Microfinance au Sénégal, tremplin d’émancipation ou simple bouée de survie
Au Sénégal comme dans l’ensemble de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), la microfinance s’est imposée en deux décennies comme un acteur central de l’inclusion financière. Selon la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), les systèmes financiers décentralisés comptaient plus de 18 millions de bénéficiaires dans l’Union en 2024, pour un encours de crédit dépassant 2 500 milliards de FCFA. Au Sénégal, des institutions telles que PAMECAS, CMS ou ACEP irriguent des milliers de groupements féminins, de commerçants et de micro-entrepreneurs exclus du circuit bancaire traditionnel.
L’apport est indéniable. Dans un pays où le secteur informel concentre plus de 90 % de l’emploi selon la Direction de la prévision et des études économiques, l’accès à un microcrédit permet de lancer une activité, de lisser une trésorerie fragile ou de faire face à un imprévu. La microfinance offre aussi des services d’épargne et de transfert qui stabilisent les revenus des ménages. Elle constitue souvent la première relation formelle avec une institution financière.
Cependant, la nature des crédits octroyés interroge. Les montants restent modestes, fréquemment inférieurs à un million de FCFA, et les durées courtes. Ils financent principalement le commerce de détail, la transformation artisanale ou des activités saisonnières à faible productivité. Ces usages répondent à des besoins immédiats, mais génèrent rarement une accumulation de capital susceptible de transformer durablement la structure productive.
Le coût du crédit mérite également attention. Les taux pratiqués par les institutions de microfinance, encadrés par le plafond d’usure de la BCEAO, demeurent plus élevés que ceux des banques en raison des charges opérationnelles et du risque perçu. Pour des emprunteurs aux marges limitées, le remboursement hebdomadaire ou mensuel peut absorber une part significative du revenu. Le crédit devient alors un outil de rotation de trésorerie plutôt qu’un levier d’investissement.
Cette ambivalence nourrit le débat. La microfinance réduit l’exclusion, mais elle ne suffit pas à enclencher une montée en gamme de l’économie. L’absence de passerelles vers des financements plus importants, l’insuffisance d’accompagnement technique et la faible formalisation des activités limitent l’impact à long terme. Dans certains cas, l’endettement répété maintient les bénéficiaires dans une logique de survie plutôt que de croissance.
Pour franchir un cap, l’enjeu réside dans l’articulation entre microfinance, formation entrepreneuriale et accès progressif au crédit bancaire. Des dispositifs de garantie publique, des produits adaptés aux chaînes de valeur agricoles ou artisanales et une meilleure exploitation des données de crédit pourraient permettre aux emprunteurs performants d’évoluer vers des financements plus structurants.
La microfinance n’est ni une illusion ni une panacée. Elle représente un maillon essentiel d’un écosystème financier encore inachevé. Son efficacité dépendra de sa capacité à dépasser le simple soutien à la subsistance pour devenir un véritable instrument d’ascension économique.
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