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(Quartier à la Une) : Terme Nord, le quartier flottant de l'Aéroport

Auteur: Ndèye Mamy Niang

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Ruelle quartier Nord-Foire

Vieux de 80 ans, Terme Nord est l’un des plus anciens quartiers de la commune de Yoff. Situé derrière le hangar des pèlerins, à côté de l’aéroport Léopold Sedar Senghor, ce quartier flottant vit caché, tant sa position géographique la rend enclavée.

Son visage est très peu accueillant. Au milieu de constructions datant des périodes coloniales et de baraques fragiles, ses ruelles étroites, rendues nauséeuses par l’eau de la pluie mélangée aux déchets nés d’une absence d’assainissement, ôtent tout charme à terme nord. Mais, il est bien là. Niché entre Ouest foire et l’aéroport Léopold Sedar Senghor.

« Travo » (déformation de travaux) était le premier nom donné à ce quartier. Car, ce sont les anciens travailleurs de l’aéroport Léopold Sédar Senghor qui y vivaient. Puis, avant leur départ, les Français ont remis le titre foncier aux Sénégalais et l’ont rebaptisé « Terme Nord ». Depuis lors, les Sénégalais ont commencé à peupler ce petit bout de terre.

Abandonné à lui-même, ce quartier souffre d’énormes maux, avec une population qui ne cesse de croitre. En effet, Terme nord-est devenu aujourd’hui un bidonville avec une population d’environ 5000 habitants dans une superficie de 5 hectares. « Les habitants sont nombreux, il y a une surpopulation, car tu peux trouver trois pères de famille dans une seule demeure. Les maisons sont saturées et les personnes vivent entassées. On avait demandé au gouvernement de nous accorder 100 terrains. Mais des personnes mal intentionnées sont allées à notre insu accepter 10 terrains de l’État. Ces terrains n’ont pas été remis aux habitants, ils les ont gardés pour eux. Nous sommes prêts à aller en justice pour réclamer ce qui nous revient de droit », peste le vieux Mafall Diop, un des notables de ce vieux quartier.

Logé pourtant à un jet de pierre de l’aéroport Léopold Sedar Senghor, Terme Nord manque de tout. Sans canalisations ni assainissement, ses populations souffrent. Avec l’insécurité et le manque de travail, les jeunes sont obligés de quitter leur localité. À cela s’ajoute l’absence de marché, d’école, de mutuelle de santé et de lieu d’épanouissement pour les jeunes.

Des serpents jusque dans les concessions

« Je suis le chef de quartier, ça fait 60 ans que suis là. D’ailleurs tous mes enfants ont vu le jour ici. Maintenant, je suis vieux et malade, j’ai presque 75 ans, mais je rends grâce à Dieu. Notre quartier est confronté à des problèmes, à plusieurs niveaux. Nous sommes près de l’aéroport, les bruits des avions créent des fissures à nos maisons. La plupart des constructions datent du temps des colons », explique Khalidou Diallo, le chef de quartier de terme nord qui vit ici, depuis 1955. Le manque d’électricité dans certaines zones du quartier expose également les habitants à divers dangers.

« Auparavant, il y avait des serpents qui rodaient aux alentours de nos maisons parce qu’il n’y avait pas d’électricité. Les habitants avaient peur de sortir la nuit par manque de sécurité », soutient-il. Les enfants, du fait du manque d’établissement scolaire dans leur quartier, sont obligés de traverser la rue pour aller dans les écoles des autres localités. Ce qui les expose au danger. Sokhna Diop, une mère de famille dit être obligée tous les jours d’amener à l’école et de ramener son enfant de l’école. « Chaque jour à 13 h, je viens ici pour attendre mon enfant. Je ne peux pas laisser les enfants traverser la rue sans assistance. Il y’a quelque temps un garçon a eu un accident sur la route et il s’est fracturé la jambe. Ce qui est alarmant », peste Mme Diop qui est née à terme nord. « Je suis née ici et j’ai grandi ici. Maintenant, je suis mariée et rien n’a changé. On n’a pas d’écoles, nos enfants sont obligés de traverser la rue pour aller s’instruire. Je pense que ce n’est pas normal. On devait au moins avoir des instituts pour nos enfants, car sans l’éducation l’avenir de l’enfant s’assombrit » dénonce la dame.

Les promesses non tenues de Wade et Macky

Les femmes de la localité, ont un autre problème de taille : terme nord ne dispose toujours pas de marché. Elles se débrouillent tant bien que mal pour faire bouillir la marmite. Awa Ndiaye est une mère de famille qui, pour se ravitailler en produits alimentaires pour sa famille, est obligée d’aller jusqu’au marché de thiaroye. « Je me lève à 6 h du matin pour aller au marché de thiaroye. Je le fais deux fois par semaine. Je n’ai pas le choix. Je suis obligée de nourrir ma famille. Ici on n’a pas de marché. La vie est chère, le transport aussi. Les femmes sont très fatiguées. Souvent on reste des jours sans avoir de l’eau. À chaque fois, les politiciens viennent ici pour nous faire des promesses. Des promesses qu’ils ne tiennent jamais. On ne peut même pas faire le commerce dans notre propre quartier. C’est dur », regrette Awa.

Chapelet à la main, debout sur ses 1,90 m devant sa porte et scrutant ses petits-enfants gambader, Mafall Diop est l’un des notables de ce vieux quartier. Il trouve anormal qu’un quartier comme Terme nord ne possède pas de marché : « Je suis là depuis 1958, les habitants sont très nombreuses et nos femmes doivent au moins avoir un marché. Je me rappelle quand Abdoulaye Wade était venu ici en 1993 lors de sa campagne électorale avec Abdou Diouf, il nous avait promis de régler nos problèmes. Macky Sall est aussi venu en 2012 pour nous faire les mêmes promesses, mais rien. Et tant d’autres politiciens n’ont pas respecté leurs paroles », déclare-t-il.

Pas d’école ni de marché encore moins de dispensaire

Terme nord souffre d’un autre mal, son manque de lotissement. Ce qui fait que l’assainissement est inexistant dans cette localité. « Notre quartier n’est pas assaini, les femmes déversent de l’eau dans les rues. En plus, les camions ramasseurs d’ordure viennent rarement. Ce qui pousse les habitants à déverser n’importe où les ordures. Des dépotoirs d’ordures essaiment. Ce qui expose les enfants aux maladies », note El Hadji Malick Ndiaye, un notable du quartier. Or, Terme nord ne dispose même pas de dispensaire. « On devait au moins avoir une case de santé pour les enfants. Imaginez qu’un enfant tombe malade la nuit comment on va faire?? En plus, les femmes qui veulent accoucher sont confrontées à d’énormes difficultés. C’est vraiment déplorable », déplore-t-on.

Mamadou Ndiaye, l’un des jeunes de ce quartier, dénonce lui, le manque de lieux d’épanouissement dans le quartier : « Nous les jeunes on n’a pas de terrain de foot ni de terrain de basket pour jouer. Les jeunes ne savent pas comment faire. Tous les espaces libres ont été vendus. Les enfants n’ont pas de terrain pour s’amuser. Durant les vacances tous les quartiers organisent des matchs amicaux, sauf nous. Les autorités doivent avoir plus de considération pour ce quartier. Ce sont des êtres vivants qui y sont », peste Mamadou.

Les populations indexent les autorités qu’elles ne voient que lors de campagnes électorales pour les convaincre de voter pour eux. Les promesses faites ne le sont que pour... amadouer un potentiel électorat.

Auteur: Ndèye Mamy Niang
Publié le: Lundi 02 Novembre 2015

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