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Saliou Sarr, ancien dg du Cosec, avertit : « Saint- Louis est menacée de disparition»

Auteur: Seyni DIOP

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Ancien président du Cosec, Saliou Sarr lance un cri du cœur pour la sauvegarde de certains quartiers de Saint-Louis. Diaminar et la Langue de barbarie sont terriblement menacés par l’avancée de l’océan, après le percement d’une brèche de 4 mètres qui s’est élargie pour atteindre 4 mille mètres, alerte-t-il. Il a également saisi l’occasion d’un entretien qu’il nous a accordé pour évoquer le problème des bateaux taxis, ses relations avec le président Wade et les actions de l’Association des usagers de la banque qu’il dirige depuis un an.Wal Fadjri : Vous venez de lancer un cri du cœur pour la sauvegarde de Diaminar et de la Langue de barbarie à Saint-Louis. Mais quel est exactement le danger qui guette cette ville ?

Saliou SARR : Nous devons tous quelque chose à Saint-Louis. Il y a quelques années, un ingénieur étranger avait proposé, dans le cadre de la lutte contre les inondations, le percement d'une brèche de 4 mètres sur la bande de sable qui s'est constituée au fil des siècles entre l’île de Saint-Louis et l'Océan Atlantique. Mais les conséquences n’ont pas tardé à se manifester. Le quartier Diaminar est, à ce jour, menacé dans son existence par l'avancée fulgurante et irrésistible de l'océan. Il risque de disparaître si l'on n'apporte pas les solutions radicales et urgentes qui s'imposent.

Ce déchaînement de la mer ne surprend point dans la mesure où des experts sénégalais l'avaient prédit dès le commencement des travaux de percement de cette bande de terre. Ainsi, en moins de dix ans, par les effets conjugués des courants et autres phénomènes marins que nos experts maîtrisent parfaitement, le trou de 4 mètres s'est élargi et a atteint aujourd'hui près de 4 mille mètres. L'océan ne rencontrant plus aucune résistance sur son passage, pourrait ainsi ajouter toute la Langue de Barbarie aux nombreuses concessions de Nguet Ndar, de Santhiaba et de Ndar, déjà englouties. Et sachant cela, je ne pouvais pas assister de façon impuissante à cette grande tragédie humaine et à cette catastrophe écologique qui guette Saint-Louis. C’est pourquoi, j’ai alerté l’opinion.

Pourtant, dans le cadre de l’effort de réflexion engagé lorsque nous étions à la tête du Conseil sénégalais des chargeurs (Cosec), avec Babacar Diouf, l’ancien président du conseil d’administration, nous avions pensé à Saint-Louis. Le problème à l’époque était de savoir pourquoi on ne ferait pas en sorte que Saint-Louis soit accessible aux bateaux de commerce. Ce qui présenterait beaucoup d’avantages parce que ce serait le premier port fluvio-maritime en eaux profondes du Sénégal quand vous venez de l’Europe et le dernier quand vous quitter l’Afrique. Deuxièmement, toute la production de la Vallée du Fleuve Sénégal pourrait sortir pour aller directement vers l’exportation sans passer par Dakar. Ce qui ferait l’économie de tout ce trajet par la route. Troisièmement, toutes les importations qui sont destinées au Fleuve, pourraient passer par Saint-Louis et être directement acheminées vers les lieux de destination. Ce qui pourrait donner à Saint-Louis sa dimension d’une des capitales du monde africain.

