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[8 mars] Fatou Warkha Samb : « Le patriarcat est un système qui peut aussi être reproduit par des femmes »

Auteur: Propos recueillis par Laïka NZANGUILA BA

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[8 mars] Fatou Warkha Samb : « Le patriarcat est un système qui peut aussi être reproduit par des femmes »

Les femmes au Sénégal font toujours face à des violences, au sexisme quotidien et à des obstacles institutionnels qui limitent leur liberté et leur parole. Dans un entretien accordé à Seneweb à l’occasion de la Journée internationale de la femme (8 mars), la journaliste et militante féministe Fatou Warkha Samb revient sur ces défis et explique comment briser les silences, renforcer la solidarité féminine et défendre les droits des femmes et des filles.

Dans votre roman Assignée au silence, vous décortiquez les mécanismes sociaux qui étouffent la parole féminine. Comment ces silences se manifestent-ils aujourd’hui pour les militantes sénégalaises ?

Fatou Warkha : Le silence n’est pas simplement une absence de parole. C’est un mécanisme social profondément ancré. Les filles apprennent très tôt que parler peut déranger, mettre en danger ou briser l’ordre familial.

Dans beaucoup de situations, notamment face aux violences, le silence est présenté comme une forme de protection ou de respectabilité. Mais en réalité, il fonctionne souvent comme un outil de contrôle. Aujourd’hui encore, les militantes féministes font face à des tentatives de disqualification, à des campagnes de harcèlement ou à des pressions sociales et religieuses destinées à les faire taire.

On observe la montée de mouvements féminins conservateurs, notamment autour de structures comme And Samm Jiko Yi. Comment analysez-vous cette opposition ?

 Le patriarcat n’est pas seulement un système porté par des hommes. C’est un système social qui peut aussi être reproduit par des femmes. Certaines intériorisent ces normes et en deviennent parfois les gardiennes.

Cela fait partie des tensions normales dans toute société traversée par des rapports de pouvoir. L’histoire des luttes féministes montre d’ailleurs que les avancées pour les droits des femmes ont souvent rencontré des résistances, y compris de la part d’autres femmes. Mais il faut distinguer le droit au débat et la question des droits fondamentaux. Quand certains discours cherchent à restreindre l’autonomie ou la dignité des femmes, il devient nécessaire de les contester.

Les féministes sont parfois accusées d’être déconnectées des réalités sociales et culturelles du pays. Que répondez-vous à cette critique ?

Cette critique est paradoxale. Notre travail est justement enraciné dans le quotidien des Sénégalaises. Nous travaillons dans les quartiers, nous accompagnons des survivantes de violences, nous documentons des injustices et nous faisons du plaidoyer pour améliorer les lois et les politiques publiques. Si notre discours dérange, c’est souvent parce qu’il met en lumière des réalités que beaucoup préfèrent garder dans le silence.

« Chaque féminicide est l’expression d’un système de violences »

Face à la recrudescence des féminicides et des violences extrêmes, les réponses pénales sont-elles à la hauteur ?

 Chaque féminicide n’est pas un simple fait divers. C’est l’expression la plus extrême d’un système de violences qui commence souvent bien avant, dans l’impunité et le silence. Les réponses pénales existent, mais elles restent encore insuffisantes. Les victimes et leurs familles se heurtent à de nombreux obstacles : difficultés à porter plainte, lenteur des procédures ou manque d’accompagnement.

« Les survivantes de viol subissent parfois une double violence »

Le débat sur l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste reste très sensible. Comment abordez-vous cette question ?

 Il faut rappeler que le Sénégal a ratifié le Protocole de Maputo, qui prévoit l’accès à l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste. Aujourd’hui, certaines survivantes subissent une double violence : celle de l’agression, puis celle d’un système qui peut les obliger à porter la grossesse issue de ce crime. Si nous voulons vraiment défendre des valeurs morales ou religieuses, la première exigence devrait être de protéger les victimes et de prendre au sérieux leur dignité.

« Le sexisme ordinaire façonne les mentalités »

Au-delà des violences extrêmes, comment analysez-vous le sexisme quotidien dans la société ?

Le sexisme ne se manifeste pas seulement dans les violences. Il existe aussi dans les commentaires quotidiens, les blagues ou certaines représentations sociales qui enferment les femmes dans des rôles limités. Ce sexisme ordinaire paraît banal, mais il façonne les mentalités dès l’enfance et finit par normaliser les inégalités.

Malgré la loi sur la parité, les femmes restent peu présentes dans les postes de pouvoir. Pourquoi ?

La loi sur la parité a constitué une avancée importante. Mais les quotas ne suffisent pas à eux seuls. La présence numérique des femmes ne garantit pas automatiquement un pouvoir réel d’influence, surtout lorsque les structures politiques et institutionnelles restent marquées par des logiques patriarcales. La parité doit devenir une transformation durable du fonctionnement même de nos institutions.

Votre militantisme vous a-t-il déjà opposée aux autorités ?

