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Le maire de Ouakam face au juge pour un déguerpissement jugé illégal

Auteur: Doudou DIOP

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Le maire d’Ouakam face au juge pour un déguerpissement jugé illégal

Au tribunal correctionnel de Dakar, l’affaire avait tout d’un banal conflit d’occupation. Une parcelle sur la voie publique, des briques, un puits, un réservoir d’eau. Mais très vite, ce 22 janvier 2026, les débats ont pris une autre dimension. L’audience est marquée par un bras de fer entre la municipalité d’Ouakam, qui revendique la restauration de l’ordre urbain, et un occupant qui se dit légalement installé depuis près de 15 ans.

Le maire d’Ouakam, Abdou Aziz Guèye, est poursuivi aux côtés d'agents municipaux pour destruction de constructions appartenant à autrui et complicité. Les prévenus, qui ont comparu libres, ont tous contesté les faits qui leur sont reprochés.

La partie civile, Maguette Thiam, affirme occuper les lieux depuis 2009. À l’époque, dit-il, la zone n’était qu’un terrain vague. Il s’y installe, organise son activité et assure payer 30 000 FCFA par mois à l’ancien maire, Samba Bathily, muni d’un permis d’occuper.

La nouvelle équipe municipale, elle, voit surtout un site à dégager. En face se trouve le chantier du futur siège de l’US Ouakam, club emblématique du quartier. Une autorisation du ministère de l’Urbanisme est évoquée à l’audience.

La partie civile, Maguette Thiam, déclare : « Abdou Aziz m’a demandé de quitter les lieux. J’ai refusé. Ce n’était pas lui qui m’avait attribué l’espace. Il m’a convoqué dans son bureau. Je lui ai demandé de m’accorder un délai ou un autre emplacement », explique-t-il. Deux jours après, selon lui, des individus sont venus saccager ses biens. La partie civile réclame la somme de 11 millions de FCFA à titre de dommages et intérêts. « Je suis soutien de famille. À cause d’eux, je ne peux même pas m’acheter un gobelet de café », déclare le plaignant.

Entendu, le prévenu Alpha Ba, présenté comme un collaborateur de l’US Ouakam, a nié tout lien avec la mairie : « Je ne travaille pas pour la mairie. Je ne me suis jamais rendu sur les lieux. Je n’ai rien détruit », conteste-t-il.

À son tour, Malick Guissé, agent municipal, déclare qu’il n’était pas dans le groupe qui déplaçait les affaires de la partie civile.

L’agent de voirie, Adama Ndiaye, admet avoir été sur place. Il parle d’une sommation non pas administrative, mais hiérarchique : « C’est notre chef de service voirie qui nous avait demandé d’aller le voir. On avait déplacé les briques qui étaient sèches », a-t-il raconté. Le juge lui rappelle la destruction du puits et des briques fraîchement moulées. Ndiaye rétorque : « Je suis agent de la voirie. C’est notre chef qui nous avait demandé d’y aller. »

Le maire assume…

En ce qui concerne le maire, Abdou Aziz Guèye, il ne cherche pas à s’effacer derrière ses agents. Il revendique son autorité. « À plusieurs reprises, je lui ai demandé de quitter les lieux », a-t-il martelé en haussant le ton. Le maire rappelle l’autorisation de construire liée à l’US Ouakam. « En tant que maire, c’est moi qui les ai envoyés là-bas pour déplacer les briques », assume-t-il. L'édile dit avoir vu un document évoquant l’attribution par son prédécesseur, mais aucune quittance de paiement.

Il déclare aussi : « Je reconnais que je ne lui ai jamais remis de papier pour qu’il quitte les lieux. Et je ne sais pas si les services municipaux ont fait une sommation écrite. » Il conclut : « C’est moi qui ai envoyé ces agents municipaux puisque je suis la personne morale. »

Entendu à titre de témoin, le maçon qui fabriquait les briques ce jour-là charge les prévenus : « Ils étaient tous sur les lieux et ils font partie de ceux qui ont détruit les biens », explique-t-il.

Le parquet rappelle la République

Dans ses observations, le procureur de la République a rappelé les principes de l’État de droit. « Le Sénégal est une République qui obéit à des normes et nul n’a le droit de se faire justice soi-même », a sermonné le parquet. Il fustige ces élus « entourés de gros bras » persuadés de pouvoir tout se permettre. Pour le ministère public, l’occupation de Maguette Thiam était couverte par un permis d’occuper obtenu sous l’ancienne municipalité, et donc exploitée légalement. La nouvelle équipe pouvait l'expulser, certes, mais par des voies régulières. Or, martèle le parquet, aucun document n’a été fourni pour justifier un déguerpissement formel. C’est lors de cette opération que les biens ont été détruits. Selon le procureur, l’imputabilité ne souffre d’aucune contestation. Les agents ont été identifiés et le maire est poursuivi pour complicité en tant qu'instigateur, celui qui a déclenché l’action.

Le maître des poursuites a requis une peine de 3 mois avec sursis et 200 000 FCFA d’amende.

Me Ibrahima Mbengue, pour la défense, a pris le contre-pied de cette analyse. Pour lui, on cherche moins une vérité qu’un symbole. Pourquoi faire du maire un instigateur ? « On ne peut que le considérer comme civilement responsable », précise-t-il. Il demande du respect pour l’autorité municipale : « Il est le garant de l’ordre public et de la sécurité, le premier magistrat de sa commune », rappelle Me Mbengue. Surtout, il conteste l’idée même de déguerpissement. Pour la robe noire, il s’agirait d’une simple libération de l’espace public.

Quant à l’absence d’écrit, l’avocat la relativise : la sommation peut être verbale, voire faite par haut-parleur. « Pourquoi un écrit ? » insiste-t-il, rappelant que Maguette Thiam s'est rendu au bureau du maire et a entendu la demande de vive voix.

Au final, Me Mbengue évoque une bataille politique transposée au tribunal. L’avocat a plaidé la relaxe au bénéfice du doute.

L’affaire est mise en délibéré au 12 février 2026.

Auteur: Doudou DIOP
Publié le: Jeudi 22 Janvier 2026

Commentaires (1)

  • image
    Aziz s il y a 1 jour
    Ce n’est pas un bon maire . Il crée trop de conflits
  • image
    dakarois il y a 1 jour
    Et en plus Ouakam s'est clochardisé, banlieusardisé sous son magistère. Toutes les routes sont détruites, les canux d'avacuation des eaux usées deversent à longeur de journée leur puanteur nauséabonde. Le cadre de vie des ouakamois s'est fortement dégradé. Vivement les prochaines elections municipales pour qu'on le dégage

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