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La rationalisation des agences et autres structures de l’état : enjeux et perspectives ?( Par Dr Sidy DIEYE)

Auteur: Dr Sidy DIEYE

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1. Contexte :
Pour mieux adresser ses interventions au profit des entreprises et
populations, l’Etat du Sénégal a créé plusieurs agences ou structures
administratives. Chaque institution ayant un rôle spécifique à jouer dans
l’atteinte des objectifs stratégiques fixées par l’Etat.
Seulement, dans leur fonctionnement, certaines agences connaissent
beaucoup de di?icultés liées au choix des personnes qui doivent assurer la
direction, une mauvaise gestion, à des décisions stratégiques non
maitrisées, au clientélisme politique, à la concurrence d’autres structures
de l’Etat etc. Le redressement en cours doit rester une priorité pour les
nouvelles autorités.
Le contexte actuel marqué par une situation très tendue des finances
publiques avec un endettement très élevé exacerbé par des dettes
« cachées », exige de nouvelles orientations par les autorités actuelles. C’est
pourquoi, les réformes administratives et financières doivent être
accélérées avec une grande rigueur afin d’assainir la situation actuelle et de
relancer la croissance économique du pays. Parmi ces réformes, il y a la
rationalisation des agences de l’Etat.
2. Quels enjeux pour la rationalisation ?
Plusieurs arguments peuvent être avancés pour la rationalisation des
agences et institutions. Parmi les plus significatifs :
 Optimisation des ressources financières ou des dépenses publiques
L’installation de plusieurs agences peut exploser les dépenses de
fonctionnement de l’Etat (salaires, carburant, téléphones, frais de
fonctionnement de l’organe dirigeant, frais de missions etc.). Malgré le
déploiement de ressources financières adéquates, certaines agences ont
du mal à être e?icaces dans leurs interventions. L’on constate parfois
l’exécution de missions à l’extérieur avec des frais importants (billets
d’avion, frais d’hôtel, etc.) sans impact significatif pour l’organisation.
Nous avons constaté récemment un PCA et un DG d’une institution de la
République qui se déplacent en même temps pour participer à une
rencontre à l’étranger alors qu’une seule personne su?isait pour
représenter l’institution.
Nous saluons récemment la décision du Premier ministre pour
rationaliser les missions à l’étranger avec un nombre limité de personnes.
 Ajustement et cohérence des interventions prioritaires
La nécessité de rendre cohérentes les interventions de l’Etat en mettant
l’accent sur les priorités du moment est une urgence.
Plusieurs structures d’appui sont créées en faveur des PME/PMI et TPE.
On peut citer l’ADEPME (Agence de Développement et d'Encadrement
des Petites et Moyennes Entreprises), le BMA (Bureau de Mise à Niveau),
l’ASEPEX (Agence Sénégalaise de Promotion des Exportations), l’APIX
(Agence nationale pour la promotion des investissements et des grands
travaux) etc.
Leurs interventions doivent être plus e?icaces et cohérentes à travers de
mécanismes simples et adaptés.
 Renforcement de certaines agences et institutions
Certaines agences de l’Etat constituent des leviers stratégiques pour
atteindre les objectifs déclinés dans l’Agenda National de Transformation
2050. Je peux citer l’APIX, le FONSIS, la CDC, le FONGIP, la BNDE. Leur
renforcement et orientation sur leurs missions principales serait un atout
essentiel pour l’accompagnement technique et financier du secteur
privé.
 Elimination des redondances dans les missions d’intervention
A l’examen et l’analyse des missions et interventions de certaines
agences de l’Etat, l’on constate qu’il y avait une véritable problématique
dans les orientations stratégiques en matière d’accompagnement des
entreprises et secteur informel. Cela persiste toujours.
Prenons l’exemple de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) qui a
créé plusieurs filiales dont CDC Habitat qui a comme mission principale
de « construire et commercialiser des logements accessibles et de
standing » alors qu’il existe déjà la SICAP et SN HLM qui ont déjà une
expérience et une expertise avérées dans ce domaine.
Il y a également l’exemple de Kajom Capital (filiale du FONSIS) qui est un
véhicule d’investissement qui a comme mission de « financer l’accès à
la propriété par le mécanisme de la location-vente ».
Il est évident qu’à travers ces deux exemples, nous constatons une
redondance de missions spécifiques assignées à d’autres agences de
l’Etat. Faudrait-il permettre à des agences de l’Etat de s’adonner à une
concurrence « injustifiée » ?
Plusieurs fonds ont été créés dans certains ministères alors qu’ils
pouvaient être regroupés au sein d’une seule institution afin de mieux
optimiser les dépenses de fonctionnement et d’assurer une bonne
e?icacité opérationnelle.
Le choix du Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires (FONGIP)
pourrait être une solution idéale d’autant plus qu’il existe plusieurs sousfonds destinés à l’accompagnement de secteurs d’activités prioritaires
en partenariat avec les institutions financières (banques et SFD) pour
mobiliser des financements additionnels importants avec un e?et de
levier de 2 ou 3.
3. Quels résultats ou impacts ?
Cette rationalisation permettra d’avoir les résultats attendus ci-après :
o Diminution significative des dépenses de fonctionnement ;
o Réorientation des fonds économisés vers des investissements sur
des secteurs d’activités prioritaires ;
o Finalisation du Guichet unique avec un seul « identifiant fiscal »
pour chaque acteur économique ;
o Transparence et équité dans le traitement des dossiers présentés
par les bénéficiaires de services de l’Etat ;
o Accélération des financements par les institutions financières
partenaires ;
o Amélioration de la gouvernance des agences avec la mise en place
des principes d’éthique, de transparence, de redevabilité, de
management stratégique, d’évaluation des impacts etc.,
o Développement des PME&PMI, TPE et secteur informel avec la
création d’emplois ;
4. Quelles perspectives ?
La multiplication des agences qui assurent parfois les mêmes missions
ou tâches, dénote un manque d’orientation stratégique des organes
délibérants (Conseil d’Administration, Conseil d’orientation, ou Comité
de Gestion).
De même, certains textes (lois, décrets, arrêtés etc.) doivent être mis à
jour afin de prendre en compte ou de revoir certaines missions
essentielles ou stratégiques des agences.
Des structures telles que la CDC et le FONSIS doivent se concentrer sur
leurs missions prioritaires et éviter la création de filiales. Il convient
d’encourager la prise de participation dans des entreprises privées ou
parapubliques sans être majoritaires. Bien entendu, le portage d’actions
peut être envisagé dans certaines situations en attendant de trouver des
investisseurs privés et internationaux pour la prise de participation.
5. Quelles recommandations ?
Quelques recommandations peuvent être formulées :
 Mettre à jour la Loi d’orientation N° 2022-08 relative au secteur
parapublic afin de l’aligner aux nouvelles orientations stratégiques et
opérationnelles de l’Agenda National de Transformation. Le rôle et les
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attributions du Comité de suivi du Secteur parapublic doivent être
particulièrement revus.
 Recentrer les missions fondamentales et essentielles des agences ou
autres structures de l’Etat ;
 Assurer une bonne synergie d’actions pour les agences qui seront
maintenues ;
 Regrouper certains fonds créés au sein des ministères en un seul
fonds ;
 Diligenter la mise en place du guichet unique pour accélérer une bonne
prise en charge des besoins des PME & PMI et réduire le délai de
traitement de leurs dossiers. Il s’agit ici d’avoir un écosystème cohérent
et efficace ;
 Assurer une très bonne sélection et la formation permanente de
l’exécutif, des membres des organes délibérants et veiller à leur
évaluation périodique. Il est impératif de privilégier l’éthique, l’expertise
et l’expérience dans le choix de l’exécutif des dirigeants. De même, le
choix d’Administrateurs indépendants de grande qualité est nécessaire.
 Accélérer la transformation digitale des services de l’Administration
afin de mieux satisfaire les clients et usagers ;
 Assurer une forte implication du secteur privé dans l’élaboration et la
mise en œuvre de mesures ou politiques qui le concerne ;
 Elaborer un « Référentiel de Gouvernance d’entreprise applicable aux
secteurs public et privé » : il est indispensable pour assurer une
gouvernance efficace. Il doit aborder tous les aspects liés au
fonctionnement des organes du secteur public et privé ;
 Accélérer l’élaboration d’un dispositif adapté à la formalisation et à
l’accompagnement du secteur informel.
Dr Sidy DIEYE
Spécialisé en gouvernance des organisations
sidy.dieye@gmail.com
Juillet 2025 
Auteur: Dr Sidy DIEYE

