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Le lait en poudre : Enquête sur un « faux lait » qui menace la santé publique

Auteur: Adama Sy / Ndéye Astou Konaté

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Le lait en poudre : Enquête sur un « faux lait » qui menace la santé publique

Au Sénégal, difficile d’échapper au lait en poudre. Dans le café Touba du matin, le ndogou du Ramadan, le lait caillé du soir ou les yaourts industriels, il est devenu un pilier de l’alimentation. Accessible, bon marché et omniprésent, il s’est imposé comme une solution pour des millions de ménages.

Mais derrière ces sachets vendus parfois à 100 FCFA, une polémique enfle : qualité nutritionnelle contestée, concurrence avec la production locale et inquiétudes sanitaires. Entre nécessité économique et soupçons de « faux lait », immersion dans un marché devenu stratégique. (Reportage).

Immersion dans un Ndogou sous le signe du lait en poudre à Ouakam

18 heures à Dakar, précisément à la cité Avion, un quartier populaire de Ouakam, la famille Barry s’apprête à rompre le jeûne. Dans la cour de la maison, une grande nappe blanche est soigneusement étalée au sol. Autour, une quinzaine de membres de la famille prennent place dans une atmosphère chaleureuse et conviviale.

Des bols de sauce fumante, des bouteilles de boissons fraîches, des dattes et du pain sont disposés pour le Ndogou. À côté, un élément ne manque pas : plusieurs sachets de lait en poudre, ouverts ou encore scellés, prêts à être mélangés au café ou avec de l'eau chaude.

« Effectivement nous consommons beaucoup de lait en poudre », confirme Aïssatou Ciré Baldé, la mère de famille.

Dans ce foyer nombreux, chaque enfant reçoit son sachet individuel de lait en poudre acheté à 100 francs seulement à la boutique. Mais parfois, la famille achète des sachets d’un kilo pour réduire les dépenses. « Le lait entier reste le meilleur pour la santé, mais il n’est pas à notre portée. Le lait en poudre est moins cher et disponible partout. Si le lait local était abordable, nous le choisirions sans hésiter », explique Ibrahima Lamarana Barry.

Malgré les rumeurs sur la qualité, la famille Barry continue d’en consommer.

« Nous avons entendu des critiques, des controverses sanitaires mais nous n’avons pas d’alternative. De toute façon nous ne sommes pas les seuls à consommer ce lait parce que le lait en poudre, c'est tous les Sénégalais qui en consomment. Et puis, c’est Dieu qui protège », ajoute le père de famille.

Un marché dominé par l’importation

Comme les Barry, des milliers de ménages sénégalais consomment ce produit par contrainte économique plus que par choix.

Selon des estimations du ministère de l’Agriculture, le Sénégal importe chaque année entre 65 et 75 milliards FCFA de poudre de lait, soit près de 900 millions de litres.

En 2022, environ 166 000 tonnes de poudre de lait européenne ont été exportées vers le pays.

Dans un contexte où la production locale couvre moins de la moitié des besoins, l’importation reste la principale source d’approvisionnement. Mais cette dépendance fragilise la filière nationale.

Des producteurs locaux étouffés par les importations

Les producteurs locaux dénoncent une concurrence déséquilibrée. En effet, en Afrique de l’Ouest, les droits de douane sur les produits laitiers importés tournent autour de 5 %, bien en dessous d’autres marchés africains. Ces importations massives découragent les investissements dans la production locale. « Nous avons des vaches laitières, nous produisons du lait pur venant directement de nos vaches, sans mélange et nous proposons le litre de lait à 1 000 francs. Mais les consommateurs sénégalais préfèrent le lait importé qu'ils jugent moins cher. Et avec des taxes d’importation très faibles, la concurrence est presque impossible avec les pays importateurs », explique avec désolation Ifra Sow, distributeur de lait local à Mboro.

Certaines poudres de lait vendues en Afrique de l’Ouest seraient issues de lait écrémé auquel on ajoute des matières grasses végétales, comme l’huile de palme.

