Droits de l'homme : Maître Moussa Sarr prône le « dialogue des juges » pour surmonter les résistances des États
L'hôtel Terrou-Bi de Dakar abrite ce jeudi 9 juillet 2026 l'ouverture d'un atelier régional d'envergure consacré à l'application des conventions internationales et à l'exécution des décisions des instances de protection des droits de l'homme au niveau national. Prononçant l'allocution d'ouverture devant un parterre d'éminents magistrats, d'universitaires et de représentants de la société civile, le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Maître Moussa Sarr, a dressé un bilan sans concession des réticences étatiques à l'échelle planétaire. Qu'il s'agisse de l'Afrique, de l'Europe ou de l'Amérique, le ministre a rappelé que les nations invoquent régulièrement la souveraineté nationale ou la primauté constitutionnelle pour bloquer l'application des arrêts internationaux.

Pour illustrer cette crise de confiance, le Garde des Sceaux a cité des exemples emblématiques comme les jurisprudences restrictives des Cours constitutionnelles de Russie et de la République dominicaine, ainsi que le faible taux de mise en œuvre documenté par la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples. Selon Maître Moussa Sarr, ces résistances nationales font peser « une menace sérieuse pour la crédibilité de l'architecture internationale de protection des droits humains » en générant la frustration des victimes et l'érosion de l'État de droit. Refusant que le Sénégal ne se dérobe à cette lucidité, il a appelé à transformer ces difficultés en un véritable levier de responsabilité publique.
Face à ce cloisonnement juridique, le ministre a vigoureusement défendu la doctrine du « dialogue des juges », qu'il qualifie de nécessité pratique pour édifier une cohérence normative par la conviction plutôt que par la contrainte. Il a rappelé que le juge national ne renonce en rien à sa souveraineté lorsqu'il intègre les jurisprudences régionales ou onusiennes, mais qu'il élève au contraire son office au rang de « sentinelle avancée de la protection internationale des droits de l’homme ». La jouissance effective des droits fondamentaux dépendant des lois et des procédures internes, le système judiciaire national s'impose comme le maillon critique de cette chaîne de transmission.
Cette ambition se traduit au Sénégal par un programme de renforcement des capacités mené par la Direction des Droits humains du ministère. Depuis 2024, cette initiative continue d'armer les praticiens du droit, ayant déjà permis de former plus de soixante-dix magistrats issus des six Cours d’appel du pays aux standards internationaux. En saluant le soutien logistique d'Amnesty International Sénégal et du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, Maître Moussa Sarr a conclu en émettant le vœu que ces deux journées d'échanges débouchent sur des recommandations opérationnelles capables de mieux articuler les systèmes juridiques africains avec leurs engagements conventionnels.
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