« Trump a engagé son pays sur la pente très dangereuse de l’autoritarisme », alerte Human Rights Watch
Le président américain a bouleversé son pays mais aussi l’ordre international selon la directrice France de l’ONG Bénédicte Jeannerod, interrogée par « Le HuffPost ».
Cette première année de Donald Trump à la Maison Blanche est déjà un bouleversement aux États-Unis (et bien au-delà). C’est le constat alarmant de l’ONG Human Right Watch (HRW) dont le rapport mondial annuel, sorti ce mercredi 4 février, interpelle sur le « défi posé par Trump aux droits humains ». En premier lieu dans son propre pays, mais également à l’international.
Justice sous pression, liberté d’expression fragilisée, immigrés pourchassés, minorités en danger… Le tableau que dresse HRW des États-Unis un peu plus d’un an après l’investiture de Donald Trump révèle l’ampleur des dégâts faits par le républicain en quelques mois à peine. « La liste est presque trop longue pour une seule interview, elle donne le vertige », glisse Bénédicte Jeannerod, directrice France de l’ONG interrogée par Le HuffPost.
« Donald Trump a engagé son pays sur la pente très dangereuse de l’autoritarisme », résume-t-elle, évoquant un bilan « effrayant » après seulement un an de mandat. « L’administration attaque de manière systématique et généralisée les contre-pouvoirs, les droits et les libertés, c’est une charge contre les piliers de la démocratie américaine. »
Une justice et des médias sous pression
La justice est l’un de ces piliers malmenés par le locataire de la Maison Blanche depuis son retour aux affaires. « Sur l’année, on documente des remises en cause des décisions judiciaires, mais aussi des attaques et un dénigrement constant de la justice », énumère Bénédicte Jeannerod. En matière migratoire notamment, l’administration Trump a parfois tout simplement et complètement ignoré des décisions juridiques qui bloquaient sa politique.
Pire, le président américain n’a pas hésité à jeter les magistrats à la vindicte populaire, leur reprochant – ici en mai dernier sur Truth Social – d’être « radicalisés » et de l’empêcher d’« éliminer » les migrants ayant « ENVAHI » les États-Unis. Ces attaques venues du sommet de l’État ont créé un climat de peur chez certains juges, dont plusieurs ont fait l’objet de menaces.
D’après Human Rights Watch, la presse est un autre pilier de la démocratie attaqué par les trumpistes, qui n’hésitent pas à mettre la pression aux journalistes ou à leurs employeurs. « Ça concerne aussi de grands médias américains qui ont vu leur accès à certaines institutions réduit », décrit Bénédicte Jeannerod avant de citer le cas de l’Associated Press. « Trump et son administration s’en étaient pris à l’agence pour avoir parlé du “golfe du Mexique” et pas du “golfe de l’Amérique” », rappelle la directrice France de Human Rights Watch.
« L’effet voulu c’est sans doute l’auto-censure et l’intimidation », poursuit Bénédicte Jeannerod, notant que Donald Trump a par ailleurs « utilisé ses pouvoirs pour intimider des associations, des cabinets d’avocats, des entreprises, mais aussi des comédiens et des humoristes ». Un des exemples les plus marquants de l’année dernière reste la suspension de l’animateur Jimmy Kimmel par ABC à cause d’un sketch – et qui a depuis été annulée par la chaîne.
« Les politiques anti-migrants sont effroyables »
Parmi les victimes de l’administration Trump listées par HRW figurent également les « personnes immigrées ou supposées immigrées ». « Les politiques anti-migrants mises en place sont effroyables, s’indigne Bénédicte Jeannerod, elles s’accompagnent de discours qui stigmatisent des populations entières présentées comme indésirables. »
Aux « raids et arrestations massives » de l’ICE et de la Border Patrol, constate Bénédicte Jeannerod, succède l’« expulsion vers des pays tiers » comme le Costa Rica ou le Salvador. Dans ce dernier pays, des cas « de viol, de torture et d’abus sexuels » ont été remontés à HRW. En outre, ces expulsions ont parfois lieu « sans procédure régulière et sans possibilité de recours ». Une nouvelle remise en cause des procédures légales régulières.
Au-delà des personnes immigrées, les droits des personnes LGBT, notamment transgenres, et les droits des femmes sont également pris pour cible, développe-t-elle, rappelant « les restrictions d’accès à l’IVG qui se sont multipliées dans plusieurs États ».
Un « désordre mondial » qui ne peut rester sans réponse
Les conséquences du retour de Donald Trump à Washington sont loin de se limiter aux États-Unis, le rapport de HRW évoquant un « désordre mondial ». « L’idée n’est pas de dire que l’ordre mondial était irréprochable dans sa défense des droits, insiste Bénédicte Jeannerod, il était déjà assez puissamment laminé par d’autres puissances comme la Russie ou la Chine. » Mais d’après HRW, l’administration Trump y a ajouté « une outrance et une férocité sans précédent »
Washington s’en est par exemple pris ainsi à des institutions piliers du système international comme la Cour Pénale Internationale (CPI). « Elle a ses propres imperfections, mais elle reste un vrai progrès pour lutter contre l’impunité dans les crises les plus graves », fait valoir Bénédicte Jeannerod. La directrice France de HRW dénonce entre autres les sanctions prononcées par Washington « contre le procureur ou contre les juges qui ont travaillé sur le mandat d’arrêt de Benjamin Netanyahu ».
Bénédicte Jeannerod note par ailleurs l’« appui » de Donald Trump « à des forces illibérales notamment en Europe », où son principal soutien reste l’autocrate hongrois Viktor Orbán. Alors que beaucoup d’États sont « dans une espèce d’état de sidération » face à la politique américaine « brutale et outrancière », doublée de menaces de guerre commerciale, HRW appelle à un « sursaut ».
« Faut-il parler d’une alliance ? D’une coalition ? En tout cas des États doivent se regrouper pour contrer les efforts de destruction de l’ordre international », martèle Bénédicte Jeannerod, qui veut rester optimiste malgré ce bilan lourd. Car en parallèle, la directrice France de HRW souligne la « vitalité des sociétés civiles », source, elles, de «beaucoup d’espoir ».
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