L'objectif assigné au projet était de transformer l'actuel port fluvial de Saint-Louis, dont les capacités s'amenuisent au fil des ans, en un grand port maritime moderne en eaux profondes avec l’avantage de permettre aux bateaux et petites embarcations de passer de la mer au fleuve, sans passer ni par l'embouchure, ni par le Pont Faidherbe. Car cette belle infrastructure qui remonte au 19e siècle, a subi les ravages du temps au point de perdre de sa mobilité sans laquelle les grandes embarcations venant de la mer pourront difficilement accéder au fleuve Sénégal. L'étude relative au port fluvio-maritime a été prise en charge par les meilleurs experts sénégalais dans ce domaine. Les termes de référence étaient en cours d'élaboration à l'avènement de l'alternance. Les fonds nécessaires pour financer l'étude de faisabilité étaient déjà disponibles. Ce port fluvio-maritime comporte, s'il est réalisé, d'incontestables et importants avantages parmi lesquels la totale sécurisation de la Langue de Barbarie et de Saint-Louis, le désenclavement de toute la région Nord du pays qui pourra ainsi commercer avec le reste du monde en accédant directement à la mer, l'augmentation et l'amélioration de nos infrastructures portuaires, la restitution à la belle capitale du Nord, dont tous les Sénégalais sont redevables, de la place de choix qui doit être la sienne, tant au Sénégal qu'à l'extérieur, c'est-à-dire servir de rampe d'accès à la Civilisation de l'Universel et aux échanges mondiaux. En outre, cela va consacrer la disponibilité accrue de terres plus aptes à l'agriculture, grâce à une réduction encore plus importante de la langue salée et au ralentissement de sa progression.

Wal Fadjri : Qu’est-ce qui vous a empêché de réaliser ce projet ?

Saliou SARR : Quand l’alternance est survenue et que nous avons été remplacés, le projet a été confié à l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (Omvs). Comment pouvez-vous imaginer que l’Omvs qui appartient à trois Etats, finance un projet qui ne concerne et ne profite qu’au Sénégal ? Aussi, pendant dix ans, on a marqué le pas et on n’a rien fait alors que les fonds qui sont là, auraient pu aider non seulement à faire des études de rentabilité, parce qu’on avait déjà fait l’appel à manifestation d’intérêt, mais aussi de commencer à financer les travaux.

Tout dernièrement, sur la base de cette note que j’ai faite et remise au maire de Saint-Louis, Cheikh Bamba Dièye, le président de la République a accepté de financer le projet pour 25 milliards de francs Cfa. Ce qui démontre que le président Wade, quand il voit une bonne idée, il y adhère. Il faut nécessairement réaliser ce port fluvio-maritime de Saint-Louis. Parce que si on ne le fait pas, rien ne pourra arrêter la mer. Parce qu’on a déjà creusé une brèche de 4 mètres qui aujourd’hui avoisine les 4 kilomètres et, dans dix ans, elle sera peut-être à 40 kilomètres ou 400. Et ce n’est pas seulement Diaminar qui risque de disparaître mais c’est tout Saint-Louis. Vous avez vu tous ces débordements de la mer.

Sans même faire appel au crédit budgétaire, l’Etat peut trouver les moyens de réaliser ce port fluvio-maritime de Saint-Louis. Les gens pensent que le problème du sous-développement, c’est toujours l’argent. Ce n’est pas l’argent qui pose problème. C’est ce qui permet de mobiliser l’argent qui pose problème. Il y a des fonds arabes qui dorment quelque part et qui ne cherchent qu’à trouver un bon usage. Il faut leur présenter des projets crédibles, bancables et rentables. Et ce projet est rentable.

‘Heureusement que le président de la République a fait arrêter ce projet (des bateaux taxis) et nous a évité un second Joola. S’il n’avait pas pris cette décision, il y aurait eu une catastrophe’

Wal Fadjri : Dans le même cadre, vous revendiquer la paternité de l’idée des bateaux taxis qui ne prendront finalement pas l’eau malgré les 3 milliards de francs Cfa dépensés pour leur achat. Que vous inspire ce gâchis ?

