Les zones économiques face à l’épreuve de l’ancrage local
Partout sur le continent, les zones économiques spéciales se sont imposées comme un instrument privilégié des stratégies d’industrialisation. Offrant des régimes fiscaux préférentiels, des procédures administratives simplifiées et des infrastructures dédiées, elles promettent d’attirer des capitaux étrangers et de créer des emplois manufacturiers. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, plus de 7 000 zones de ce type existent désormais dans le monde, dont plusieurs centaines en Afrique.
Leur logique est connue. Concentrer sur un périmètre donné des avantages réglementaires et logistiques afin de réduire les coûts d’implantation, d’accélérer les délais et d’offrir un environnement plus prévisible que le reste du territoire. Au Sénégal, la Zone économique spéciale intégrée de Diass s’inscrit dans cette dynamique. L’objectif affiché consiste à développer des activités industrielles et logistiques, notamment dans l’agro-industrie, la transformation et les services à haute valeur ajoutée, en s’appuyant sur la proximité de l’aéroport international et du port de Dakar.
Les résultats observés à l’échelle internationale invitent toutefois à la nuance. En Éthiopie, les parcs industriels ont contribué à une montée en puissance des exportations textiles au cours de la dernière décennie, soutenue par des investissements asiatiques. À Maurice, les zones franches ont joué un rôle central dans la diversification économique dès les années 1980. À l’inverse, dans plusieurs pays, ces espaces sont restés partiellement occupés ou faiblement connectés au tissu productif national, limitant les retombées locales.
Le point décisif réside dans l’articulation avec l’économie environnante. Une zone qui importe l’essentiel de ses intrants, emploie une main d’œuvre peu qualifiée sans transfert de compétences et réexporte sa production sans ancrage local génère un impact restreint. Les effets d’entraînement apparaissent lorsque des fournisseurs nationaux s’intègrent aux chaînes de valeur, que des compétences techniques se diffusent et que les infrastructures bénéficient à l’ensemble du territoire.
La question fiscale mérite également attention. Les exonérations consenties, parfois sur plusieurs années, représentent un manque à gagner budgétaire. L’équilibre se justifie si les investissements générés créent des emplois formels, élargissent la base productive et stimulent les exportations. Dans le cas contraire, la zone peut devenir une enclave bénéficiant d’avantages significatifs sans contribution proportionnée aux finances publiques.
L’expérience internationale montre enfin que la stabilité réglementaire et la qualité des infrastructures pèsent davantage que les seules incitations fiscales. L’énergie fiable, la logistique performante, la sécurité juridique et la disponibilité de compétences spécialisées conditionnent la pérennité des implantations industrielles. Sans ces éléments, les investisseurs peuvent se retirer dès que les avantages temporaires s’estompent.
Les zones économiques spéciales ne constituent ni une solution automatique ni un simple exercice de communication. Elles peuvent devenir un levier d’industrialisation si elles s’inscrivent dans une stratégie cohérente, orientée vers l’intégration locale, la formation et la diversification productive. Leur efficacité se mesure moins au nombre d’annonces qu’à la profondeur des transformations qu’elles induisent dans l’économie nationale.
Commentaires (2)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.