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THE KING : Lettre à Daddy Bibson, la voix qui nous a appris à ne jamais nous taire ,(Par Pape Mamadou Camara)

Auteur: Pape Mamadou Camara

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THE KING : Lettre à Daddy Bibson, la voix qui nous a appris à ne jamais nous taire ,(Par Pape Mamadou Camara)

[17:12, 05/04/2026] Adama Seneweb: La nouvelle nous est parvenue des États-Unis comme un couperet, suspendant le temps. Il y a des artistes dont on se persuade qu’ils seront toujours là. Pour nous, enfants et jeunes des années 90 et 2000, ce n’était pas une illusion : Daddy Bibson était de ceux-là. Il était le roc, la clameur de nos révoltes, la mémoire vivante de nos aînés.

Apprendre que Bruno Cheikh Bounama Coly s’en est allé, c’est comme voir disparaître une montagne de l’horizon de Dakar. Ce soir, le silence est lourd. Dans les rues de la capitale, de Thiès à Rufisque, jusqu’à Fass, et même sur les réseaux sociaux, quelque chose s’est figé.

Je fais partie d’une génération qui ne l’a pas découvert sur un écran tactile. Pour comprendre ce qu’il représente, il faut rouvrir ces vieux cartons où dorment nos trésors d’adolescence. Aujourd’hui, j’ai ressorti mes cassettes. J’ai déplié les J-cards usées, ces petits livrets où chaque mot, chaque dédicace portait déjà sa grandeur. Avant même d’appuyer sur “play”, le lien était là.

Bibson, c’était un homme de plusieurs racines. Un père de Soutou, dans la profondeur mystique de la Casamance. Une naissance à Thiès, en décembre 1973. Une jeunesse façonnée entre les rues et la langue. C’est au CEM Makhtar Seck de Rufisque qu’il rencontre Turbo. Deux adolescents qui découvrent que la culture Hip Hop. Avant les studios, avant les scènes, il y avait ça : une invention, une urgence, une parole.

Puis vient Fass. Dakar. Pee Froiss. Avec Xuman, Aladji Man, ils deviennent une référence. Wala Wala Bok sort en 1996, Mako Wakh… Des morceaux qui vibraient dans tout le Sénégal, reconnaissables même sans signature.

Nous avons été les témoins de sa légende. Peut-être pas présents lors des premières fondations de Rap’Adio avec Keyti et Deug Iba, mais nous avons ressenti l’onde de choc. Le rap galsen prenait une dimension internationale, Dakar devenait une capitale du Hip Hop. Et au centre, il y avait Bibson. Ku Weet Xam Sa Bop. Il nous apprenait à nous connaître.

En 1998, il rencontre la famille de Cheikh Ibrahima Niass à Médina Baye. Puis Cheikh Mamour Insa, son guide vers la Fayda. Entre ces deux moments : une transformation. Quand il en ressort, il n’est plus seulement un MC redoutable. Il devient le Commando Baye.

Ses livrets de cassettes ressemblaient à des lettres. À son père, à sa mère Codou Seck, à ses proches. Chez lui, la douleur ne criait pas. Elle s’inscrivait sobrement, et la musique faisait le reste.

Frères Ennemis (2000). Un projet historique, réunissant les deux piliers de Pee Froiss. Wass, Dou Ben Dou Niar, Siiw, Kagna Takh… Un dialogue puissant entre fraternité et tension, entre fidélité et divergence et avec la presence de leur amis eternel Keyti, Kocc 6, G bass…

Cet album reste l’un des plus marquants de son époque. Mais au début des années 2000, il n’y avait pas de débat : Bibson était le numéro un. Pas le plus médiatique. Pas le plus formaté. Le King de l’underground. Le King, tout simplement.

Abul Fay Du (2001). Avant même le premier beat, cette invocation : Ya Fattah, Ya Wazahu, Ya Latifu… Il nous entraînait dans sa spiritualité. Qui d’autre aurait osé ? Kronic Rap, analyse lucide du rap galsen. My Name, ouvert par un Barke Baye Niass. Bibson avait compris avant beaucoup que la foi ne limite pas le rap — elle peut en être le socle.

Et Jaraf… Ce morceau a traversé taxis, maisons, radios. Partout.

Chaque album devenait un chapitre de nos vies. Bobou Ba Légui (2002), avec ce regard d’enfant qui ne nous quittait jamais. S.D.F., qui a fait pleurer tant d’exilés. Et cette phrase, gravée pour son fils : « Wante yague yague dinga ma guisse.» Une promesse de père. Inoubliable.

Il y avait la colère maîtrisée de Jantub Gudi, la puissance de Fompal avec Maxi Krezy, et enfin l’apaisement avec Sant Rek (2008). Une œuvre spirituelle, dense, complète. Un passage de relais aussi, avec la nouvelle génération. Bibson savait toujours où il allait. Sant Rek n’était pas une fin. C’était une élévation. Miza Jour (2011), Viktoire (2012), Philadelphia Story (2014) une discographie cohérente, sincère, essentielle.

Bibson, tu as été le témoin du Sénégal, de Thiès à la Casamance, de Fass aux scènes d’Europe et d’Amérique. Tu portais en toi la dignité, la fierté, la profondeur de tout un peuple.

Tu ne protégeais pas les tiens pour le spectacle. Tu le faisais par principe. Tu vas nous manquer autrement. La culture Hip Hop perd une boussole.

Tu as grandi dans ta musique sans jamais trahir l’enfant que tu étais, ni l’adolescent qui a trouvé sa voie dans le hip-hop.Les voix qui refusent de se taire ne disparaissent jamais. Elles vivent en nous.

Tu as chanté Dieu, Son Prophète ﷺ, et ton guide Baye Niass toute ta vie. Aujourd’hui, tu ne pars pas. Tu rejoins.

Repose en paix, grand Bi, Tijany 733. Repose en paix, King Daddy Bibson! Sant Rek

Crédit photo : Ina Makosi

Auteur: Pape Mamadou Camara
Publié le: Dimanche 05 Avril 2026

Commentaires (4)

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    A il y a 1 mois
    Merci pour cette belle contribution. RIP B.I.B.S.O.N
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    Papis il y a 1 mois
    Ndeysane! Chapeau Pape Mamadou Camara. Jusqu'à présent je ne m'en remets pas, j'en suis tombé malade à la limite. King un jour, king à jamais R.I.P King Daddy Bi respect éternel et à jamais dans nos coeurs
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    momo il y a 1 mois
    Merci Monsieur, yalla nala yalla féy ci séddé bi. Cheikh Coly yalla nako borom bi diégal
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    Hé! il y a 1 mois
    Très belle contribution et très beau témoignage. On sent à la lecture que l'auteur connait l'homme qui est parti. Merci pour ces écrits. RIP Bruno Cheikh Bounama Coly, AKA Daddy Bibson !

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