La balance des paiements, ce baromètre extérieur qui en dit parfois plus long que le PIB
Le produit intérieur brut occupe le devant de la scène lorsqu’il s’agit d’évaluer la performance d’un pays. Pourtant, derrière la progression d’un taux de croissance flatteur peut se dissimuler une fragilité plus profonde. La balance des paiements, qui retrace l’ensemble des transactions entre une économie et le reste du monde, offre une lecture souvent plus déterminante de la solidité macroéconomique. Elle révèle la capacité d’un pays à financer ses importations, à honorer ses engagements extérieurs et à attirer des capitaux durables.
Un PIB en hausse peut coexister avec un déficit extérieur persistant. Lorsque les importations de biens, de services et de capitaux dépassent largement les exportations, le pays doit combler l’écart en s’endettant ou en mobilisant ses réserves de change. Dans plusieurs économies africaines, le déficit du compte courant dépasse régulièrement 5 % du PIB. Ce déséquilibre n’est pas nécessairement alarmant à court terme, mais il devient problématique s’il s’installe durablement sans contrepartie productive.
La balance des paiements se compose notamment du compte courant, qui inclut le commerce de biens et services ainsi que les transferts, et du compte financier, qui enregistre les mouvements de capitaux. Une économie peut afficher une croissance soutenue grâce à des investissements publics massifs financés par l’emprunt extérieur. Si ces flux de capitaux se tarissent ou si les conditions financières internationales se durcissent, la situation se renverse rapidement. La crise asiatique de 1997 ou, plus récemment, les difficultés rencontrées par certains pays émergents illustrent ce mécanisme. La croissance interne ne suffit pas lorsque la position extérieure est vulnérable.
En Afrique de l’Ouest, les économies restent fortement dépendantes des importations alimentaires, énergétiques et manufacturières. Les variations des cours mondiaux se répercutent directement sur la balance commerciale. Une hausse du prix du pétrole ou des céréales peut creuser le déficit extérieur même si la production intérieure progresse. Dans ces conditions, la stabilité repose moins sur la taille du PIB que sur la capacité à générer des recettes d’exportation diversifiées et à maintenir un niveau adéquat de réserves de change.
La balance des paiements joue également un rôle central dans la confiance des marchés et des partenaires financiers. Un déficit élevé financé par des capitaux à court terme expose l’économie à des sorties soudaines de fonds. À l’inverse, des investissements directs étrangers ou des transferts de la diaspora offrent un financement plus stable. Les agences de notation et les bailleurs examinent attentivement ces indicateurs, car ils traduisent la soutenabilité externe, au même titre que la dette publique.
La prééminence du PIB dans le débat public tend à masquer cette dimension extérieure. Une économie peut croître rapidement tout en accumulant des déséquilibres qui finissent par peser sur la monnaie, sur les réserves et sur la stabilité financière. La balance des paiements agit comme un révélateur silencieux. Elle rappelle qu’aucune expansion durable ne peut s’affranchir de la contrainte extérieure et que la véritable solidité économique se mesure autant à l’intérieur qu’à l’interface avec le monde.
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