Président Ousmane sonko, J’attire votre attention : les Ombres se sont emparées du Président et de Pastef »[Par ALY KHOUDIA DIAW]
On parle toujours de la conjoncture économique. C’est vrai. Les temps sont difficiles. Pour vous, pour moi et pour nous tous, qui n’avons que notre force de travail à vendre. Je me demande comment, après avoir fait partir le président Macky sall en 2024 à cause d’une situation économique chaotique criée, brandie et portée par tous, oser croire que tout sera prospère, embelli et festif en 2026. Peut-on transformer le Sénégal en 2 ans ? Je pense que personne n’est plus sénégalais que Macky sall. S’il avait une baguette magique, il aurait transformé le Sénégal, encore et davantage. Mais son temps est fini, il est parti. Nous avons hérité d’un système basé sur la mise en place successive d’oligarchie socialisto-liberal sur presque 50 ans de règne. Cela laisse forcément des traces, des habitudes, des certitudes, des canaux, des clans, des camps et des carcans. A Pastef, nous avons refusé de nous inscrire dans cette dynamique. Nous avons opté pour la rupture. Et nous avons décidé de dire la vérité aux sénégalais. Ce sera dur. Ce sera dur pour tout le monde. Car il faut revoir les fondements mêmes de notre production de richesse, la manière dont elle est répartie et la catégorie des bénéficiaires.
Oui, nous allons refuser. Les compromis, les arrangements suspects, le partage du gâteau, sur le dos des sénégalais. A Pastef, nous connaissons ceux que nous avons élus. Pas de privilèges indus, pas de passe-droits, pas de partage du gâteau. Juste travailler, se sacrifier et produire de la richesse, non pas pour nous, mais pour les générations futures. Président Ousmane sonko, la réalité du pouvoir ne signifie pas la mêmechose en occident qu’en Afrique. En occident, la réalité du pouvoir se dit lorsque le choix porte sur les questions d’intérêt général, liée à la défense, à la diplomatie, aux orientations économiques, aux lois et règlements. Ici cela renvoie aux copinages, à la gestion de la famille, à la politique politicienne, à la distribution de prébendes, au choix des hommes pour la gouvernance, bref des choix qui ne reflètent jamais l’intérêt général. Si vous étiez socio-anthropologue, je vous aurais volontiers parlé du système organisationnel, notamment la sociologie des organisations et vous montrer comment parfois, le système organisationnel se heurte au choix des décideurs, des réformes, des processus de changement et de transformation, et comment l’occident, au niveau étatique a résolu le problème. Président, on se bat contre les ombres. Les ombres, c’est tout ce qui, à quelque niveau que ce soit, contribue à flouer, à anéantir, à ralentir, à empêcher le choix des hommes de pouvoir, à travers des oppositions non antagoniques, mais mortellement sous adjacentes. Des couloirs opposés à la décision, des oppositions tenaces au changement, des circuits de blocage et des mécanismes de perpétuation de tous les systèmes fondés sur le népotisme et la société d’accaparement telle que décrit par le grand maitre, feu Professeur Malick Ndiaye. Tout le monde parle de rupture, mais personne ne veut que l’on touche à ses intérêts particuliers, au risque de nuire à l’intérêt général. C’est ça le Sénégal d’aujourd’hui. Président Ousmane sonko, c’est encore plus grave. Le pays est miné par l’analphabétisme, la haine et la rancœur, la vengeance et le corporatisme. Des personnes qui nous soutenaient hier, qui soutenaient le projet, pensent maintenant que leur tour est venu. Ils doivent eux aussi bénéficié de privilèges, de prébendes, comme le faisaient hier ceux que nous avons chassés du pouvoir. Ils n’étaient pas avec nous, ils étaient avec leurs intérêts. La fin du régime de Macky Sall a le mérite d’avoir révélé qu’une très forte clientèle politique, médiatique, musicale, showbiseurs, thuriféraires, griotologues, influenceurs, insulteurs et calomniateurs publiques, vieux retraités de la classe politique, oligarchie de toute obédience, vivait en réalité aux crochets de l’Etat. Qui n’ont aucune valeur ajoutée pour la société. Qui vivaient aux dépend de l’état. De par leur position, leur proximité, leur lobby et leur amitié. En s’enrichissant éhontément, ils appauvrissaient le Sénégal et les sénégalais. Président Ousmane sonko, ce sont eux les ombres. L’obscurité, le système. Le crépuscule. Les abysses. Et avec eux, la mort, à