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Afrique

MALI. Non, la " bataille" n'est pas gagnée

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MALI. Non, la " bataille" n'est pas gagnée

Les islamistes n'ont pas encore disparu, la force africaine n'est pas encore opérationnelle et la stabilité politique n'a pas encore été retrouvée. Décryptage

 

Au sommet de l'Etat, on l'assure : tout se déroule comme prévu au Mali. L'offensive éclair de l'armée française, qui a permis de libérer les villes les plus importantes du pays, a pris de court aussi bien les combattants islamistes qui se sont repliés, que de nombreux experts militaires. Moins de trois semaines après le début de l'opération Serval, François Hollande s'enorgueillit d'être en train, avec ses partenaires africains, de "gagner la bataille". Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, assure que "la mission est remplie". Vraiment ?

 

"Une guerre, on sait quand on la commence, jamais quand on la finit", ont coutume d'asséner les observateurs. Au lendemain de l'opération terrestre française, le chef de l'Etat avait pourtant prévenu : la France restera au Mali aussi "longtemps que nécessaire". L'un des objectifs est atteint : l'armée française à réussi à protéger Bamako en établissant une ligne de défense le long du fleuve Niger autour de Diabali, de Tombouctou et de Gao. Mais les succès remportés sur le terrain ne présagent pas de l'avenir. Les combattants islamistes n'ont pas disparu, la force africaine qui doit prendre le relais n'est pas opérationnelle et Bamako n'a pas retrouvé la stabilité politique nécessaire au maintien de la paix.

 

Déloger les islamistes de leurs sanctuaires

 

Alors qu'on s'attendait à une pause dans la reconquête du Nord-Mali par les forces franco-maliennes, les soldats français se sont posés mercredi à l'aube sur l'aéroport de Kidal près de la frontière algérienne. Une ville clé dans la lutte contre les terroristes islamistes au Sahel.

 

En réalité, les objectifs annoncés par le gouvernement français n'ont cessé d'évoluer depuis le début de l'intervention. Il s'agissait à l'origine d'arrêter la colonne de combattants islamistes qui fonçaient sur Bamako, selon les appréciations du renseignement français. Puis il a fallu préciser que la France avait pour but de "préserver l'existence de l'Etat malien", et "préparer le déploiement d'une force d'intervention africaine". Bref, les objectifs ont toujours eu des contours flous et ont alimenté toutes les hypothèses sur la stratégie militaire française.

 

Les islamistes, qui dans les premières heures de l'offensive française auraient surpris le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, par leur capacité de résistance et leurs équipements, n'ont pas fait la preuve de leur combativité pour l'instant. Le cœur des combattants est estimé à environ 3.000 hommes. Selon le ministère de la Défense, 100 à 200 d'entre eux auraient péri dans les premiers bombardements. Aujourd'hui, le problème n'est pas tant de faire fuir les combattants des villes que de sécuriser cette immense zone et épuiser les djihadistes afin d'anéantir toute velléité de nouvelle attaque.

 

Selon les nombreux experts interrogés, la majorité des hommes se sont repliés dans le massif des Ifoghas dans la région de Kidal. Des montagnes dont le périmètre fait près d'un tiers de la France, s'étend sur le Mali, le Niger et l'Algérie et qui sont très difficiles d'accès. Stratégie possible : s'attaquer aux axes d'approvisionnement en carburant, en nourriture et en armes, qui traversent le désert - un terrain relativement visible par les avions, pour qu'ils procèdent à des frappes aériennes. Par ailleurs, au sol, dans les régions reconquises, le défi reste énorme. Et ce sera la tâche des forces africaines, auxquelles la France a dit vouloir passer la main. 

 

Mener la transition militaire

 

L'affaire est complexe. A l'heure actuelle, les forces africaines ne sont pas encore opérationnelles. Mardi, la communauté internationale (Union africaine, Union européenne, Japon, Etats-Unis et ONU) a réussi à récolter à Addis-Abeba (Ethiopie) 338,6 millions d'euros pour l'aide militaire et humanitaire. Aujourd'hui, 3.500 soldats français et 1.900 soldats africains (Tchadiens, Nigériens et Burkinabés) sont déployés aux cotés de l'armée malienne. Au total, 8.000 soldats africains sont attendus à terme. Mais les problèmes logistiques rendent difficiles un déploiement rapide.

 

Mais une fois cette force totalement déployée, l'armée française prendra-t-elle le risque de partir trop tôt, sachant que cela pourrait favoriser un retour des islamistes, moins farouches en l'absence de la force française ? D'autant qu'elle pourrait aussi être accusée d'avoir laissé faire des règlements de compte, qui sont apparus quelques heures après la libération des premières villes.

 

Et enfin, dans l'hypothèse où ces troupes africaines serait rapidement sur pied, elles buteraient sur la résistance des Touaregs, qui comptent bien ne pas être les oubliés du conflit.

 

Place à la négociation politique

 

Sur le front politique, une feuille de route qui fixe les priorités politiques de l'après-guerre a été adoptée par le Parlement malien. Elle prévoit une discussion avec certains groupes armés dans le cadre de la "réconciliation nationale", une fois le Nord libéré. Encore faut-il que, selon cette feuille de route, ces groupes armés ne remettent pas en cause l'intégrité du territoire, ni la laïcité de l'Etat.

 

Or, les Touaregs du MNLA (Mouvement nationale de libération de l'Azawad, à l'initiative de l'offensive islamiste) ne comptent pas mettre en sourdine leurs revendications. Ce sont eux qui auraient chassé les islamistes de Kidal. S'ils se sont déclarés ouverts au dialogue, tout comme le groupe dissident d'Ansar Dine, le MIA (Mouvement islamique de l'Azawad), on ne sait pas encore jusqu'où iront ses exigences. Les populations restent hostiles au pouvoir de Bamako et l'influence des islamistes n'a pas disparu.

 

De son côté, la France peut-elle se passer d'un allié pour qui la région n'a aucun secret, et qui serait une précieuse source de renseignement pour lutter contre les djihadistes ? La France a d'ailleurs appelé mercredi Bamako à "engager sans plus attendre des discussions avec les représentants légitimes des populations du Nord (élus locaux, société civile) et les groupes armés non terroristes reconnaissant l'intégrité du Mali.

 

Le président par intérim Dioncounda Traoré a dit vouloir des élections d'ici le 31 juillet. Le territoire sera-t-il totalement libéré d'ici-là ?

 

 



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