L’alimentation, épicentre mutique de l’inflation
Un taux d’inflation global modéré peut coexister avec un malaise économique diffus. La raison tient souvent à la dynamique des prix alimentaires. Lorsque les denrées de base augmentent, l’effet sur les ménages est immédiat et bien plus perceptible que la variation moyenne des prix calculée à l’échelle nationale.
Dans les budgets des ménages modestes, l’alimentation représente une part nettement plus élevée que dans ceux des catégories aisées. Selon les données de la Banque mondiale et des enquêtes de consommation en Afrique subsaharienne, les dépenses alimentaires peuvent absorber 40 % à 60 % du revenu des ménages à faibles ressources. Une hausse du riz, de l’huile ou du pain pèse donc proportionnellement davantage que l’augmentation du prix d’un bien durable acheté occasionnellement.
Les épisodes de flambée des prix mondiaux en 2022, consécutifs à la guerre en Ukraine et aux perturbations logistiques, ont illustré cette sensibilité. L’indice des prix alimentaires de la FAO a atteint en mars 2022 son niveau le plus élevé depuis sa création en 1990. Dans des pays dépendants des importations céréalières, cette évolution s’est traduite par un renchérissement tangible des produits de base sur les marchés locaux.
Même lorsque l’inflation globale ralentit, l’alimentation peut continuer à progresser à un rythme supérieur. Ce décalage alimente le sentiment d’appauvrissement. Les ménages ajustent alors leurs arbitrages, réduisent la qualité ou la quantité des produits consommés, ce qui peut avoir des effets indirects sur la nutrition et la santé.
L’impact macroéconomique ne se limite pas aux foyers. Une inflation alimentaire persistante accroît la demande d’intervention publique sous forme de subventions ou de plafonnement des prix. Ces mesures, si elles sont généralisées, pèsent sur les finances publiques. Elles témoignent de la dimension sociale du phénomène.
La différence entre inflation globale et inflation alimentaire met en lumière une réalité souvent sous-estimée. Les moyennes nationales masquent des effets différenciés selon la structure des dépenses. Tant que les produits essentiels enregistrent des hausses supérieures à l’ensemble des prix, la perception d’une érosion du pouvoir d’achat restera plus forte que ne le suggèrent les indicateurs agrégés.
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