Analyse : Le Pr Amath Ndiaye met à nu les fragilités de la stratégie de dette du gouvernement
Alors que l’exécutif sénégalais multiplie les sorties pour rassurer les marchés et les partenaires internationaux, une voix académique de premier plan apporte un éclairage plus nuancé. Pour le Professeur Amath Ndiaye, de la FASEG-UCAD, si le discours officiel du Premier ministre Ousmane Sonko et de son ministre des Finances se veut serein, la réalité économique impose une lecture plus contrastée.
Le premier point de friction identifié par l’économiste réside dans la lecture des indicateurs futurs. Un désaccord profond persiste sur les perspectives de croissance entre Dakar et Washington. Selon le Pr Ndiaye, « alors que les autorités affichent un scénario relativement optimiste, le FMI anticipe une croissance autour de 3 % en 2026 ».
Cette divergence n’est pas qu'une question de chiffres, elle conditionne tout l'équilibre de l'État : « Une croissance plus faible implique des recettes fiscales moins dynamiques, une réduction plus difficile du déficit et une stabilisation plus fragile de la dette ».
Si le gouvernement met en avant une gestion active de la dette pour éviter une restructuration, le Professeur Ndiaye note des signaux de pression qui ne trompent pas. Il souligne notamment la « hausse progressive des taux d’intérêt » et une « concentration de la demande sur les maturités courtes ».
Un indicateur particulièrement révélateur de ces « tensions de trésorerie » est, selon lui, le retour imprévu du Sénégal sur le marché financier régional pour lever 200 milliards FCFA, une opération effectuée « hors calendrier initial ». À cela s'ajoutent des zones d'ombre sur les engagements de l'État : « Des arriérés de paiement seraient au centre de discussions diplomatiques (...) renforçant la perception de fragilité de la liquidité publique ».
Pour l’universitaire, le Sénégal se trouve au cœur d’une équation macroéconomique complexe où les marges de manœuvre s'amenuisent. Il rappelle que « les intérêts représentent plus de 25 % des recettes fiscales en 2025 », un poids qui, couplé aux revendications sociales, rend la situation précaire.
Le Pr Ndiaye estime que la méthode actuelle pourrait bientôt toucher son plafond de verre. « La hausse des taux, la prudence du marché et les tensions de trésorerie suggèrent que cette stratégie s’approche de ses limites », prévient-il.
En conclusion, l'enjeu ne serait plus seulement technique, mais réputationnel. Pour lui, « l’enjeu majeur reste la restauration rapide de la crédibilité financière ». Sans un accord solide et un signal fort envoyé via les discussions avec le FMI, le coût du refinancement risque de devenir un boulet pour la croissance et l'investissement national.
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