IA, drones, outils connectés… : comment les startups transforment l'agriculture sénégalaise, focus sur les «nouveaux types de paysans»
Plusieurs jeunes entrepreneurs sénégalais transforment progressivement l’agriculture grâce aux technologies AgriTech. Leurs innovations couvrent l’élevage, la gestion des cultures, l’irrigation et l’amélioration de la productivité, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour le secteur agricole.
Parmi eux, liste Le Soleil, Oumar Basse, cofondateur de Nano Air, a développé «Widim Pompe», un système de télé-irrigation pilotable à distance via téléphone. Déjà utilisé au Sénégal, cet outil permet aux agriculteurs de gagner du temps tout en suivant leur consommation d’eau et d’électricité.
Autre initiative majeure : « Jokalante », créée par Ndèye Amy Kébé, cette plateforme diffuse des informations techniques, sanitaires et climatiques en plusieurs langues locales. Grâce à un système de réponse vocale interactive, elle touche les agriculteurs et éleveurs même dans les zones sans connexion Internet. Ce projet a été récompensé par un prix "Impact" en 2025.
De son côté, Pape Amadou Kane Diop a créé « Mafalia », une startup qui accompagne les PME agroalimentaires dans leur digitalisation en s’appuyant sur l’intelligence artificielle. Son projet a décroché le premier prix du Challenge+ Dakar 2025.
« Impact limité »
Dans un entretien accordé au quotidien national, le Dr Papa Ngor Sadio, enseignant-chercheur à l’Université du Sine-Saloum El Hadj Ibrahima Niass (USSEIN), analyse cette dynamique. Selon lui, ce regain d’intérêt pour l’AgriTech est d’abord structurel : « Ce phénomène s'explique par la jeunesse de la population et l’acuité du chômage. Les jeunes voient désormais dans l'entrepreneuriat agricole un moyen concret de créer leurs propres emplois, soutenus par des politiques publiques qui promeuvent les chaînes de valeur. »
Des freins persistent
L’expert nuance toutefois : malgré la multiplication des innovations (IA, outils connectés, drones), il observe un décalage entre l’offre technologique et la réalité du terrain : « Ces initiatives ont un impact pour le moment limité. Même si la modernisation concerne toute la chaîne, de la production au stockage, ces solutions restent peu vulgarisées et se heurtent à un accès difficile au marché, notamment en raison de la concurrence. »
Pour l'interlocuteur du journal, la technologie n’est plus une option. Face au changement climatique et à la raréfaction de la main-d’œuvre rurale, les innovations deviennent indispensables pour renforcer la productivité et garantir la sécurité alimentaire.
S’il salue les mécanismes d’accompagnement existants- DER/FJ, FONGIP, FONSIS- l’enseignant-chercheur estime toutefois qu'il reste encore beaucoup à faire. Selon lui, l’État doit impérativement faciliter l’accès au foncier, aux équipements lourds et aux financements de grande envergure, afin de permettre à ces startups de passer à l'échelle industrielle.
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