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Lutte contre le VIH : Dr Safiatou Thiam redoute les effets pervers de la stigmatisation

Auteur: Yandé Diop

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Lutte contre le VIH : Dr Safiatou Thiam redoute les effets pervers de la stigmatisation

La récente arrestation de douze personnes pour des faits qualifiés d’« actes contre nature » et de transmission volontaire du VIH continue de susciter un large débat au Sénégal. Au-delà de l’émotion et des controverses juridiques, plusieurs acteurs de la riposte nationale au VIH appellent à mesurer les conséquences sanitaires, sociales et juridiques d’une telle séquence.

Dans une note conceptuelle du Conseil national de lutte contre le sida (CNLS), le Dr Safiatou Thiam, Secrétaire exécutive engagée dans la lutte contre le VIH, souligne que le contexte est particulièrement sensible. « Le Sénégal fait face à une épidémie concentrée. La prévalence est faible dans la population générale, autour de 0,3 %, mais elle demeure élevée dans certains groupes clés. Toute situation susceptible de fragiliser la confiance dans le système de santé peut compromettre les acquis obtenus au prix de nombreux efforts », avertit-elle.

Un risque pour le dépistage et la continuité des soins

Selon les données nationales, près de 90 % des personnes vivant avec le VIH connaissent aujourd’hui leur statut et sont sous traitement, et 92 % d’entre elles ont une charge virale supprimée, ce qui signifie qu’elles ne transmettent plus le virus. Mais la forte médiatisation de ces arrestations pourrait, selon le Dr Thiam, produire un effet inverse. « La crainte de poursuites judiciaires ou d’une exposition publique peut dissuader certaines personnes d’aller se faire dépister. Or, le dépistage précoce et l’accès rapide au traitement sont les piliers de la prévention. Sans cela, nous risquons une circulation silencieuse du virus », explique-t-elle.

Elle s’inquiète également d’éventuelles ruptures de traitement. « La peur de la stigmatisation peut pousser des personnes vivant avec le VIH à interrompre leur prise en charge. Cela expose à des complications médicales, à des résistances aux traitements et à un risque accru de transmission. »

Une question juridique complexe

Sur le plan légal, la transmission volontaire du VIH constitue un délit au regard de la loi de 2010. Toutefois, le Dr Safiatou Thiam rappelle que sa qualification suppose des critères précis. « Il faut un préjudice avéré, un lien de causalité direct et surtout une intention délibérée de nuire. La simple connaissance du statut sérologique ne suffit pas à caractériser l’infraction », souligne-t-elle.

Elle insiste également sur les données scientifiques établies : « Une personne vivant avec le VIH sous traitement efficace, avec une charge virale indétectable, ne transmet pas le virus. C’est le principe du U = U : indétectable égale intransmissible. Il est essentiel que ces évidences scientifiques soient prises en compte. » Pour elle, une criminalisation imprécise ou excessive pourrait s’avérer contre-productive. « Si l’ignorance du statut est perçue comme une protection juridique, cela décourage le dépistage volontaire. Ce serait un recul majeur pour la santé publique. »

Un enjeu social et de cohésion nationale

Au-delà des aspects sanitaires et juridiques, la dimension sociale est tout aussi préoccupante. « L’amalgame entre orientation sexuelle et statut sérologique renforce la stigmatisation et la discrimination. Cela fragilise des groupes déjà vulnérables et menace la cohésion sociale », estime le Dr Thiam.

Elle appelle à une approche équilibrée, conciliant État de droit, santé publique et respect des droits humains. « Nous devons rassurer les populations sur la confidentialité des données médicales, garantir la continuité des soins pour toutes les personnes concernées et renforcer la communication sur la prévention, notamment auprès des jeunes. » 

Pour la spécialiste, la riposte au VIH a démontré son efficacité au Sénégal. « Nous avons fait des progrès considérables. Il serait regrettable que des tensions conjoncturelles compromettent des années d’efforts. La santé publique doit rester au cœur de notre action collective. »

Auteur: Yandé Diop
Publié le: Mercredi 11 Février 2026

Commentaires (12)