Saliou SARR : Les bateaux taxis, c’est moi qui en ai eu l’idée. Au cours de mes déplacements, je suis allé à Londres en passant par la Manche. J’ai vu là-bas qu’ils ont de grands ferries qui relient la France à l’Angleterre par Douve et qui font à peu près 30 minutes. Ces grands ferries mettent des camions, des voitures particulières et des personnes. Je me suis dis que puisque Dakar est fermée, si on avait ces moyens de transport, on aurait pu l’ouvrir vers Rufisque et Bargny et même vers Mbour. Cela aurait présenté beaucoup d’avantages. Quand je suis arrivé à Dakar, j’en ai parlé à mes techniciens au Cosec et au président du Conseil d’administration, Babacar Diouf. Quand nous l’avons présenté au Conseil d’administration, il l’a approuvé et nous voulions le réaliser. Mais nous avons été remplacés à la tête du Cosec après l’alternance. Les nouveaux dirigeants qui ont voulu réaliser le projet, n’ont pas jugé nécessaire de consulter les concepteurs que nous étions et sont partis acheter de petits voiturions. Quand j’ai entendu qu’ils allaient les mettre en mer, j’ai dit non. Je ne pouvais plus me taire, parce qu’ils allaient tuer des gens dans ce pays. C’est pourquoi, j’ai tenu à alerter l’opinion publique sur ce danger que constituaient ces bateaux taxis. J’ai dit que ces bateaux taxis présentent un gros risque et c’est cela qui a déplu d’autant que, déjà, plus de 100 millions de francs Cfa avaient été dépensés.

S’ils voulaient réaliser un projet d’une telle dimension, ils devaient aller rencontrer les personnes qui ont fait le tunnel sous la Manche et voir toute la technicité qui va avec pour l’exploiter. Mais vous vous levez un beau jour, vous construisez vos pontons et vous achetez des bateaux inadaptés. Heureusement que le président de la République a fait arrêter ce projet et nous a évité un second Joola. S’il n’avait pas pris cette décision, il y aurait eu une catastrophe. Et les gens à la base de cela, nous auraient déclaré qu’on leur a demandé de le faire. Le président de la République n’a jamais demandé qu’on fasse des bêtises (…)

Certes, il faut bien réaliser le projet de transport maritime de la banlieue, mais avec des bateaux et des techniciens compétents. Qu’on aille négocier et qu’on les amène parce que c’est cela qui va permettre à Dakar d’avoir une porte de sortie. Une île n’a qu’une porte de sortie et c’est la mer. Une presqu’île a, par contre, la route et la mer comme deuxième porte de sortie. Si elle n’a pas cette seconde porte de sortie, en cas de problème comme l’accident de la Sonacos, les gens ne pourront pas sortir. Par conséquent, pour des problèmes de sécurité et pour tant d’autres raisons, il faut créer cette liaison maritime.

Wal Fadjri : Vous semblez être fort remonté contre Wade. Qu’est-ce qui est à l’origine de cette brouille avec lui ?

Saliou SARR : Je suis un ancien étudiant d’Abdoulaye Wade, mais je ne partage pas sa doctrine libérale. Je suis proche de la social-démocratie. Quand il y a eu l’alternance et que le régime libéral a pris le pouvoir, le président m’a fait l’honneur de me recevoir. Nous avons discuté et je lui ai donné des conseils. Je lui ai dit que je ne pouvais m’arrêter qu’à des conseils pour la reconnaissance infinie que je lui dois, mais que je ne fais plus de la politique. Je n’appartiens à aucun parti politique. Après cette audience, des gens sont venus au Cosec et m’ont demandé des choses que j’ai catégoriquement refusées. Je leur ai dit que non seulement je ne fais pas de politique, mais que je ne donne rien du tout. Cela, ils ne l’ont pas dit au président. Ils sont allés lui dire que j’étais contre lui et que j’étais l’ami de Moustapha Niass - une amitié que je revendique. Ensuite, on m’a envoyé huit missions d’audit pour une petite entreprise qu’on peut auditer en dix jours.

‘Il faut que les fonds de la Banque centrale soient rapatriés en partie pour financer le développement de nos pays. La mission d’une banque d’émission, c’est d’abord de financer le développement’

Wal Fadjri : Pourtant, vous semblez partager certaines de ses idées.

