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CONFLIT EN CASAMANCE : Wade a-t-il perdu la main ?

Auteur: Gadiaga DIOP

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Des initiatives hardies ont été posées par le chef de l’Etat dès son accession à la magistrature suprême pour la résolution du conflit casamançais. Mais, depuis les accords de paix de décembre 2004 signés en Casamance, Wade est comme à court d’arguments. Les rencontres de Ngor Diarama et du Palais de la République n’y ont rien fait.

La réunion préparatoire de Foundiougne II initiée par Me Mbaye Jacques Diop, le tout nouveau Monsieur Casamance, a vécu. Ce fut l’occasion, le 22 février dernier à Ngor Diarama, d’arrondir les angles entre le secrétaire général du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance, Ansoumana Badji, et son prédécesseur, Jean Marie François Biagui. Ce fut aussi une manière, pour toutes les sensibilités et tous les acteurs autour du conflit qui a éclaté dans la partie méridionale du Sénégal depuis 1982, de montrer qu’ils sont disposés à poursuivre les négociations pour une paix définitive en Casamance.

Wade déclare être ouvert au dialogue, fait remarquer qu’il ne va pas cautionner en ce 21ème siècle, avec l’avènement des grands ensembles et la mondialisation, une sorte de balkanisation. Ce conflit aussi, laisse-t-il entendre au palais de la République, très en verve, est une affaire de Sénégalais et qu’aucun pays n’aura à s’y immiscer pour sa résolution. Seulement, force est de constater que, malgré les déclarations de bonne volonté de part et d’autre, le processus de paix en Casamance marque le pas. Rien de nouveau n’est sorti de cette rencontre entre le MFDC et le gouvernement pour préparer Foundiougne II. Même la date, tant attendue, plusieurs fois fixée puis reportée, n’a pas été arrêtée lors de cette " importante rencontre ".

C’est que, après avoir fini de poser des actes majeurs, Wade est comme essoufflé et la machine des négociations grippée. Le discours n’a pas changé, l’argumentaire non plus. Les 80 milliards Fcfa (qu’on a du mal à localiser et à voir !) pour reconstruire la verte Casamance, ont été encore évoqués. Wade donne l’impression de ne pas pouvoir faire mieux que ce qu’il avait fait depuis le début.

Pourtant, des mesures hardies ont été prises par le chef de l’Etat dans le cadre de la résolution du conflit qui gangrène le sud du pays, juste après son accession à la magistrature suprême. Parmi celles-ci, la nomination de Youba Sambou, un Casamançais d’ethnie diola, comme ministre des Forces armées. Ce dernier finira par être emporté, de son poste, par le naufrage du bateau "Le Joola ". En plus, c’est sous Wade que Diamacoune viendra le plus souvent à Dakar. Même la visite de Salif Sadio a eu lieu sous son magistère. Et Wade himself se rendra en Casamance, ce que son prédécesseur, Abdou Diouf, n’a fait qu’en 1999, soit 17 ans après l’éclatement du conflit. La grande initiative de Wade en 2003, ce fut de faire parvenir aux maquisards une cassette vidéo en promettant soins et amnistie aux combattants. Ceci, après avoir tenté une reprise en main de l’armée depuis 2000. Cette dernière étant, depuis lors, " mieux commandée, mieux installée et les soldats mieux tenus ", comme le soulignait le journaliste Vincent Foucher, dans une de ses enquêtes sur le conflit en Casamance. C’est en ce moment que, comme dans le cadre d’une purge, des militaires ont été révoqués ou même sanctionnés, pour avoir commis des violations des droits de l’homme, à en croire Foucher. Ce qui avait, pour beaucoup, contribué à redonner à cette armée une bonne réputation, alors que le maquis se criminalisait et perdait du crédit au sein d’une population désenchantée par l’idée d’une indépendance.