l’aube de toutes les reformes et de toutes les audaces. Des créatures résolument braquées vers le paléolithique. Président Ousmane sonko, il n’existe aucune réalité du pouvoir ici. Ce sont des intérêtspersonnels qui sont en jeu. Président Ousmane sonko, les ombres se sont emparées de Pastef. Nous respectons le président pour ce qu’il est et pour ce que vous avez dicté comme conduite. Mais honnêtement Président sonko, les ombres se sont aussi emparées de lui. Nous savons que c’est votre ami, que vous le respectez et que vous gardez jusqu’à présent la distance professionnelle normale pour ne rien laisser filtrer. Mais président, nous savons tous que vous souffrez. Et nous souffrons avec vous. Parce que ce coup-ci, franchement, on ne l’a pas vu venir. Parce qu’il est venu de nous-même, d’un fils que nous avons enfanté, dans la douleur, au plus fort de la grande révolution de 2024, à quelques jours des élections. Dans un climat de tension et de terreur. Président, entre nous, et crois-moi, je sais de quoi je parle, les hommes et les sociétés, c’est mon métier : Ce n’est plus l’homme que nous avons connu. Et le pire reste à venir. L’encerclement de la plus haute source de décision par les Ombres. Si ce n’est déjà fait. Président, nous ne sommes pas battu pour ça, pour qu’on préfère Mimi à Pastef, qu’on préfère Mimi à aida mbodji, qu’on recycle des pans entier de l’ex-opposition et de frustrés qui n’ont que la haine contre Ousmane sonko. Nous ne sommes pas battus pour que des fondations pour des premières dames que l’on fustigeait hier, soient acceptées aujourd’hui. Nous ne sommes pas battus pour que l’enseignement, l’université, les transports et même l’agriculture ne fassent pas l’objet de reformes structurelles. Or président, ces secteurs ont été depuis, phagocytés par les Ombres. Voici que montre l’observation : les grèves dans l’enseignement sont devenues cycliques. Or Il n’y a pas que des enseignants au Sénégal. C’est une corporation que nous respectons, mais les ressources nationales n’appartiennent pas à une seule catégorie socio-professionnelle. Un étudiant de 2026 ne peut etre comme un étudiant des années 90. Une année académique ne peut pas durer 2 à 3 ans. On préfère vous dire la vérité et rectifier pendant qu’il est encore temps. Le budget et les possibilités budgétaires du Sénégal, à l’état actuel, ne peuvent plus supporter la masse estudiantine, les bourses et les rappels de toute sorte. De même, le système de transport doit etre revu, corrigé et modernisé. A chaque fois que le secteur tente la modernisation, des personnalités préhistoriques opposent leurs intérêts spécifiques, refusent le changement et le progrès. Mais c’est peine perdue. Une dame dont je tairais le nom a mis en circulation des bus modernes, adaptés au transport, surs et sécurisés, départ à temps, vitesse contrôlée, visite technique conforme, pression des pneus normale, tenue correcte, bus confortable. Les personnalités préhistoriques ont tenté de l’en empêcher. Elle a résisté. Elle continue de résister. Des groupes d’intérêt qui ne veulent que rien ne change. Du matin au soir, des personnes qui n’ont jamais travaillé, se plaignent que « deuk-bi dafa méti ». Elles le disaient du temps de Wade, elles l’ont dit du temps de Macky, elles continueront de le dire sous Diomaye. Aucune classe, aucune dignité, aucune initiative. Alors qu’à coté, des jeunes, armés de courage et de persévérance, tentent de faire bouger les choses. Dignement. A chaque hivernage, depuis Wade, c’est la même rengaine chez les paysans. Arachide invendu. Bon impayé. A cause des régimes successifs, on a fait croire aux paysans que l’état était forcé d’acheter leur récolte. Personne n’a eu le courage de leur faire comprendre que le paysan sénégalais est un promoteur comme tous les autres, un vendeur. Je n’ai jamais vu un vendeur revendiquer l’achat forcé de son produit. Je n’ai jamais vu un vendeur ordinaire (car on a ancré dans la tête des sénégalais que la culture de l’arachide, héritée des colons, était incontournable) etre subventionné par l’état en semences et engrais et ensuite garantir l’achat de son produit par force. L’état achète ce qu’il peut, avec ses moyens et ses prévisions. Nous voulons réorganiser le système et toute la chaine de production. Des personnes, résolument braquées vers le paléolithique, s’y opposent catégoriquement. Voilà la réalité président Ousmane sonko.
