée de se débarrasser ou encore de faire taire des gens qui dérangent. Cela aurait pour effet de faire braquer cette jeunesse qui crie désespoir et s’évertue à ne pas faire dans l’abandon. Et les rappeurs de ‘Y en a marre’ cristallisent leur volonté de jouer pleinement leur rôle citoyen. D’autant plus que, en choisissant la musique pour s’affirmer, là où d’autres jeunes ont choisi les pirogues suicidaires de l’émigration, ils sont devenus des modèles de la persévérance et d’un engagement exemplaire à relever les défis de la vie. Non, Thiat ne doit pas aller en prison !
Mohamed MBOYO & Ibrahima ANNE
Auteur: Mohamed MBOYO & Ibrahima ANNE
Publié le: Mercredi 27 Juillet 2011
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