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COVID-19 : L’état d’urgence et les violences policières au Sénégal

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COVID-19 : L’état d’urgence et les violences policières au Sénégal
À situations exceptionnelles, mesures exceptionnelles ! La crise sanitaire que nous traversons a levé le voile sur les régimes juridiques d’exception. Tous les pays touchés par la pandémie du covid-19 ont pris les mesures exigées par la crise qui dérogent naturellement au droit commun. Au Sénégal, le président Macky Sall a décrété notamment l’état d’urgence et cette décision a été unanimement saluéepar les sénégalais et la classe politique, toutes sensibilités confondues. Il est peu de dire que le peuple est plus que jamais uni et déterminé à vaincre ensemble ce virus. En revanche, nous devons tous demeurer vigilants afin d’éviter que cette lutte ne soit déviée. À ce propos, les violences policières perpétrées notamment dans les rues de Dakar en cette soirée du mardi 24 mars méritent réflexion. Le régime d’exception est nécessaire en cette période de crise certes, mais il ne peut nullement justifier de tels abus.

Les forces de l’ordre se trouvent en première ligne de front d’autant plus qu’on est désormais en situation d’état d’urgence et c’est le lieu de leur adresser tous nos remerciements. Il convient de leur rappeler en même temps, s’il en était besoin, qu’ils doivent agir dans le respect strict de l’état de droit, quand bien même on est en situation exceptionnelle. Il existe vraisemblablement une sorte de culture de la violence inutile et excessive de l’autorité au Sénégal. Parfois, certains agents publics s’octroient même des prérogatives qu’ils ne peuvent pas exercer en vertu de la loi. On sait par exemple que des éléments de l’Agence de sécurité de proximité (ASP) ont cru pouvoir tabasser des personnes dans le cadre de l’exercice de leur mission. Il s’agit donc d’une situation que nous avons toujours connue et qui est remise à l’ordre du jour à l’occasion de l’exécution des mesures prises en application de l’état d’urgence. Ce soir, les images partagées dans les réseaux sociaux montrent que la police s’en est violemment prise aux personnes qui n’ont pas respecté le couvre-feu de 20h. C’est une attitude dégradante et inhumaine que tous les sénégalais devraient dénoncer.

On peut regretter qu’il y ait des personnes qui ne veulent rien comprendre alors que tout le monde s’attèle à contenir la propagation de cette maladie dévastatrice. Cette situation n’est pas propre au Sénégal et partout ce type de comportement est unanimement condamné car irresponsable. Cependant, il est possible d’administrer des sanctions efficaces et dissuasives à l’endroit de ces récalcitrants sans les humilier.Le moins qu’on puisse dire est que la police a délibérément violé l’état de droit ce soir, pourvu qu’il en existe réellement. La période de crise n’autorise pas tout, les atteintes aux droits et libertés ne peuvent pas aller au-delà de ce qu’exige la situation. La répression n’est légale que lorsqu’elle est nécessaire, adaptée et proportionnelle. Or, on ne peut pas dire que les violences policières de ce soir satisfont ces conditions. Il était tout à fait possible d’infliger des sanctions efficaces et dissuasives aux récalcitrants sans les dégrader. Au lieu de rouer de coups un conducteur de taxi, il aurait été plus conforme à l’état de droit de le frapper au portefeuille en lui collant une grosse amende. Aussi, plutôt que de tabasser cette jeune fille au sol, il aurait été plus humain de la placer en garde-à-vue toute la soirée et de lui administrer une amende forfaitaire. Dans cette crise, tous les actes doivent être posés en toute lucidité au risque de passer à côté de l’essentiel et de porter atteinte excessivement aux droits et libertés.

L’excès de zèle qu’on a constaté ce soir à travers ces violences policières est aussi le fait des autorités politiques qui auraient donné l’ordre d’agir de la sorte. Les mesures prises sont peut-être pertinentes, mais la méthode utilisée pour leur mise en œuvre reste critiquable. Il n’est pas prudent dans un pays comme le Sénégal de passer à la répression 24h après avoir décrété l’état d’urgence. D’une part, tout le monde n’a pas écouté le discours du président de la République pour diverses raisons. Il faut donc quelques jours pour que le message soit bien diffusé. D’autre part, l’état d’urgence et le couvre-feu sont des régimes presque méconnus au Sénégal. Avant cette crise, l’état d’urgence n’a été décidé que deux fois et la dernière application remontait à 1988. Dans ces conditions, il aurait été plus approprié de se passer de la brutalité en agissant avec pédagogie sans perte de temps. La frappe doit être focalisée sur le covid-19 et non sur les sénégalais.

Ferdinand Faye
Docteur en droit public
Chargé d’enseignement à l’Université de Reims et à Sciences Po



liiiiiiiaffaire_de_malade

12 Commentaires

  1. Auteur

    A53

    En Mars, 2020 (15:53 PM)
    Belle contribution..Merci Monsieur Faye
    • Auteur

      Reply_author

      En Mars, 2020 (16:52 PM)
      analyse très pertinente dr. ferdinand faye. mais cela ne m'étonne pas connaissant ce chercheur.
    • Auteur

      Mame Cheikh Mbaye

      En Mars, 2020 (18:28 PM)
      bonjour docteur

      les senegalais qui ont recu ces coups le meritent bien. nous sommes un peuple indiscipline qui ne comprend pas les sanctions administratives.

      merci la police vous avez bien fait
  2. Auteur

    En Mars, 2020 (15:55 PM)