Le militantisme féministe implique parfois des tensions avec les autorités, notamment lorsque nous dénonçons des injustices ou des insuffisances dans la protection des femmes et des filles. Mais le plaidoyer ne consiste pas seulement à s’opposer. Il consiste aussi à créer un rapport de force citoyen pour faire évoluer les politiques publiques. Les changements sont souvent lents, mais chaque mobilisation contribue à déplacer les lignes.

Auteur: Propos recueillis par Laïka NZANGUILA BA
Publié le: Dimanche 08 Mars 2026

Commentaires (17)

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    Darkpinguin il y a 1 jour
    En Casamance et chez nos voisins peuls guinéens, les femmes participent activement, tant matériellement que financièrement, à l'entretien et à la gestion du foyer. Loin de rester passives, elles n'attendent pas que leurs maris prennent tout en charge ; elles contribuent globalement davantage que les hommes. En dehors de ces régions, où les pratiques traditionnelles restent prédominantes, il est exceptionnel de parler de violence conjugale. Les ménages de nos villes dites couples modernes rencontrent de nombreux problèmes, la plupart découlant d'un déséquilibre des responsabilités financières et matérielles entre les époux, il ne faut pas confondre les attaches sentimentale et l'aspect matériel de la gestion du couple qui détermine sa pérennité. Par conséquent, pour y remédier, il est nécessaire de repenser les fondements mêmes de la soutenabilité matériel du couple au Sénégal qui doit être disperser entre les conjoints. Une législation est indispensable pour imposer aux familles qui marient leurs filles une plus grande implication, notamment en renforçant la responsabilité financière de la femme dans la gestion partagée du foyer, comme c'est le cas, par exemple, en Asie du Sud-Est, où les femmes sont souvent obligées de pourvoir un apport consistant, un soutien substantiel des dépenses du ménage plutôt qu'à une gestion financière exclusivement sur les épaules de l'homme. Au Sénégal, la femme n'apporte rien d'autre que ce que sa nature de femme les mains vides pour contribuer financièrement à l'entretien et à la gestion du couple. Avec le temps, cela devient un fardeau et une pression constante sur son mari, une situation qui finit par se retourner contre elle, érodant leur amour et la réduisant à un poids pour lui. Frustrée par la nouvelle attitude de son mari, elle ne reste pas silencieuse et s'engage dans des conflits et des querelles incessantes d'une violence verbale et morale où rien n'est laissé. Ainsi se crée une situation dangereuse où tout devient imprévisible.
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    Ha bon il y a 1 jour
    Ha bon la femme sénégalaise ne participe pas financièrement au foyer ? Si tu savais….
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    Villageoise il y a 22 heures
    Les bandits à rasta là ne nous representent pas du tout. Parlez pour vous Mesdames. Nous vraies sénégalaises de l'interieur du pays n'avons pas le temps de nous pavaner sur les plateaux de télés et autres sites internet pour insulter les hommes du pays( nos fréres , fils , Papa et grand pére). Manger vos financements haram et laisser les vraies femmes du pays tranquille.
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    Olof boy town il y a 1 jour
    Le protocole de Maputo n'est ni la Bible ni le Coran
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    COHÉRENCE il y a 1 jour
    Il faut avoir le courage et l'honnêteté d’en sortir.
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    Défenseur il y a 1 jour
    Franchement, j'ai toujours prôné pour une femme présidente. Qui n'est pas d'accord avec moi ?
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    Bathie il y a 1 jour
    Une femme Présidente ne ferait que organiser sabar au palais
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    enfait il y a 1 jour
    même les USA ont compris qu'une femme PR est un énorme danger pour sa population, elles réagiront toujours avec les émotions, qu'importe les diplômes ou responsabilités, le coeur l'emportera toujours face à certaines situations, c'est pourquoi même avec kamala harris, c'est au dernier moment qu'elle a été stoppée, elles ne cherchent pas l'égalité avec les hommes mais plutôt les asservir également, trop de folles parmi elles
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    Décidément il y a 1 jour
    Des débats dépassés et surannées. Les femmes africaines subissent les mêmes violences auxquelles sont soumises les hommes de couleur. Le système international qui les plongent dans la pauvreté aussi bien que leurs hommes ( saving the brown woman from the brown men)? Le féminisme est une manipulation économique, une destruction progressive de la famille via la destruction du pillier fondamental appelé père (Patriarchat)! Isolez la femme africaine, vous aurez libertinage, lgbtqa+ and so one! Toxic masculinity? Ou l’homme mollasson érigé en modèle et qui formera des hommes faibles ( donc des sociétés faibles, des yoss et des woubis)! Réveillez vous!! Et arrêtez de servir de caisse de raisonnable pour autre ONG dont le but est de déstructurer vos sociétés au profit des leurs!
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    well said tres bien dit il y a 1 jour
    very well said tres bien dis
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    Warkha bouki il y a 22 heures
    Je confirme , les femmes "intellectuelles africaines " yi dagno beugeu telllement bok ba nga khamné loulén toubab sant gnou def ko.