En effet, un documentaire intitulé « Traînée de poudre », diffusé sur TV5MONDE, a contribué à populariser ce débat en révélant la présence de ces substituts dans plusieurs produits.

Interrogé dans cette enquête, le Pr Yvan Larondelle, chercheur en biochimie et nutrition en Belgique, y affirme que plusieurs poudres analysées contenaient des matières grasses végétales bon marché ayant remplacé la matière grasse laitière naturelle.

« La substitution de la matière grasse laitière peut entraîner une perte de certains nutriments parce que quand on retire la matière grasse laitière, on perd certains nutriments comme la vitamine D et certaines huiles utilisées peuvent contenir des acides gras trans industriels », explique-t-il.

Des critiques dénoncent également des étiquetages jugés insuffisamment clairs, alimentant les accusations de tromperie commerciale.

Lait en poudre importé : Ces controverses sanitaires qui inquiètent nutritionnistes et associations de consommateurs au Sénégal

Face à la montée des critiques sur la qualité du lait en poudre largement consommé par les ménages sénégalais, nutritionnistes et organisations de défense des consommateurs sénégalais évoquent des risques potentiels liés à ce produit importé, notamment un excès de sucre, l’utilisation de matières grasses de substitution et une valeur nutritionnelle parfois jugée insuffisante.

Pour la nutritionniste sénégalaise Fatma Guèye, il est essentiel de distinguer deux réalités.

La première concerne les préparations lactées industrielles : il s’agit de lait écrémé auquel sont ajoutées des matières grasses végétales (MGV), parfois du sucre notamment sous forme de maltodextrine ainsi que des additifs comme la lécithine de soja. Des produits autorisés, mais dont la valeur nutritionnelle reste inférieure à celle du lait entier.

La seconde catégorie, plus préoccupante selon elle, est celle du « faux lait » artisanal, un produit frauduleux fabriqué à base d’amidon de manioc ou de maïs et ne contenant aucune protéine laitière.

« Là, c’est plus inquiétant parce que ce faux lait ne contient aucun produit laitier. Les consommateurs pensent acheter des protéines et du calcium, mais en réalité, ils achètent surtout du sucre issu du manioc. C’est une tromperie. Un produit dont la matière grasse laitière a été remplacée par de la matière grasse végétale ne devrait pas être appelé lait, mais préparation lactée. Les images de vache sur les emballages induisent souvent les consommateurs en erreur alors que ces produits sont majoritairement composés de MGV », explique-t-elle.

Entre préparations lactées industrielles et faux lait artisanal, le terme « lait » recouvre ainsi des réalités très différentes au Sénégal.

Si les premières relèvent d’un cadre légal mais restent nutritionnellement moins intéressantes, le second constitue une fraude pouvant représenter un danger pour la santé publique, en particulier pour les enfants et personnes vulnérables.

Face à cette situation, la spécialiste met en garde contre les risques liés à une consommation régulière de produits pauvres en nutriments.

« Les matières grasses végétales n’apportent pas les mêmes bénéfices que la graisse laitière. Une consommation excessive de MGV saturées peut être associée à des maladies cardiovasculaires ou à l’obésité. Les nourrissons sont particulièrement exposés à des carences et chez les personnes diabétiques, la présence de sucres et d’additifs peut déséquilibrer le régime alimentaire », précise-t-elle.

L’experte plaide enfin pour un retour à la consommation de lait local, qu’elle considère comme une alternative plus saine.

« Le lait local présente un profil nutritionnel naturellement complet. Il est riche en protéines, caséine et lactosérum et contient des matières grasses d’origine animale, beaucoup de calcium et peu ou pas d’additifs ».

Du côté de l'Association des Consommateurs du Sénégal, (ASCOSEN), l’inquiétude est réelle.

« Les consommateurs sénégalais ne doivent pas être des consommateurs de seconde zone. Nous ne devons pas devenir la poubelle d’autres marchés », déplore Momar Ndao, président de l'association qui insiste sur la nécessité de renforcer les capacités du laboratoire national et des contrôles plus stricts à l'importation.