Commentaires (6)

  • image
    Ricain il y a 1 mois

    Vous avez oublie de preciser que c'est Wade qui est a l'origine de ces agences budgetivores et inutiles.
    Combien d'emplois ont ete crees par ces structures? A part les salaires hors normes de leurs dirigeants (l'argent circulait au moins), zero impact.

    l'histoire retiendra que c'est Wade qui a deconstruit l'Etat et Macky, son autre fils adoptif qui a plombe le developpement de notre pays.

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    Ahmadou GUEYE il y a 1 mois

    Bonsoir Sidy,

    Merci pour l'analyse sauf que pour la CDC je ne suis pas.en phase avec vous peut être par méconnaissance, c'est la banque de l'Etat son bras d'investissement sur des actifs de filiales rentables à fleuron dans les domaines ( Tech, Finance, Transport, Agro Alimentaire, Aéronautique, Habitat , Défense et Sécurité, Santé, Luxe etc... ). J'ai participé moi même à un schéma directeur stratégique où on a écrit tout çà. Oui l'Etat doit par la CDC acheter des entreprises rentables qui génèrent du profit et participe à la souveraineté économique.

    Un de tes anciens collègues 😉.

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    Laye il y a 1 mois

    Tu veux seulement un poste autrement dit ta part du gâteau. Quelle pays de merde comme l'avait dit Trump

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    Sara KEITA il y a 1 mois







    Le Sénégal a multiplié la création d’agences et de structures administratives pour mieux répondre aux besoins des entreprises et des populations, chaque entité étant chargée d’objectifs stratégiques spécifiques. Cependant, la prolifération de ces agences s’est accompagnée de difficultés majeures : mauvaise gestion, redondance des missions, clientélisme politique, concurrence interne, et explosion des dépenses publiques. Face à une situation financière tendue, marquée par une dette élevée, la rationalisation de ces structures s’impose comme une priorité pour le gouvernement sénégalais.
    La rationalisation des agences publiques au Sénégal vise à assainir les finances de l’État, améliorer l’efficacité de l’action publique et soutenir la croissance économique. La réussite de cette réforme dépendra de la capacité du gouvernement à mettre en œuvre rapidement les mesures annoncées, à surmonter les résistances internes et à garantir une gestion transparente et rigoureuse des ressources publiques.

    Félicitations pour cette analyse pertinente, docteur !

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    Capital humain il y a 1 mois

    sans des hommes de qualité, on n aura pas de résultat quelle que soit la formule choisie..
    Les autorités doivent se ressaisir et mettre les hommes qu il faut à la place qu il faut.
    Autrement, on n avancé pas, donc on recule

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    Capital humain il y a 1 mois

    sans des hommes de qualité, on n aura pas de résultat quelle que soit la formule choisie..
    Les autorités doivent se ressaisir et mettre les hommes qu il faut à la place qu il faut.
    Autrement, on n avancé pas, donc on recule

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