Calendar icon
Friday 10 April, 2026
Weather icon
á Dakar
Close icon
Se connecter

Comment quarante secondes d'interview à BFMTV ont ruiné la vie de Jawad Bendaoud

Auteur: 20minutes - Vincent Vantighem

image

Jawad Bendaoud, l'homme qui a logé les terroristes dans un appartement de Saint-Denis — BFMTV / AFP

JUSTICE Jugé, à partir de ce mercredi, pour avoir hébergé les terroristes du 13-Novembre, Jawad Bendaoud continue à être la risée des internautes…

Comme un mantra, son avocat le répète à chaque audience : "Jawad Bendaoud est celui dont on a trop ri après avoir trop pleuré…" La formule devrait donc résonner à nouveau, mercredi, dans le tribunal correctionnel de Paris où "le logeur de Daesh" est jugé pour recel de malfaiteurs terroristes.

Le procès doit durer trois semaines. Les réseaux sociaux en salivent d'avance et se préparent déjà à placer "#Jawad" parmi les sujets de conversation les plus commentés. La faute à ces quarante petites secondes d'interview accordées à BFMTV sur un trottoir de Saint-Denis, le 18 novembre 2015, alors que le Raid "neutralisait" Abdelhamid Abaaoud et ses derniers complices.

"Ben, j'ai appris que c'était chez moi (…) Voilà, j'étais pas au courant que c'était des terroristes, moi (…) On m'a demandé de rendre service, j'ai rendu service, normalement…", lâchait Jawad Bendaoud. Il n'en fallait pas plus à une France traumatisée par les 130 morts des attentats pour esquisser un début de sourire après cinq jours de larmes et de sang.

Catharsis et "soirées pyjama de Jawad" sur FacebookLa crédulité de cet homme âgé de 31 ans a agi comme la meilleure des catharsis. Solidarité nationale oblige : chaque malade a voulu en faire profiter les autres en partageant la vidéo comme si c'était le meilleur des remèdes. Ensuite, ce fut à qui trouverait le meilleur jeu de mots. A qui la blague la plus drôle… Les invitations aux "soirées pyjama de Jawad" ont fleuri sur Facebook. Le "Logeur de Daesh" a fait son apparition sur Twitter. Et Les gendarmes à Saint-Tropez ont servi de décor à des montages improbables le mettant en scène…

Trois ans après, Jawad Bendaoud assure que les surveillants de prison le surnomment toujours "Century 21" ou "Stéphane Plaza" pour sa capacité à dénicher des logements à quiconque. Il le vit toujours très mal. A tel point que, parfois, il "pète des câbles". Comme en janvier, lors d'une audience à Bobigny (Seine-Saint-Denis), où il a traité les policiers de "Fils de pute" leur donnant rendez-vous à sa sortie de prison pour se battre "où ils veulent, quand ils veulent !"

Du "Coca cherry", de "l'Oasis" et un peu de peineTitulaire du seul brevet du collège, Jawad Bendaoud s'exprime maladroitement. Mais toujours pour clamer son innocence. Ainsi, quand il prend son stylo bleu dans sa cellule le 1er octobre 2016, c'est pour écrire au juge d'instruction qu'il ne pouvait pas savoir qu'il hébergeait les terroristes du 13-Novembre. Sinon, il ne leur aurait jamais offert du "Coca cherry et de l'Oasis".

Bien sûr, l'argument a de quoi faire sourire. La presse l'a donc largement diffusé -y compris 20 Minutes- et en a profité pour ressortir tous les détournements autour de Jawad Bendaoud, gages d'une audience facile. Rares en revanche ont été les médias à relayer les propos que le prévenu tenait seulement dix lignes plus bas dans le même courrier.

"Je vais faire quoi quand je vais sortir [de prison] ? demandait-il ainsi au juge. Où je vais aller ? Où je vais vivre ? A combien de personnes je vais devoir me justifier ? Qui va penser que je dis la vérité ? Qui va penser que je mens ?"

Jugé pour recel de malfaiteurs terroristes, en état de récidive, Jawad Bendaoud encourt une peine de six ans d'emprisonnement. Impossible de savoir, en revanche, combien de temps encore #Jawad sera condamné à amuser les internautes.

Auteur: 20minutes - Vincent Vantighem
Publié le: Mercredi 24 Janvier 2018

Commentaires (0)

Participer à la Discussion

Règles de la communauté :

  • Soyez courtois. Pas de messages agressifs ou insultants.
  • Pas de messages inutiles, répétitifs ou hors-sujet.
  • Pas d'attaques personnelles. Critiquez les idées, pas les personnes.
  • Contenu diffamatoire, vulgaire, violent ou sexuel interdit.
  • Pas de publicité ni de messages entièrement en MAJUSCULES.

💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.