Affaire du faux « Le Drian » : 4 millions d’euros (2 623 840 000 fcfa), l’impératif de clarification (Par Abdou Khadre SALL)
Les révélations et déclarations récentes de Monsieur Gilbert CHIKLI sur l’affaire dite du faux « Le Drian » remettent au cœur du débat public une question qui ne peut rester sans réponse : comment un virement de 4 millions d’euros aurait-il pu être effectué par l’ex président du Sénégal Monsieur Macky SALL au profit d’un individu se faisant passer pour l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian ?
Si les faits sont établis, nous ne sommes plus face à une simple escroquerie internationale sophistiquée. Nous serions face à une défaillance grave au sommet de l’État.
À l’époque des faits supposés, le Sénégal était dirigé par Macky Sall. Dès lors, la question des responsabilités ne peut être éludée.
Comment est-ce possible de virer 4 millions d’euros en une fraction de seconde sans vérification préalable ?
Dans toute administration publique, et a fortiori dans un État souverain, un décaissement d’un tel montant obéit à une chaîne stricte de validation :
. instruction administrative,
. avis du ministère des Finances,
. contrôle du Trésor,
. traçabilité budgétaire,
. et, en cas d’urgence diplomatique, vérification directe auprès des autorités concernées.
Comment, dès lors, un simple appel ou une sollicitation présentée comme émanant d’une autorité étrangère aurait-elle pu déclencher un transfert aussi important sans vérifications approfondies ?
Aucune démocratie moderne ne peut accepter qu’un simple échange, même présenté comme diplomatique, suffise à engager plusieurs milliards de francs CFA.
Cela constitue une incohérence avec le discours budgétaire prôné par le Président Macky SALL à l’époque des faits présumés.
Il est essentiel de replacer ces faits présumés dans leur contexte.
Au début du mandat présidentiel de 2012, le discours officiel insistait sur la nécessité de rigueur budgétaire.
Les finances publiques étaient présentées comme fragiles. Des arbitrages stricts étaient justifiés par le manque de ressources. Des coupes budgétaires étaient annoncées comme indispensables pour redresser l’État.
Comment, dans ce contexte, 4 millions d’euros soit 2 623 840 000 fcfa auraient-ils pu être mobilisés en quelques instants ?
Cette question n’est pas polémique. Elle est économique, institutionnelle et morale.
Car chaque euro versé par l’État provient du contribuable sénégalais.
De ce fait, il est nécessaire de situer clairement les responsabilités
Si cette opération a effectivement été validée, il est impératif d’identifier :
1. La chaîne décisionnelle : Qui a autorisé le décaissement ? Quels documents ont été produits ? Existe-t-il un ordre écrit ? Qui en est signataire ?
2. Les contrôles internes : Pourquoi aucune vérification diplomatique formelle n’a-t-elle été exigée ? Le ministère des Affaires étrangères a-t-il été consulté ? Les services de renseignement ont-ils été saisis ?
3. La responsabilité politique : Si la validation est intervenue au niveau présidentiel, sur quels éléments reposait cette décision ? Quelles garanties ont été demandées ? Pourquoi la prudence élémentaire n’a-t-elle pas été observée ?
Ces questions ne sont pas accessoires. Elles engagent la crédibilité même des institutions.
Une exigence de transparence immédiate
Face à de telles interrogations, le silence n’est pas une option.
Il est impératif que Macky Sall s’explique publiquement sur cette situation. Non pas par convenance politique. Mais par devoir républicain.
Dans toute démocratie mature, un ancien chef d’État confronté à des faits d’une telle gravité se doit d’apporter des éclaircissements clairs, circonstanciés et documentés.
À défaut, le doute s’installe. Et le doute mine la confiance publique.
Ces faits posent encore une fois un enjeu crucial qui est celui de la protection des deniers publics
Les deniers publics ne peuvent continuer de souffrir de décisions prises avec légèreté, imprudence ou absence de contrôle rigoureux.
Les citoyens sénégalais consentent à l’impôt. Les étudiants attendent leurs bourses. Les hôpitaux attendent leurs financements. Les collectivités attendent leurs dotations.
Chaque décision budgétaire engage la responsabilité morale de celui qui la valide.
Si des erreurs ont été commises, elles doivent être reconnues. Si des négligences ont eu lieu, elles doivent être sanctionnées. Si des fautes ont été commises, elles doivent être jugées.
Dans une démocratie, lorsque les explications ne sont pas fournies spontanément, le recours aux institutions judiciaires devient un mécanisme légitime de clarification.
Si aucune explication claire n’est apportée, je me verrai contraint de saisir la justice sénégalaise afin que toute la lumière soit faite sur cette affaire.
Non pas dans une logique de confrontation politique. Mais dans une logique de protection de l’intérêt général.
Car il est inadmissible que les ressources publiques continuent d’être exposées à l’insouciance ou à la négligence de dirigeants qui ont la responsabilité de les protéger.
Je précise que c’est une question de dignité institutionnelle
Cette affaire dépasse les personnes. Elle concerne la solidité de l’État.
Le Sénégal mérite des institutions fortes. Il mérite une gouvernance transparente. Il mérite que chaque franc public soit protégé avec rigueur.
La clarification est aujourd’hui impérative.
L’histoire jugera les silences. Mais la justice, elle, doit établir les faits.
Par Abdou Khadre SALL,
Président du Mouvement Askanou Sénégal

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