Une reprise IA de “Papaoutai” de Stromae cartonne et questionne: quid des droits d’auteur?
Une version de “Papaoutai” créée par l’intelligence artificielle a été largement relayée sur les réseaux sociaux. Si certains internautes démasquent l’IA assez facilement, d’autres non. Plus problématique encore: qu’en est-il des droits d’auteur, alors que des dizaines de millions de personnes ont écouté ce cover?
Le 20 décembre dernier, une nouvelle chanson apparaît dans le catalogue de Spotify. Elle circulait déjà de façon informelle sur TikTok depuis au moins le début du mois. Face à une popularité croissante sur le réseau chinois, le titre est publié sur la plateforme suédoise par un label “indépendant”, lui aussi venu de Suède, dénommé Unjaps.
La musique n’est pas inconnue des mélomanes puisqu’il s’agit d’une reprise du titre “Papaoutai” de Stromae. La particularité de cette version est qu’aucun humain ne chante réellement ici, puisqu’elle est entièrement générée par l’intelligence artificielle (IA).
https://www.tiktok.com/@honest.skipper/video/7580879470865698081?is_from_webapp=1&sender_device=pc
Un label habitué des reprises IA
Depuis début janvier, le succès est au rendez-vous. La chanson parvient à se classer parmi les 100 titres les plus écoutés de Spotify, avec un succès notable dans plusieurs pays, comme les États-Unis. Sur YouTube, des comptes reprennent cette version “Afro Soul” de “Papaoutai” et cumulent des millions de vues. Sur TikTok et Instagram, de nombreuses vidéos utilisent également ce cover en fond sonore.
La genèse précise de cette reprise reste inconnue, mais Unjaps n’est pas à son coup d’essai. Comme le relève la RTBF, le label a également utilisé l’IA (sans le préciser sur son site) pour des chansons de Rihanna ou de Daft Punk. Une version “Afro Soul” d’Indila a également été générée.
Dans le cas de “Papaoutai”, la télévision publique belge relève une ressemblance frappante entre le son et une ambiance proche du Roi Lion. Les illustrations du morceau montrent d’ailleurs une savane, souvent avec un soleil couchant, à l’image du dessin animé de Disney. Les créateurs de cette version ont-ils demandé à l’IA de créer un mélange entre Le Roi Lion, Stromae et une ambiance évoquant l’Afrique? Aucune information n’a été publiée à ce sujet.
“Ne me dites pas que c’est de l’IA?”
Sur les réseaux sociaux, des internautes soupçonnent parfois l’utilisation de l’intelligence artificielle. “Ne me dites pas que c’est de l’IA?”, commentent certains, tandis que d’autres croient que de véritables humains chantent. Un artiste congolais dénommé Arsène Mukendi a entretenu la confusion en se filmant au micro avec la chanson IA en fond sonore. Selon ses propres dires, il voulait simplement “donner un visage” à cette reprise.
Sur les plateformes de streaming, Deezer a classé la chanson dans la catégorie IA et alerte ses utilisateurs à cet égard. Rien de tout cela sur Spotify, qui n’a pas encore commenté l’affaire. L’intervention de l’IA est pourtant manifeste, comme le relève auprès de la VRT Brecht De Man, responsable chez PXL-Music. “La musique sonne trop parfaite. On dirait une chanson pop typique, sans rien qui attire vraiment l’attention. On perçoit aussi un effet similaire à celui du MP3 dans la voix”, analyse-t-il.
L’enjeu est pourtant multiple. Qu’en est-il des droits d’auteur? Ces reprises peuvent-elles être monétisées? Si oui, Stromae pourrait-il poursuivre Unjaps en justice? Où se situe la frontière entre l’acceptable et l’inacceptable? Et enfin, qu’en pense Stromae, surtout pour une chanson aussi personnelle, “Papaoutai” racontant l’absence de son père, assassiné durant le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994? Pour l’instant, l’artiste n’a pas encore officiellement réagi.
Commentaires (0)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter ou TikTok pour l'afficher automatiquement.