Saliou SARR : Oui, je partage certaines de ses bonnes idées. Par exemple, je marque ma totale adhésion à ce que le président de la République a dit sur la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Il faut que les fonds de cette banque centrale soient rapatriés en partie pour financer le développement de nos pays. La mission d’une banque d’émission, c’est d’abord de financer le développement. Donc, j’adhère à 100 % à cette idée du président Wade. Et cela pour plusieurs raisons. La Bceao a 4 000 milliards de francs Cfa dehors. Nous avons besoin de l’argent et nous l’empruntons. D’après les informations que nous avons, les 4 000 milliards ne sont pas tous rémunérés, il n’y a qu’une partie qui est rémunérée. Dès lors, pourquoi on ne rapatrie pas une partie de ces fonds pour financer le développement. Sur cet argent, il y a une partie qui appartient à nos populations. La Bceao perçoit 7 à 9 % des réserves des banques primaires commerciales qui prélèvent indûment, sur les ressources de la clientèle, des intérêts qui ne sont pas dus. Mais également à travers les dates de valeurs. Et quand nous avons fait notre calcul, cela représente 18 % du produit net bancaire rien que pour les dates de valeurs.

Wal Fadjri : Justement, en parlant des banques, quel bilan tirez-vous de la première année d’existence de l’Association des usagers de la banque que vous dirigez ?

Saliou SARR : Depuis que l’Association des usagers de la banque a été mise en place il y a un an, les banques, pour la plupart, ne prennent plus de frais sur les comptes dormants. Ensuite, les taxes que les banques prélevaient sur les clients qui effectuaient des opérations dans une agence différente de celle où est domicilié leur compte, ont été arrêtées presque par toutes, sauf la Bicis. Ce qui est anormal et ne repose sur rien du tout. Je pense qu’un grand groupe comme la Bnp/Paribas ne peut faire dans ce pays à court de ressources, des prélèvements que rien ne justifie.

En plus, on nous facture des frais élevés parce que l’usager de la banque n’est plus protégé par le gendarme qu’était la Banque centrale dans les années 70. Depuis la libéralisation en 1990, les banques font ce qu’elles veulent. C’est pourquoi, lorsque la Banque centrale modifie son taux directeur, vous ne le sentez pas sur les taux d’intérêts. Avant, il y avait ce qu’on appelait le taux d’escompte normale (Tsn) qui était de 8 % et le taux d’escompte préférentielle (Tsp) de 7 %, surtout pour le secteur primaire. Et la Banque centrale disait aux banques qu’elles ne pouvaient ajouter qu’un à trois points. Pas plus. Ainsi, le client qui connaissait le taux de base, savait que sa banque commerciale ne pouvait ajouter plus de 3 points. Aujourd’hui, quand la Banque centrale fixe son taux directeur, la banque commerciale fixe le taux qu’il veut. Parce qu’il n’y a aucun gendarme pour régler cela. En fait, il y a conflit d’intérêt puisque, sur les résultats de la banque primaire, la Banque centrale prélève 7 à 9 % pour ses réserves. Comment voulez-vous que cette Banque centrale soit indifférente à ce que la banque primaire fasse de l’argent.

Wal Fadjri : Comment accueillez-vous l’arrivée massive de nouvelles banques au Sénégal ?

Saliou SARR : Cela témoigne d’une confiance que les institutions financières ont en notre pays. Parce que l’argent, on ne le met que là où on a confiance. Cela veut dire aussi que c’est un pays qui est promis à un développement certain. Les potentialités sont là dans beaucoup de domaines. Les banques vont là où l’argent peut être fructifié. Ces banques savent aussi que ces pratiques que les autres font ici, ne sont pas acceptables et qu’elles sont en mesure de leur faire concurrence.

Auteur: Seyni DIOP
Publié le: Vendredi 23 Avril 2010

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