Maintenant pour le climat : la voix des femmes africaines face à l’urgence écologique (Par Khady CAMARA)
Le 5 juin, la Journée mondiale de l’environnement nous rappelle une vérité devenue impossible à ignorer : le climat change plus vite que nos réponses politiques et économiques. Cette année, le thème « Maintenant pour le climat » résonne avec une force particulière sur le continent africain, où les conséquences du dérèglement climatique sont déjà visibles dans les champs asséchés, les inondations répétées, l’avancée du désert et l’insécurité alimentaire.

Pour nous, femmes africaines particulièrement sénégalaises, le changement climatique n’est pas une statistique. C’est une réalité quotidienne. Lorsque les pluies deviennent imprévisibles, ce sont souvent les femmes qui parcourent de plus longues distances pour trouver de l’eau. Lorsque les récoltes diminuent, ce sont elles qui doivent nourrir les familles avec des ressources de plus en plus limitées. Lorsque les catastrophes frappent, elles sont parmi les plus vulnérables, mais aussi parmi les premières à organiser la résilience communautaire.
L’écoféminisme nous enseigne que la domination de la nature et l’oppression des femmes trouvent leurs racines dans les mêmes systèmes d’exploitation. Pendant des décennies, les modèles de développement ont privilégié l’extraction intensive des ressources naturelles sans tenir compte des équilibres écologiques ni des savoirs locaux. Il faut reconnaitre que c’est le modèle dominant patriarcal capitaliste qui est la principale cause des changements climatiques. Et pourtant, dans de nombreuses communautés africaines, à l’image du Sénégal , les femmes sont depuis longtemps les gardiennes des semences, des forêts, des terres agricoles et des traditions de préservation de l’environnement.
Aujourd’hui, rien n’est plus acquis, le monde rural valse entre forte chaleur, dégradation des terres, pertes de récoltes, épizootie, espèces invasives, érosion des sols et exode rural. Il ne suffit plus de parler d’adaptation climatique. Il faut reconnaître le rôle central des femmes dans la construction d’un avenir durable. Les solutions existent et nous l’avons compris. C’est pourquoi depuis 2017 l’association écoféministe Vacances Vertes Promeut l’ agroécologie, le reboisement communautaire, gestion durable de l’eau, énergies renouvelables locales, économie circulaire et protection des savoirs endogènes à travers le projet NAFORÊT ( Nature pour l’autonomisation des femmes par les forêts communales ou l’entreprenariat vert). Ces initiatives, souvent portées par des femmes, démontrent qu’une autre relation avec la nature est possible.
La logique de l’association Vacances Vertes s’inscrit dans l’alternative agricole résiliente avec plusieurs objectifs : changer nos modes de production agraire, donner la voix à la femme paysanne, retourner vers la ruralité et assoir une économie durable.
« Maintenant pour le climat » signifie également maintenant pour la justice. Il est injuste que l’Afrique, qui contribue faiblement aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, subisse de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique. Et c’est là tout le sens de la grande marche historique des femmes pour la justice climatique que j’ai initié au Sénégal depuis 2021.
Il est tout aussi injuste que les femmes, pourtant essentielles à la protection des écosystèmes, soient encore sous-représentées dans les espaces de décision en particulier environnementale. Pourpreuve au moment où le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye et tout le Sénégal célèbrent Maitre Abdoulaye Wade ; ce grand avocat de la condition féminine à travers la loi sur la parité ; seules 4 femmes ont été nommées ministres sur 30 Postes. Une réalité qui dément l’esprit et la lettre de la loi. La parité n’est pas un symbole, c’est une exigence de la démocratie, une condition de la justice sociale et un levier de performance de nos institutions.
Pour revenir à cette Journée mondiale de l’environnement, elle doit être l’occasion de transformer nos engagements en actions concrètes. Les gouvernements doivent investir davantage dans l’éducation environnementale, soutenir les initiatives féminines et garantir un accès équitable aux financements climatiques. Les entreprises doivent adopter des pratiques responsables. Les citoyens, quant à eux, peuvent agir à travers leurs modes de consommation, la protection de leur environnement local et leur soutien aux initiatives communautaires.
Le Sénégal possède une richesse inestimable : sa biodiversité, ses cultures et sa jeunesse. Si nous voulons transmettre cette richesse aux générations futures, nous devons agir dès aujourd’hui. Non demain ! Non dans dix ans ! Tout de suite ! Maintenant !

Car défendre le climat, c’est défendre la vie. Défendre les femmes. Défendre les communautés. Défendre notre avenir commun !
Khady Camara écoféministe ( Docteure Honoris Causa IARPA ET CVPT)
Présidente Association Vacances Vertes
Initiatrice de la marche des femmes pour la justice climatique depuis 2021
Lauréate du prix de l’innovation pour les droits des femmes et des filles en faveur du climat ONU-FEMMES Forum Génération -Égalité 2021
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