Qui était Papa Babacar Mbaye, l’enfant de la Médina devenu le plus jeune ministre de l’histoire du Sénégal ?
Vingt-deux ans après son départ prématuré, l’ombre de Papa Babacar Mbaye plane toujours sur le paysage politique sénégalais avec la persistance des parfums de légende. Ce 30 janvier 2026, alors que la nation commémore le rappel à Dieu de celui qui fut l'une de ses plus brillantes trajectoires, le souvenir de l'homme au « sang vert » dépasse les simples clivages partisans pour s'ériger en modèle de vertu civique.
L’histoire de Papa Babacar Mbaye est celle d’une ascension fulgurante ancrée dans l’humilité des quartiers populaires. Né à la Médina et forgé par la rigueur de Grand Yoff, le jeune écolier qui usait ses bancs dans une hutte en paille à l'école Mor Fall ne se doutait sans doute pas qu’il deviendrait, à peine trois décennies plus tard, le plus jeune ministre de plein exercice de l’histoire du Sénégal. À 30 ans, 11 mois et 18 jours, il marquait les esprits en intégrant le gouvernement du Président Abdou Diouf, un record de précocité historique qui demeure, à ce jour, inégalé sous les cieux de la Teranga.
Pourtant, au-delà des records, c’est la solidité de ses convictions qui a forgé son mythe. Le parcours de Papa Babacar Mbaye est indissociable du Mouvement National des Pionniers, dont il gravit tous les échelons jusqu'à la direction nationale à seulement 22 ans. Cette école de la vie lui a légué une discipline de fer qu’il a ensuite transposée au sein du Parti Socialiste. Sa doctrine, résumée par une formule devenue célèbre, refusait de voir la démocratie comme une source de division : « Notre pays compte plus d’une centaine de partis. Ce qui est important pour moi, c’est que nous appartenons tous à un seul et même parti : le Sénégal ».
L’épreuve de l’alternance de l’an 2000 a révélé la véritable étoffe du leader. Là où la transhumance politique devenait une règle de survie pour beaucoup, il a choisi la voie de la loyauté absolue. Aux côtés de figures comme Ousmane Tanor Dieng, il est devenu le gardien du temple socialiste. Son geste symbolique consistant à planter « l’arbre des traîtres » à la Maison du Parti reste gravé dans les mémoires comme une condamnation végétale de l'opportunisme. Son opposition n'était cependant jamais synonyme d'inimitié personnelle. Le Président Abdoulaye Wade lui-même, malgré leurs divergences profondes, ne cachait pas son admiration pour ce fils spirituel qui, jusque dans la maladie, lui répondait avec une élégance républicaine qu’il préférait mourir socialiste plutôt que de renier ses idéaux.
L'homme de culture, polyglotte et poète, laisse derrière lui un héritage qui respire encore à travers ses enfants. Son fils, Mamadou Léopold Mbaye, perpétue cette tradition de fidélité politique, tandis que sa fille, Ghaëls Babacar Mbaye, porte le flambeau de l'engagement citoyen au sein de la société civile. En ce jour anniversaire, le Sénégal ne pleure pas seulement un météore politique, il célèbre un homme qui a prouvé que la politique pouvait être un exercice de noblesse, de culture et de fidélité. Papa Babacar Mbaye n'est plus, mais son « Parti Sénégal » continue de recruter des cœurs par-delà les générations.
Commentaires (4)
C est mieux. Quel que chose de palpable qu on peut se rappeler. C est ça le plus important
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter ou TikTok pour l'afficher automatiquement.