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Bignona : 90 communautés abandonnent l’excision et les mariages précoces

Auteur: Mamadou Papo MANE

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Aucun village du Blouf, une localité du département de Bignona, n’est épargné par cette pratique ancestrale qu’est l’excision. Ce qui fait que la décision d’abandon de l’excision arrachée à 90 communautés par l’Ong Tostan est un exploit. Une déclaration d’abandon qui s’est faite hier à Diégoune.Elle a aujourd’hui la trentaine. Et lorsqu’elle parle d’excision, c’est avec beaucoup d’émotion. Car Fatou B. n’oubliera pas de sitôt cette épreuve qui a bouleversé sa vie. Très jeune, à l’âge où aucun enfant n’est en mesure de comprendre ce qui se passe autour de lui, elle a été excisée avec la complicité de ses parents, sa mère et ses tantes notamment. Cette opération, outre la douleur qu’elle a provoquée, a entraîné un véritable traumatisme chez cette femme au point de la rendre allergique au couteau. Et comme si ses parents avaient décidé de lui empoisonner la vie, Fatou B. abandonnera les études par la volonté de son père. Deux événements qui ont gâché la vie de cette dame qui en veut aujourd’hui à ses géniteurs. Ceux-là qui, après l’avoir mise au monde, lui ont ôté le goût de la vie.

Cet épisode de sa vie, c’est les larmes aux yeux que Fatou B., aujourd’hui membre d’un groupe musical, le raconte. Comme elle, combien de filles vivent comme un fardeau cette opération chirurgicale communément appelée l’excision. Il est certes difficile de le chiffrer, mais le phénomène est inquiétant dans le Blouf où l’excision est un trait culturel. Aucun village dans cette localité du département de Bignona n’est épargné par cette pratique ancestrale. C’est d’ailleurs la cause de toutes les difficultés rencontrées dans la campagne de sensibilisation. Sauf qu’aujourd’hui, la persévérance de l’Ong Tostan a permis de lever les barrières culturelles qui expliquent les réticences de certaines communautés à abandonner l’excision. Cette insistance dans le combat a abouti à un résultat : la décision d’abandon de l’excision par 90 communautés. Mais, l’exploit que Tostan a réussi est moins dans le nombre de villages ayant tourné le dos à cette pratique, que dans sa réussite à convaincre des populations des localités où il y a quelques années, parler de l’abandon de l’excision était considéré comme un sacrilège. Mais, comme les peuples avancent et avec eux, les traditions, le Blouf, ou plutôt les communautés Diola Fogny de cette zone conservatrice du département de Bignona ont décidé de suivre la marche du monde.

Une déclaration d’abandon qui s’est faite hier à Diégoune dans les termes suivants : ‘Nous, les représentants de 90 communautés Diolas Fogny des sous-préfectures de Tendouck, Sindian et Tenghory, département de Bignona dans la région de Ziguinchor réunis ce dimanche 4 mai 2008 à Diégoune, prenons l’engagement solennel en toute connaissance de cause, d’abandonner la pratique de l’excision et des mariages précoces des filles au sein de nos communautés’. Cette décision historique qui vise le renforcement du mouvement national pour la promotion des droits humains au Sénégal, en Afrique et partout dans le monde, s’inscrit, de l’avis du comité de pilotage, ‘dans le cadre des initiatives communautaires nées d’un programme d’éducation de base de Tostan en partenariat avec l’Unicef et le gouvernement du Sénégal’. Par cet acte, les 90 communautés du département de Bignona rejoignent le mouvement historique initié à Malicounda Bambara.

Cet engagement des Diolas Fogny du Blouf a donné lieu à de grandes manifestations festives pendant deux jours à Caparan et à Diégoune. C’est ce dernier village qui a accueilli la cérémonie officielle présidée par le gouverneur de la région de Ziguinchor. Devant le chef de l’exécutif régional, les différentes communautés ont pris l’engagement de tourner définitivement la page des violences faites aux femmes, parmi lesquelles, l’excision. Car, en réalité, cette pratique a fait beaucoup de mal dans les sociétés qui, pour des raisons liées à la tradition, ont poursuivi cette pratique en vantant ses ‘mérites’ et en occultant ses nombreux inconvénients. C’est autour de ce dernier aspect que s’est articulée la campagne de Tostan. Une campagne qui a donné des fruits avec la déclaration de Diégoune pour qu’il n’y ait plus de Fatou B.

Auteur: Mamadou Papo MANE
Publié le: Lundi 05 Mai 2008

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