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    goor fit il y a 5 heures
    Bravo mais une campagne de sensibilisation doit suivre pour montrer les progrés de la science par rapport à la pandémie
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    Enfin il y a 5 heures
    Je suis médecin et depuis le début je suis sidéré de voir à quel point le niveau d'information est faible au Sénégal sur la question du VIH. Et même chez les cadres de l'administration en plus. De nos jours, vivre avec le VIH c'est vivre avec le diabète. C'est une maladie chronique Oui mais qui ne nécessite pas tout ce tapage surtout si la personne se soigne. Cela dit oui c'est très malsain d'avoir des rapports non protégés mais cela ne veut pas forcément dire volonté de transmettre. C'est comme une femme qui fait un rapport non protegé et tout de suite on dit qu'elle veut tomber enceinte cela n'a rien à voir mais ça reste irresponsable. Bon impossible de dire tout ce qu'il faut ici mais le CNLS et la DLSI vous avez un chantier
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    @enfin il y a 5 heures
    On peut être malhonnête à ce point, on te dit qu’ils ont transmis sciemment la maladie du VIH, donc ils ont fait exprès si tu disais que ces personnes vont être stigmatiser car on pourrait les accuser aussi de ... mais on sait que tu peux être porteur sans forcément les transmettre
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    Pas de confusion il y a 4 heures
    Il n'y a aucune méconnaissance des questions de vih. Il se trouve que ce problème est d'abord sociologique et non sanitaire la maladie n'est pas le problème mais plutôt la conséquence ainsi les réactions populaires sont très normales et on ne peut pas accepter les performances scientifiques et médicales pour tolérer des pratiques aux antipodes d'une croyance collective.
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    CC il y a 5 heures
    LE LOBBY PRO GORDIGUENE EN ACTION
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    Khasseur il y a 5 heures
    Tous les arguments développés ici peuvent être vraies mais elle a omis certaine volontairement de dire aussi que le fait de médiatiser cette affaire va aussi amener les personnes vivant avec le VIH d'éviter : 1. De faire du bordel sexuel en faisant des rapports sexuels non protégés avec d'autres personnes 2. Que des personnes homosexuels créent des groupes Whatsapp pour coucher entre eux sans la sérologie positive ou non de leurs partenaires. 3. Que tout sénégalais de n'importe quel groupe sexuel fasse attention car aujourd'hui tout le monde se rappelle qu'il existe encore le VIH SIDA parmi nous.
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    Lucifer il y a 5 heures
    Personne ne dit le contraire wayé le droit à la confidentialité sur l’état sérologique des personnes vivant avec le VIH est garanti et doit être respecté mais attention ces dernières doivent s’acquitter de leurs devoirs vis à vis des personnes non infectées.
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    Dëg il y a 5 heures
    Celle là je te jure il faut la dégager elle est incompétente et n’arrête pas de soutenir les LGBT c’est pas pour rien qu’il y’a autant d’homosexuels au Sénégal
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    Timmena il y a 5 heures
    Bienvenue sur le meilleur service de rencontres intimes >> Xdate.mom
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    @enfin il y a 5 heures
    Un médecin qui dit "vivre avec le VIH c'est vivre avec le diabète". Non mais ça va pas non !!!!!! Es-tu réellement un médecin ? Si tel est le cas, ton cas est vraiment très inquiétant et tu ne dois plus exercer ce noble métier. Non Monsieur, le VIH n'est pas le diabéte et c'est très dangereux de véhiculer de tels messages dangereux et très laxistes.
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    Quantbusiness il y a 5 heures
    Spot on Madame.Vous devez contribuer a vulgariser l'education sur cette maladie au Senegal. C'est le meilleur exposeque j'ai lu sur ce site. Je partage vos idees et notamment la strategie a adopter. Il faut avoir une idee sur la repartition geographique de cette population et sa progression. Est-ce que le ressources allouees sont en adequation avec ce phenomene. Il faut eduquer et sensibiliser les jeunes a l'ecole et a travers les medias. Ensuite concernant les grogres scientifiques pour vaincre cette maladies il existe de veritables avancees avec des medicaments qui permettent d'eviter une infection. Bientot il y aura un vaccin car il y a des essais cliniques qui se font a ce niveau. Je me demande si le depistage doit etre automatique quand on va faire un bilan annuel de sante.
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    Le Témoin il y a 4 heures
    On doit surtout se plaindre pour leurs femmes, qui sont les seules vraies victimes. Pour le reste, c'etait entre eux, le seul problème maintenant les hommes qui ne sont pas homos et qui sont séropositifs auront du mal à aller se faire soigner de peur d'etre pris pour des homos. Ces gens-là sont des vrais criminels, ils méritent la peine capitale pour avoir sciemment propager le virus. Vous savez Madame, en Afrique on est retard sur tous les sujets, nos débats tournent seulement autour de l'argent, de la bouffe et des fesses.
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    Gorsi il y a 4 heures
    Vous medecin ou complice ?
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    Passant il y a 4 heures
    Des homosexuels qui transmettent volontairement le virus vous redoutez la stigmatisation madame vous travaillez pour qui ?

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