Sénégal-France: ni rupture, ni soumission
On ne dirait pas des siamois, mais Dakar et Paris paraissent inséparables. L’histoire les a liés, et les dirigeants sénégalais qui se sont succédé ont consolidé ce lien. Les caprices de militants ou les slogans de campagne n’y changent rien. La relation entre le Sénégal et la France est faite de continuités, de redéfinitions et de compromis.
Dans un reportage diffusé mercredi sur la Rts, on voit le chef de l’État recevoir une délégation d’entrepreneurs français venus présenter leurs projets au pays de la Téranga. Ces images résonnent avec celles d’un petit-déjeuner de travail tenu quelques heures plus tôt à l’Élysée avec Emmanuel Macron. Au menu : investissements, coopération sécuritaire et défense.
Justement, parlons défense. Depuis quelques mois, tous les éléments de l’armée française ont quitté le territoire sénégalais, conformément à la volonté exprimée par les nouvelles autorités. Un geste hautement symbolique, salué par une large frange de l’opinion comme une affirmation de souveraineté. Mais il serait trompeur d’y voir un « France dégage ». Car derrière cette décision, ce n’est pas la rupture qui se profile, mais une redéfinition des rapports.
Le président Bassirou Diomaye Faye a déjà rencontré son homologue français à deux reprises. Au minimum ! Loin des tensions idéologiques, les deux pays paraissent unis par une nécessité diplomatique et surtout économique. Comme la Chine, la Russie ou les États-Unis, la France a besoin de la stabilité du Sénégal pour rester un acteur crédible en Afrique de l’Ouest.
La preuve : le chef de l’État sénégalais a été invité d’honneur du Mouvement des entreprises de France (Medef). Dans son discours, prononcé symboliquement à Roland-Garros, il a su mêler mémoire historique et ambitions partagées. En filant la métaphore du tennis, il a présenté l’esprit d’entreprise comme un mélange de rigueur, d’endurance et de passion, tout en saluant ce lieu « de performance où chaque match est une épreuve de résilience et de dépassement de soi ».
Devant un parterre d’investisseurs, Bassirou Diomaye Faye a dévoilé les contours de son programme « Vision Sénégal 2050 ». Ce plan stratégique comprend un masterplan 2024-2035 et un plan quinquennal 2025-2029. Objectif : ouvrir de réelles perspectives de partenariat public-privé dans des secteurs variés — infrastructures, énergie, agriculture, numérique, éducation.
Conscient de l’importance du climat des affaires, il a annoncé la révision de trois textes majeurs : le code des investissements, le code des douanes et le code général des impôts. Le but est clair : alléger la fiscalité, simplifier les procédures, renforcer la prévisibilité et attirer davantage d’investissements. « Avancer, dialoguer, surmonter les obstacles et bâtir ensemble les fondements d’un partenariat novateur et mutuellement bénéfique », a-t-il insisté.
Ainsi, malgré les discours radicaux ou les postures de rupture, un constat s’impose : le divorce entre Dakar et Paris n’est pas pour demain. La relation se transforme, parfois dans la douleur, mais elle s’oriente vers une coopération redéfinie, plus équilibrée, où le Sénégal cherche à défendre ses intérêts sans rompre avec son histoire.
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