«J’étais choqué…» : trois localités n’ont pas le droit d’enterrer leurs morts au cimetière de Grand-Mbao
Depuis l’année dernière, le cimetière de Grand-Mbao n’est plus ouvert à tous les morts. Trois de la dizaine de localités de la commune de Mbao n’ont plus de droit d’y inhumer. Il s’agit de Zac-Mbao, Keur Mbaye Fall et Tolu Diaz.
Et pour cause. Le cimetière, érigé en 1985, commençait à saturer. «Le rythme était tel que si nous avions laissé continuer, il n’y aurait plus d’espace pour inhumer nos propres morts. Nous avons décidé de dire stop», justifie Massamba Seck, membre du collectif chargé de la gestion des lieux, interrogé par L’Observateur, qui s’est intéressé au sujet dans son édition de ce lundi.
Ousmane Diop et Cheikh Diaw l’ont appris à leurs dépens. Le premier réside à Keur Mbaye Fall et le second est adjoint au maire de Grand-Mbao. «Mon petit-fils était âgé de douze ans, rembobine Diop. Il est décédé à la suite d’un accident de la route. Comme nous habitons Keur Mbaye Fall et que nous avons l’habitude d’enterrer nos morts au cimetière de Grand-Mbao, nous avons décidé de l’y inhumer. Alors que nous étions sur le point de rallier le cimetière, on m’a soufflé que les individus n’habitant pas la localité n’étaient plus enterrés dans ce cimetière. Surpris, je n’ai pas hésité un seul instant à appeler le chef du village. Il a confirmé l’information et m’a fait savoir qu’aucune faveur ne me sera accordée. Ce fut un véritable choc. Finalement, c’est au cimetière de Tolu Diaz que nous avons inhumé mon défunt petit-fils.»
Diaw a été témoin de la même situation. Il a partagé son histoire sur Facebook. Il fallait inhumer la mère d’un voisin. «Je faisais partie du cortège mortuaire. Nous avions quitté Keur Mbaye Fall pour rallier le cimetière de Grand-Mbao. Grande a été notre surprise quand le préposé au gardiennage des lieux nous a fait savoir que l’on ne pouvait pas enterrer notre défunte là-bas. J’étais choqué et le paradoxe c’est que l’époux de la défunte est enterré là-bas.»
Pourtant, embraye l’adjoint au maire, «lorsque le mur des cimetières s’est effondré, nous avons tous contribué financièrement à sa reconstruction. Des oncles à moi et beaucoup d’amis sont enterrés là-bas, donc je ne peux pas comprendre que des habitants de la même commune ne soient pas enterrés dans ce lieu de repos éternel».
Le maire de Mbao, Abdou Karim Sall, a tenté de trouver une issue. Mais la série de rencontres qu’il a initiée en ce sens est restée sans suite, renseigne L’Observateur. Finalement, poursuit le journal, l’affaire a atterri à la brigade de la Zone franche industrielle (ZFI), mais les gendarmes ne sont pas allés plus loin que de transmettre le rapport d’audition des parties en haut lieu. «Le préfet a fait une descente sur les lieux pour constater de visu. Puis, plus rien», souffle le quotidien du Groupe futurs médias.
Le député Pastef Babacar Ndiaye, repris par L’Observateur, invite l’État à prendre «ses responsabilités». «Malgré les autorisations d’inhumer en bonne et due forme, les populations de Keur Mbaye Fall n’arrivent plus à inhumer leurs morts aux cimetières de Grand-Mbao», dénonce le parlementaire.
Les membres du collectif en charge de la gestion des cimetières restent inflexibles. Massamba Seck rappelle que les habitants de Keur Mbaye Fall et de Zac Mbao disposent de lieux d’inhumation, mais ceux-ci ne sont pas sécurisés. Ce qui explique que les populations de ces localités optent pour le cimetière de Grand-Mbao. «Ils n’ont qu’à assurer la sécurité de leurs sépultures comme nous le faisons à Grand-Mbao où nous avons recruté un gardien payé 75 000 francs CFA le mois sans aucune aide de la mairie», se défend Massamba Seck.
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