Président Ousmane sonko, les ombres se sont aussi emparées des militants historiques qui ont accédé depuis lors à des postes de responsabilité. Et crois-moi, Président, c’est la catastrophe. Nos responsables politiques se sont complétement évaporés. Ils ne répondent plus au téléphone. Ils ne discutent plus avec les militants. Ils ne lisent plus l’actualité. Ils ne s’intéressent plus aux journaux et à l’actualité. Même sur les aspects politiques. Ils n’animent plus les coordinations, ni les cellules. Toutes les activités politiques sont en standby. La base manque cruellement d’information. Aucun DG, ministres, PCA, directeurs, n’est disponible. Silence et fuite totale. Coupure de tout contact avec les militants à la base. Et pourtant lorsque nous cherchions le pouvoir, on était tout le temps ensemble, on partageait des éléments de langages et des informations sur les perspectives et les réalisations de l’état. Mais, aujourd’hui, plus rien. Et pire encore toutes les rédactions se plaignent de leur refus aux invitations sur les plateaux. Les ministres pensent qu’ils n’ont pas le temps d’aller tout le temps sur les médias. C’est ce que disaient aussi les régimes libéraux (Wade et Macky). Sauf qu’eux avaient déjà eu le temps d’asseoir une base politique sur des dizaines d’années. A Pastef on vient juste de commencer. Personne ne veut plus aller sur les plateaux et ceux qui y vont ne sont pas connus de Pastef et se font massacrer allègrement par les camps adverses. Avant on était proches des journaux et des rédactions, aujourd’hui on les fuit. Avant on était très pertinent, aujourd’hui plus personne ne nous écoute. Avant on était acclamé, aujourd’hui c’est à peinesi on ne baisse pas la tête. Avant, les étudiants étaient avec nous, aujourd’hui il est difficile d’avoir une conversation avec eux. Avant on n’avait des vérités vraie sur tous les dossiers en cours au niveau de la justice. Aujourd’hui par exemple tout le monde pense que l’affaire Ngom est passée d’une centaine de milliards à deux téléphones portables. Qu’azoura Fall est devenu le symbole de l’impunité au Sénégal. Que les martyres sont morts pour rien. Qu’Abass Fall a remplacé Pape Diop et Khalifa Sall dans le championnat de l’injoignabilité au téléphone. Qu’aucune rupture n’est constatée car les DG de Macky sont nos DG et nos DG perçoivent des salaires de 4 à 7 millions, logement de fonction, véhicule à 80 millions, passeport diplo, bref que depuis deux ans nous ne faisons que parler et rien d’autre.
Président les ombres se sont emparés de nous, de Pastef.Le Sénégal est confronté au doute et à l’incertitude. Pluspersonne ne bouge le plus petit doigt. Nous sommes tombés dans le piège du relativisme général. Le relativisme général se dit lorsque pour n’importe quelle situation douloureuse, ambigüe, inattendue, dangereuse et où on n’attend des réactions à la mesure de l’événement, celui-ci est minimisé, sous-estimé, banalisé, dilué dans l’institutionnel, de sorte que ce qui apparait très grave aux yeux de l’opinion est relativisé par le pouvoir au plus haut niveau. On perçoit alors la réalité à partir de prismes déformés. La conséquence est qu’on n’a pas la pleine mesure des événements car tout est relativisé au sommet tandis qu’à la base, c’est la catastrophe, la douleur, la rancœur et la haine silencieuse. C’est ça le danger du relativisme. Les temps sont dures, oui nous le savons à Pastef, c’est pourquoi on a entrepris des reformes et on se bat contre la dette et la conjoncture mondiale. Nous, nous savons, mais est-ce que les autres ont la même lecture et la même compréhension que nous ? Plus personne ne communique. L’affaire AZER est devenue récurrente. Personne à Pastef ne se demande, à l’image de tous les sénégalais, pourquoi cette affaire revient toujours ? Là encore, nous faisons comme si tout le Sénégal avait compris. Ce qui n’est pas le cas et on préfère relativiser en disant que Thierno est dans la politique politicienne. Mais est - ce que les sénégalais le comprennent ainsi ? Non. Le jeune Abdoulaye Ba décède après une intervention de la police à l’UCAD. L’institutionnel prend le dessus. La police, le procureur entrent en scène. On va voir la famille. On indemnise. On pleure. On regrette et le lendemain tout le monde oublie. Personne ne se rend compte que nous venons de faire la même chose que Diouf, Wade et Macky en obtenant aussi notre premier mort. Le procureur a expliqué et la famille a été indemnisée. Mais qu’est ce qui reste dans la perception sénégalaise ? Que tous les pouvoirs se ressemblent « niom nieupa yèm ». Un lourd passif. Plus personne ne bouge. Plus personne ne communique. On s’éloigne peu à peu de la base et de ses réalités. En perdant en chemin une part de notre âme et parfois de notre humanité. Oui Président, Nous avons opté pour la rupture. Et nous avons décidé de dire la vérité aux sénégalais. Ce sera dur. Ce sera dur pour tout le monde. Car il faut revoir les fondements mêmes de notre société, de notre projet de société, de nos valeurs et de nos traditions. Mais y’aurait-il toujours cet engagement du début qui faisait notre fierté ? Plus on avance, plus j’en doute. Carles sénégalais pensent que la vie est un hasard. Que l’on peut vivre sans travailler. Que nous sommes bénis des dieux. Que rien ne peut nous arriver. Que ce qui se passe ailleurs ne se passera pas au Sénégal. Que le monde n’attend rien de nous. Parce que Dieu est humain. Il est sénégalais. Il est d’ethnie wolof, et que le paradis est pour nous.
Aly Khoudia Diaw socio-anthropologue
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