    Que faire quand la sensibilisation ne suffit pas pour arrêter les gens? Faut-il les arrêter et les mettre en prison? Faut-il les obliger à payer une amende alors qu'ils n'ont rien en poche? Quelle alternative pour gérer la situation en respectant les conventions? En Occident, il suffit des faire payer des amendes à des gens qui ne peuvent pas échapper à la loi. Ici, les gens ne savant même pas qu'il est interdit de sortir à partir de 20 heures. La seule chose à faire, c'est ce que les policiers font. C'est un formidable électrochoc pour gérer la situation, sinon les polices et les prisons vont se remplir encore alors qu'on veut les libérer pour améliorer les conditions de détention. les droits de l'Hommistes doivent le comprendre et se taire ou donner des solutions.
    • Auteur

      Au Com Principal

      En Mars, 2020 (17:16 PM)
      tu as été scolarisé en pure perte …
      toutes les années que tu as passé sur les bancs pour au final être incapable d’emettre une réflexion sensée !!! quelle ruine ! mes condoléances à tous les enseignants qui ont eu à t’encadrer : ils seraient désespérés de constater que ton cerveau ne fait confiance qu’aux méthodes du paléolithique : violences et domination …
      tu es une ruine …
    Auteur

    En Mars, 2020 (16:06 PM)
    Fermes ta gueule. Le temps n'est plus à de l'intellectualisme mais à la contrainte pour le respect obligatoire des mesures prises.

    Bastonnez les trangresseurs
    • Auteur

      Au Com D’origine

      En Mars, 2020 (17:17 PM)
      il faut être foncièrement débile pour défendre les violences commises par des policiers
    Auteur

    Depuis Les Usa

    En Mars, 2020 (16:14 PM)
    Si la police est réellement dévouée, pourquoi elle ne le montre pas en tant de paix et combattre les agresseurs la nuit, les traquer partout et les mettre en dehors d'état de nuire.

    La police doit être une police de communauté ou de proximité. Savoir donner des avertissements et/ou parler aux honnêtes citoyens avant de sanctionner mais pas d'être brutale ou violente.

    Ce n'est pas respectueux de leur part et je condamne vraiment ces actes odieux.

    la rencontre consensuelle est faite pour parler au citoyen mais pas d'être méchants, meme s'ils sont têtus.

    Respectez les citoyens.

    Je ne fais pas leur apologie mais c'est comme cela se fait dans l'hexagone.



    Merci
    Auteur

    Galsen

    En Mars, 2020 (16:31 PM)
    Tout a fait d'accord avec votre analyse. la force n'est pas necessaire, il existe d'autre formes de dissuasion.
    Auteur

    Oki

    En Mars, 2020 (17:18 PM)
    Merci Mr Faye de cette pertinence analyse qui est plus que pédagogique.
    Auteur

    En Mars, 2020 (17:21 PM)
    Moi je suis pour la sensibilisation,par la chicotte. Im n'y a que ca qui marche. Au Sénégal dès qu'une règle est edictee, le premier réflexe est comment la contourner ?
    Auteur

    Cheikh D

    En Mars, 2020 (18:55 PM)
    Belle analyse mon grand. Très pertinent et une bonne rigueur dans la démarche.

    Merci pour cette belle contribution
    Auteur

    Dood

    En Mars, 2020 (20:26 PM)
    Il faut réprimer le Sénégalais ne respecte pas les hommes en tenue
    Auteur

    [email protected]

    En Mars, 2020 (20:29 PM)
    droits de l’homme de 1948 considére dans son Préambule qu’une conception commune des droits et libertés est de la plus haute importance pour assurer ‘’le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales. La vie de millions de sénégalais est en jeu. Nous vivons des moments exceptionnels

    Toutes les forces vives de la nation doivent à côté de l’État participer aux efforts pour endiguer cette maladie mortelle.

    Des mesures exceptionnelles sont adoptées partout dans le monde.

    Nous devons nous investir par la sensibilisation, l’information. Nous devons demander à la population de respecter les instructions des professionnels de santé et les mesures et restrictions qu’implique l’état d’urgence.

    Nos encouragements, remerciements et respects au corps médical. Qu’Allah vous accompagne dans votre noble, difficile et dangereuse mission.

    Développons des chaînes de solidarité et d’entraidre. Pensons aux personnes vulnérables, aux personnes à faibles revenus.

    Indépendamment des sanctions prévuses par la loi de 1969 , nous insistons sur l’utilisation par la police de moyens non violents à l’encontre de tout récalcitrant.



    Chers compatriotes partout dans le monde le mot d’orde est le même‘’ RESTEZ CHEZ VOUS”



    Unis nous vaicrons

    Auteur

    En Mars, 2020 (20:33 PM)
    merci monsieur contribution a juste raison. Allah nous montre pquoi le corona eat la, ebola a nos portes sans entrer etait un avertissement. la violence policeire envers les pauvres et pas envers ceux qui volent les pauvres.... pourtant on n a pas connu la grippe aviare le ah1n1 le sras tous une pandemie et mortelle pourquoi. donc chacun se remt en question et se repent
    Auteur

    Dia Abdoulaye.

    En Mars, 2020 (15:27 PM)
    Vos réactions intellectuelles en cas de situations perturbant la quiétude nationale prouve votre amour envers cette patrie, le Sénégal. La rigueur que j’approuve personnellement en tant votre ancien étudiant m’a permis de glisser ces mots de témoignages.

    Le Sénégal, un pays compliqué comme le dit un cher ami, cela ne vous a point découragé dans ce travail pénible qu’est de penser et d’écrire, sachant que les personnes à qui on l’adresse restent indifférents d’autant plus qu’ils devaient l’approprier car relevant de leur propre existence.



    Mes remerciements à votre égard et à l’égard de tous ceux qui se sacrifient - ne serait- ce qu’une minute pour penser, rappeler, émettre et assoiffer le désir de bien faire.



    Rester loin du pays ne justifierait pas un silence de mauvaise foi.



    Merci à tous!



    Abdoulaye.

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