La filière locale, un levier pour la souveraineté alimentaire

Aux yeux de Momar Ndao, sortir durablement de la dépendance aux importations passe par un changement d’approche : encourager la consommation locale tout en renforçant l’accompagnement de l’État aux producteurs sénégalais.

Il souligne que le pays dispose d’un potentiel réel en matière de production laitière. Des initiatives existent déjà, à l’image de La Laiterie du Berger, qui collecte et transforme le lait produit notamment par les éleveurs peuls. Selon lui, ce modèle démontre qu’il est possible de structurer une filière nationale viable, même si ces expériences restent encore insuffisantes à l’échelle du pays.

Pour y parvenir, il préconise plusieurs actions concrètes : multiplier les unités de collecte et de transformation, soutenir la création d’entreprises capables d’acheter le lait auprès des éleveurs dans les zones pastorales et améliorer les conditions d’élevage à travers l’accès à l’alimentation animale, la formation technique et le financement.

Un appel aux consommateurs

S’adressant aux citoyens sénégalais, le défenseur des consommateurs insiste sur l’importance du choix de consommation.

Il invite les Sénégalais à privilégier les produits locaux, estimant que chaque achat constitue un acte économique et citoyen. Consommer sénégalais, explique-t-il, contribue à renforcer l’économie nationale tout en participant à la protection de la santé publique.

Il appelle également les autorités à mettre en place une politique forte d’accompagnement des producteurs locaux.

Au Sénégal, le lait en poudre importé s’est imposé comme un produit incontournable en raison de son prix abordable et de sa large disponibilité, répondant aux contraintes du pouvoir d’achat des ménages. Mais son usage soulève des enjeux dépassant la simple alimentation, touchant à la santé publique, à la survie de la filière laitière locale et à la souveraineté alimentaire.

Entre nécessité pour les consommateurs, défi pour les producteurs et responsabilité pour les autorités, la question centrale demeure : comment garantir un lait accessible sans compromettre la qualité ni l’avenir de la production locale ?

Auteur: Adama Sy / Ndéye Astou Konaté
Publié le: Jeudi 26 Février 2026

Commentaires (10)

