Projet relogement à Saint-Louis : Human Rights Watch alerte sur la précarité des déplacés de Khar Yalla
Près de dix ans après les graves dégâts causés par l’avancée de la mer et l’érosion côtière qui ont dévasté leurs habitations sur la Langue de Barbarie, plus d’un millier de pêcheurs déplacés vivent toujours dans des conditions précaires à Khar Yalla, à Saint-Louis. Human Rights Watch (HRW) vient de publier un rapport accablant, pointant les manquements de l’État du Sénégal dans la gestion de leur réinstallation et appelant à des politiques inclusives et respectueuses des droits des déplacés climatiques.
Selon HRW, les habitants de Khar Yalla, relogés par la municipalité en 2015 et 2016 après la montée des eaux, n’ont pas pu bénéficier du Programme de Relogement des Populations Affectées (SERP), financé par la Banque mondiale. Si certains déplacés ont été transférés à Diougop, d’autres ont été laissés pour compte, sans solution durable.
« Même si la municipalité a accueilli les déplacés de Khar Yalla, la gestion des déplacements climatiques ne relève pas des compétences communales. C’est une responsabilité de l’État du Sénégal, à travers ses agences spécialisées. Or, il y a eu un manque flagrant de coordination et de suivi », a souligné Fatoumata Kiné Mbodji, responsable communication et plaidoyer de l’ONG Lumière Synergie pour le Développement, partenaire de HRW dans cette recherche.
Elle recommande, entre autres, l’organisation de consultations avec les populations concernées et la garantie de leurs droits fondamentaux : logement, santé, éducation, environnement sain et accès à un travail décent.
Des femmes en première ligne
La question du relogement ne concerne pas seulement les pêcheurs, mais aussi leurs familles, notamment les femmes transformatrices de produits halieutiques, qui voient leurs activités fragilisées par cette instabilité.
Fama Sarr, présidente de l’Union locale des femmes transformatrices et actrice du secteur, dénonce une inégalité flagrante dans le traitement des déplacés :
« Ceux affectés par l’érosion côtière de 2017 ont eu droit à des logements. Mais ceux de 2016, qui survivent depuis près d’une décennie à Khar Yalla, sont toujours oubliés. Pourtant, 68 logements disponibles auraient pu leur être attribués. Nous ne comprenons pas pourquoi ils ne sont pas intégrés dans le projet. »
Elle rappelle que le site de Khar Yalla ne devait être qu’un abri temporaire, mais que la situation perdure, plongeant des familles entières dans la précarité.
Un appel à l’action urgente
Le rapport de Human Rights Watch exhorte l’État du Sénégal à assumer ses responsabilités et à accélérer la mise en œuvre des programmes de relogement. Les familles de Khar Yalla, premières victimes du dérèglement climatique, continuent d’attendre une solution qui tarde à venir.
Dans un contexte où les risques liés à l’érosion côtière s’intensifient, les acteurs locaux et les organisations de défense des droits humains insistent : ignorer la situation de Khar Yalla, c’est aggraver l’injustice climatique et sociale que vivent ces communautés depuis près de dix ans.
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