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Afrique

Mali : les poursuites contre Amadou Haya Sanogo vont-elles être abandonnées ?

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Amadou Haya Sanogo attend son procès depuis 2013
Le procès de l’ancien putschiste Amadou Haya Sanogo doit reprendre ce jeudi 25 février. Mais dans ce dossier très politique, le général et ses douze coaccusés pourraient rapidement être exonérés de toutes responsabilités.

Leurs craintes étaient-elles fondées ?  Lorsqu’en janvier 2020, la justice malienne a accordé la liberté provisoire au général Amadou Haya Sanogo, poursuivi pour avoir ordonné l’assassinat de 21 Bérets rouges fidèles à Amadou Toumani Touré (ATT), ainsi qu’à ses douze coaccusés, les proches des victimes avaient dit redouter que leur procès n’ait jamais lieu. Et c’est bien ce scénario qui se profile aujourd’hui, à la veille de la réouverture des audiences.

« Le couteau dans la plaie  »

Après avoir fait couler beaucoup d’encre depuis l’arrestation de l’ex-chef du Comité national de redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE) en 2013, le procès pourrait en effet connaître son épilogue dans les jours à venir, sans que la justice n’ait examiné le fond du dossier.

En cause, une loi adoptée en 2018 à l’issue de la conférence d’entente nationale de 2017 et qui vise à « concrétiser la politique de la restauration de la paix et de la réconciliation ». Elle prévoit notamment d’exonérer de poursuites pénales les personnes ayant commis des crimes et des délits « dans le cadre des événements liés à la crise née en 2012 ».

« Selon cette loi, le tissu social étant effrité, il faudrait éviter tout jugement qui pourrait remuer le couteau dans la plaie. Or certains estiment que le jugement de Sanogo pourrait élargir le fossé entre Bérets verts et Bérets rouges, explique Moctar Mariko, l’un des avocats des victimes. Cette loi pourrait nuire au procès. Si les avocats de Sanogo l’invoquent, ce sera l’arrêt de la procédure. Son ardoise sera effacée. »

Un procès politisé

Depuis l’ouverture du procès en grandes pompes en 2016 à Sélingué, où la procédure avait été délocalisée, le dossier est dans l’impasse. Car une condamnation de Sanogo pourrait menacer la cohésion au sein des troupes, dans un contexte de crise sécuritaire. Le général, qui a toujours clamé son innocence, reste en effet populaire au sein de l’armée. Le 26 septembre 2020, à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance du Mali, amaigri et en tenue d’apparat, Sanogo était d’ailleurs installé à la tribune officielle. Pour cette première apparition publique depuis son retour à Bamako au début de 2020, après des années en résidence surveillée dans la région de Sikasso, il a même été acclamé par certains, qui n’ont pas hésité à poser à ses côtés le temps d’un selfie.

Les débats devraient donc être brefs, ce jeudi, dans la capitale malienne. Un accord a déjà été trouvé entre les autorités et la partie civile. Et en vertu de la loi d’entente nationale, les familles des victimes ont commencé à être indemnisées en 2020. « Les victimes attendent ce procès depuis sept ans, mais elles ont compris qu’il était nécessaire de trouver un terrain d’entente avec l’ancien régime, explique un proche de leurs proches. Certains ont obtenu une maison, une petite somme d’argent et la prise en charge financière de leurs enfants en guise d’indemnisation. Ceux qui le pouvaient ont aussi passé des concours pour intégrer la fonction publique. »

L’UN DES ACCUSÉS A DÉCLARÉ AVOIR TIRÉ EN RAFALE SUR LES JEUNES. COMMENT PEUT-ON TOUT SIMPLEMENT IGNORER CELA ?

Des associations de victimes et des organisations de défense des droits humains continuent cependant de décrier cette loi d’entente nationale, estimant qu’elle ouvre la voie à l’impunité. « Personnellement, cela me choque que les choses se terminent ainsi. L’un des accusés a déclaré avoir tiré en rafale sur les jeunes. Comment peut-on l’ignorer ? regrette un autre proche des victimes. Mais l’Apembra [Association des parents et épouses des militaires Bérets rouges assassinés] en a décidé autrement, parce que que tout cela prenait trop de temps. Ce procès a été politisé. »

« Dans la vie d’une nation, il faut des instants de pardon pour avancer. Combien de lois d’entente nationale notre pays a-t-il connues ? On ne peut pas nier aux accusés le droit d’en bénéficier », rétorque l’avocat Cheick Oumar Konaré, membre de la défense du fantasque général, se déclarant « prêt pour les débats » qui s’ouvriront ce jeudi 25 février.

Les familles des victimes ne devraient pas assister à l’audience, mais elles continuent à réclamer les corps de leurs proches. « Elles ont demandé des funérailles nationales », confie une source proche du dossier.



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