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    Jules il y a 2 heures
    Respectez les Sénégalais. Ayez le courage de citer clairement les noms des laits concernés au lieu de lancer des accusations vagues et irresponsables. Nous exigeons que État du Sénégal convoque immédiatement ce journaliste afin qu’il apporte des preuves concrètes à ses affirmations. Se réfugier derrière l’argument fallacieux du « secret des sources » est inacceptable lorsqu’il s’agit de la santé publique. On parle ici de la santé de millions et de millions de Sénégalais. Diffuser de telles accusations sans preuves, c’est semer la panique, porter atteinte à la confiance des citoyens et faire preuve d’une irresponsabilité grave. C’est du n’importe quoi et cela doit être sanctionné.
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    D il y a 1 heure
    Nido c'est du faux lait, Laicran c'est du vrai lait. Les autres je sais pas trop il faut lire les emballages c'est précisé
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    verité il y a 1 heure
    C'est facile de trouver les preuves dont parle ce journaliste. Allez-y dans les rayons des supermarchés et des boutiques qui en revendent. 90% des laits en poudre vendus sont des laits reconditionnés/reconstitués souvent avec de l'huile de palm et/ou autres huiles végétales (lisez les étiquettes). Avec Nido par exemple c'est 40 à 45% de sucre en moyenne sur 100 g de lait. Et, avec çà, les gens ajoutent du sucre dans le café, avant d'en boire. Bienvenue à la bonne santé dans ce cas.
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    Jules il y a 2 heures
    Respectez les Sénégalais. Ayez le courage de citer clairement les noms des laits concernés au lieu de lancer des accusations vagues et irresponsables. Nous exigeons que État du Sénégal convoque immédiatement ce journaliste afin qu’il apporte des preuves concrètes à ses affirmations. Se réfugier derrière l’argument fallacieux du « secret des sources » est inacceptable lorsqu’il s’agit de la santé publique. On parle ici de la santé de millions et de millions de Sénégalais. Diffuser de telles accusations sans preuves, c’est semer la panique, porter atteinte à la confiance des citoyens et faire preuve d’une irresponsabilité grave. C’est du n’importe quoi et cela doit être sanctionné.
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    Germain de Pastouffaille il y a 1 heure
    Ce sont les laboratoires de nos zoos qui devraient faire ces analyses et les politicards depuis des lustres et légiférer pour interdire ces machins et appuyer l'élevage local et la production...mais on konnait nos nourauds...depuis Senghor....Un gros pourri était Babacar Ba ministre des finances...et nos 2 babouches "souverainistes" du moment bouffent leurs caisses noires, et les moutons se chauffent sur des histoires d'orifices ou "d'otages" primitifs qui pissent sur les lois cherifiennes....CHANGEZ RIEN !!
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    Bled il y a 1 heure
    Marrant ce bled..ici mis en avant d'un récital de coran sponsorisé par un truc de mal bouffe !!
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    Malick il y a 1 heure
    Bel article Moi diabétique de type 2 , quel emballage de couleur dois je acheter, vert, rouge ou bleu ?
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    Hakim il y a 1 heure
    Pour être clair net et précis seul le lait en poudre de qualité disponible au Sénégal est la marque "Nido" qui est hors de portée de la bourse de plus de 99% des Sénégalais .
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    Leudou il y a 1 heure
    C'est faux Nido c'est du faux lait reengraissé avec de l'huile de palme, bayil doule c'est écrit sur l'emballage
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    Leudou il y a 1 heure
    C'est faux Nido c'est du faux lait reengraissé avec de l'huile de palme, bayil doule c'est écrit sur l'emballage
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    A sr il y a 1 heure
    Très bon article, avec un bel effort de recherches. La prochaine étape serait, peut-être, de mieux développer sur le lait local. Exemple: ses vertus pour la santé, est-il adapté à tout le monde, existe-t-il des marques qui ont fait leur preuve...
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    Lait il y a 1 heure
    Il faut développer la filière locale, accompagner et soutenir nos éleveurs et producteurs de lait pour qu'ils puissent produire plus de lait avec de meilleurs prix..... et surtaxer le lait en poudre..... Quand on regarde des pays comme le Rwanda, la production de lait est passé de 121 400 tonnes en 2005 à 372 600 tonnes en 2010 puis 891 326 tonnes en 2020.... Parce qu'ils ont eu juste la volonté et l'idée il y a 30 an d'importer des vaches laitières, les distribuer gratuitement aux paysans les plus pauvres les accompagner.....et ils deviennent en quelques années l'un des plus gros producteurs de lait en Afrique.... A kigali, il y a des centaines de bar à lait, ou les gens viennent tous les jours pour boire que du lait frais..... Ils ont crée une usine de transformation de lait , en lait en poudre , en beuure pour l'exportation, en beurre......Les pays comme l'Arabie Saoudite ou l'Egypte achete leur lait en poudre à cette usine..... Donc il faut juste avoir une volonté et une vision.....
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    iba il y a 41 minutes
    il y a même eu un document de TF1 sur le lait en poudre envoyé en Afrique. C'est pas du lait , aucune valeur nutritionnelle, on y ajoute du gras
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    Darkpenguin il y a 20 minutes
    Au Sénégal, le lait vendu n'est pas systématiquement du lait de vache. J'ai tout essayé : en sac, sachets, en boîtes en fer et en carton, en petites briques, en supermarchés, en pharmacies, etc. Les agriculteurs européens réalisent leurs bénéfices sur le lait entier avant de prendre le résiduelles restant enrichi d'additifs et de parfum de lait artificiel pour l'exporter en Afrique sous le nom de grandes marques réputées.

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