Mais, depuis un certain 31 décembre 2004, date de la signature des accords de paix en Casamance, suivie des négociations de Foundiougne I, c’est le statu quo total. Le choix de Mbaye Jacques Diop comme nouveau médiateur, qui avait réussi des négociations dans d’autres domaines, et la mobilisation des acteurs du conflit à Ngor-Diarama, comme une sorte de " Ndeup collectif ", suffiront-ils pour donner du tonus à la marche vers la paix définitive ? Pas très sûr ! Le processus de paix a les ailes plombées depuis qu’il était entre les mains de Latif Aïdara et du Général Fall.

La guerre des chefs

Du côté du MFDC aussi, c’est l’enlisement. Croyant bien faire et voulant, sans doute repartir sur de nouvelles bases, Wade avait mis fin au processus de Banjul. Une rupture qui avait également mis en cause les acquis de la réunification de l’aile politique du MFDC. Après la signature de l’accord de paix du 31 décembre 2004, c’est connu, le manque de cohésion au sein du MFDC a pour beaucoup sapé les négociations. C’était, d'ailleurs, une des raisons évoquées pour expliquer la non-poursuite des négociations à Foundiougne. " Il faudrait d’abord que le MFDC parle d’une seule et même voix pour que cet accord signé soit adopté par tout le monde, après des négociations qui incluent le maximum d’acteurs ", selon une source sûre. Et ce manque de cohésion n’est toujours pas dépassé. Même la poignée de main entre les deux frères ennemis de ce mouvement, Ansoumana Badji et Jean Marie François Biagui, lors de la réunion préparatoire de Foundiougne II, ne suffit pas pour convaincre que leur différend est complètement dépassé. Ce n’est qu’une paix de façade. Et pour preuve, le dernier nommé déclare dans un journal qui l’a interpellé sur la rencontre qu’il n’a pas à parler ce jour, parce qu’il n’est pas César. Sans doute, sa destitution par le leader charismatique du MFDC, Abbé Diamacoune, et dans une certaine mesure par le gouvernement, lui tient toujours à cœur. Il avait même posé comme condition de revenir sur les bases des négociations de Banjul, quand il était le poulain désigné de l’Abbé, avant de rejoindre le chemin de la paix. Une condition que certains ont vite considérée comme une opposition et une rivalité farouches avec son successeur Ansoumana Badji, une guerre de leadership, plutôt qu’un refus de rejoindre la table des négociations. D’autant plus qu’avant d’être déchu et avant la mise en selle d’Ansoumana Badji à la veille de la signature des accords de paix, le 31 décembre 2004, Biagui incarnait la paix. Prônant le fédéralisme, la lutte armée n’était plus de mise à ses yeux, mais plutôt la reconversion du MFDC en parti politique. Biagui revient au-devant de la scène, parrainé par les cadres casamançais, sans être totalement en phase avec Ansoumana Badji. Pour dire que la guerre des chefs qui mine le MFDC, les empêchant de mener les négociations d’une seule et même voix, est toujours d’actualité. Nkrumah Sané, le plus radical des radicaux, campe toujours sur ses positions guerrières, même s’il est très coupé de la base et n’a comme relais que le camp d’Abdou Elinkine Diatta. Celui-ci étant sorti dernièrement du maquis, avant d’implanter des bureaux du MFDC en Casamance. De sa position au niveau international, Nkrumah est l’éternel porte-flambeau et reste politiquement sur une position non négligeable. Salif Sadio, même diminué, constitue toujours cette force du mal qui hante le processus et que l’on veut toujours faire rallier, en vain. Ceux-ci, ainsi que les différentes factions politiques du mouvement, se défendront avec bec et ongles pour tirer le maximum de dividendes personnels de ce conflit, plutôt que de faire prévaloir des velléités d’indépendance de la Casamance. Une cause qui avait fait entrer les jeunes dans le maquis, mais qui est passée de mode.

En ce moment, c’est l’héritage de " ni paix ni guerre ", légué par les socialistes, qui prévaut toujours. Les attaques à main armée se feront de plus en plus rares à chaque fois qu’un tant soit peu d’argent parviendra aux maquisards.

Le dossier Casamance, tantôt agité par-ci et par-là, tantôt absorbé par l’actualité politique, a fini par lasser tout le monde.

Auteur: Gadiaga DIOP
Publié le: Samedi 11 Mars 2006

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