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    Reloaded il y a 1 jour
    Il n y a jamais eu de femmes faibles en Afrique traditionnelle ! Elles ont été affaiblies par les religions importées ! Mais la mère de jesus est une femme, la protectrice de Mouhamad, une dame et nos reines pokou, zenga tous de braves dames! Qui veut manipuler nos sociétés ? Sont elles prêtes? Le féminisme n’est pas le meilleur moyen de les jeter entre les bras de l’économie de la chair? De l’industrie ouvrière ? Autant de questions à se poser! Elle n a pas réglé les problèmes d’inégalités en occident! En Afrique elle fera pir, même dans versions remaniées, genrée qui confusion, mène toujours au féminisme argumentaire! Régler le système de gouvernance mondiale de la richesse, réglez nos familles! Nos sœurs souffrent oui, à côté de leurs hommes!
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    Vérité absolue il y a 1 jour
    Peine perdue ,vous n'arriverez jamais à transformer ce pays en pays de païens. Nous sommes et resterons des croyants !
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    Lucifer il y a 1 jour
    Ahahahahah mais celles qui suivent la religion d’Abraham doivent elles se plaindre même si on vit dans une époque d’ignorance ? Le schéma socioculturel que la majorité des sénégalais ont est que les hommes ont autorité sur les femmes en raison des muscles qu’ils ont et à cause de leur argent 🤣
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    Bathie il y a 1 jour
    Exactement
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    itipalaway il y a 1 jour
    SI LE SOLEIL SE COUCHE SANS….. Si le 8 mars est bien le jour pour rendre hommage aux femmes et si le soleil se couche sans que son nom ne soit cité, vous me permettrez d’insulter toute une nation en vous disant ce que je pense de cette même nation. J’espère que vous m’épargnerez cela car c'est Ramadan et il ne faut pas insulter. Faites-le, non pas pour moi commun des mortels, mais pour elle. Je vous parle d’une voix féminine qui réveillait en chaque sénégalais une flamme de vie : Madame Khar M’baye Madiaga. Le Sénégal lui doit bien cela, non ?
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    Arva il y a 1 jour
    Parmi les seules rare femmes vivantes de nos jours qui méritent le respect au Senegal, on peut citer la maman du PM Ousmane SONKO, mère Khady NGOM. Le témoignage qu’Ousmane a fait sur elle quand son papa avait perdu son boulot pendant plusieurs années et qu’elle était la seule provider de la famille avec beaucoup de discrétion fait que Dieu lui a donné un fils que tout le monde écoute, apprécie et qui est vraiment courageux. Mère Khady NGOM, je ne vous connais pas mais je prie pour vous ainsi que pour toutes les mères vivantes qui ont été discrètes soumises et pieuses dans les moments difficiles que leur époux ou père de leurs enfants a rencontré dans la vie. Ces femmes sont très rare.
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    Anconsa il y a 1 jour
    Bienvenue sur le meilleur service de rencontres intimes -> Xdate.mom
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    Respectpromesses il y a 1 jour
    superbe interview Warkha ... ce n'est pas facile de faire bouger les iignes mais heureusement elles bougent, nous demandons juste au President de respecter ses promesses de campagne - qui ont fait que certain-e-s ont voté pour lui
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    Antikon il y a 1 jour
    "Mais il faut distinguer le droit au débat et la question des droits fondamentaux"..., voilà un germe du fascisme qui fait que ces féministes ultra doivent être exterminées avant qu'il ne soit trop tard.
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    Mysogines il y a 1 jour
    Trop de misoginiasur ce site.Aucun respect de la femme.
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    Djibson il y a 1 jour
    Ils croient que ay goors doongou nioo leen diour. Trop bêtes.
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    X il y a 1 jour
    Mysogines ! Tu dois être faible ou un hypocrite.
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    Lol il y a 1 jour
    Pourquoi les féministes sont presque toutes moches ? Apparemment personne ne les aime ce qui fait qu’elles ont une dent contre les hommes..Pour les musulmanes demandez à ce que des femmes vous enterrent quand vous serez mortes..Suiviste rek tantôt c’est la saint Valentin,tantôt fêtes des mères alors que nous autres vrais africains fêtons nos parents tous les jours ces pseudos intellectuelles font du copier coller vraies esclaves mentaux dès toubabs
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    CHARTES il y a 1 jour
    Pourquoi signons-nous des chartes et autres accords internationaux si nous n'avons aucune intention de les respecter ?
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    Dou il y a 1 jour
    Pourquoi les féministes sont souvent vilaines comme pas possible.
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    lol il y a 23 heures
    Vraiment depasse...Patriarchat? lol/.....et souvent seni morome niolen di forme ci li. Aye toubab
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    Cool il y a 22 heures
    Non séni rak ak sén moromi doom. Je confirme
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    sokhnasoyewou il y a 23 heures
    trop de tromperie envers les femmes c'est pour faciliter l'accés au canapé contre des job ou notes ou bourses ou voyages rek

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