« Trois ans arrachés à ma vie » : le récit poignant de Baye Gorgui Sèye, accusé de viol, brisé puis acquitté
Il n’avait rien prévu de tout cela. En 2023, comme chaque année à l’approche de la Tabaski, Baye Gorgui Sèye se lance dans le commerce de moutons. Une activité simple, presque routinière. Cette fois, il y associe ses cousins. Une décision banale qui va pourtant faire basculer toute son existence. Cette nuit-là, il monte la garde pour protéger les bêtes. Le froid, la fatigue, le silence. Il tient jusqu’au matin, attendant d’être relevé par son cousin Mor. Épuisé, il se rend chez la sœur de ce dernier pour se reposer. On lui propose un petit-déjeuner, mais il n’a plus la force de manger. Il veut juste dormir.
Quand il se réveille, il est plus de 15 heures. La maison est vide. Calme. Trop calme. Il ferme les portes, appelle son cousin et prévoit de passer chez sa mère récupérer quelques affaires. Tout semble encore normal. Puis le téléphone sonne. Une voix familière, mais un ton méconnaissable : « Tu vas aller directement en prison ». Le choc est brutal, incompréhensible. Quelques minutes plus tard, la vérité lui tombe dessus comme un coup de massue : on l’accuse d’avoir violé la domestique de la maison.
Sidéré, il répète qu’il ne connaît pas cette fille, qu’il ne l’a jamais vue. Il propose même qu’elle soit examinée à l’hôpital. Mais déjà, tout lui échappe. Des hommes surgissent, escaladent le mur. Les cris, les coups, la violence. Il tente de se défendre, puis tout devient flou. Le noir.
Le calvaire carcéral et le poids des accusations
Quand il reprend connaissance, il est traîné dans la rue, humilié devant les passants, avant d’être conduit à la gendarmerie puis à l’hôpital. C’est là, raconte-t-il, qu’il voit pour la première fois celle qui l’accuse. Le certificat médical évoque des signes de lutte, mais ne confirme aucun rapport sexuel. Cela ne change rien : le mandat de dépôt est décerné.
À la prison du Cap Manuel, le temps se fige. Les jours deviennent des semaines, les semaines des mois. Son incarcération durera finalement deux ans et neuf mois. Derrière les barreaux, Baye Gorgui Sèye s’accroche à une seule chose : sa vérité. « Je n’ai jamais changé de version », martèle-t-il. Face au juge d’instruction, il répète inlassablement son innocence. Lentement, un tournant s'opère : les faits de viol sont requalifiés.
Le jour de la délivrance
Le procès s'est finalement tenu le 12 mars dernier. Amaigri, marqué, mais debout, il fait face à ses accusateurs. À la barre, la plaignante hésite. Ses propos se contredisent, sa voix tremble. L’assurance n’y est plus. Dans la salle, les regards changent et le doute s’installe. Le verdict tombe enfin : relaxe pure et simple.
Libre, mais pas indemne. Aujourd’hui, Baye Gorgui Sèye tente de recoller les morceaux d’une vie brisée. Il parle d’un compte Wave vidé, d’économies disparues et d'une confiance trahie. Il évoque aussi l'ombre d'une possible vengeance familiale liée à un divorce difficile. Mais ce qui reste, au fond, c’est une douleur sourde et un immense sentiment d’injustice.
« Un peu de sérieux… juste un peu… et je n’aurais pas perdu presque trois ans de ma vie », confie-t-il. Ses mots sont simples, mais ils portent le poids du temps volé. Une question demeure : comment une vie peut-elle basculer aussi vite et se reconstruire si lentement ?
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