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[ Contribution ] Idrissa Seck, Macky Sall, Benno Siggil et nous autres - Essai de lecture de la vie politique sénégalaise après le meeting parisien de Macky Sall

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[ Contribution ] Idrissa Seck, Macky Sall, Benno Siggil et nous autres - Essai de lecture de la vie politique sénégalaise après le meeting parisien de Macky Sall

Le samedi 21 novembre, à la Seine Saint Denis, en proche banlieue parisienne, Macky Sall, Président de l’APR-YAKAAR a tenu un meeting de campagne électorale présidentielle, ni plus, ni moins. Ceux qui comme moi s’attendaient à un discours sortant de l’ordinaire, un discours fondateur d’un « nouvel élan » pour paraphraser nos amis socialistes de celui qui a quitté le clan libéral, un discours traçant, comme ceux de Barack Obama, de grands principes républicains parce que plaçant la nation au dessus des ambitions individuelles et partisanes, auront été très déçus.

En effet, Macky Sall, plus que le représentant des jeunes de l’APR qui a, lui au moins, fait allusion à un regroupement au deuxième tour derrière le candidat de l’opposition le mieux placé, a plus articulé son discours autour de sa candidature et de sa victoire éventuelle aux prochaines présidentielles que placé celui-ci dans le cadre de ses nouvelles responsabilités historiques d’opposant au régime unanimement décrié de Abdoulaye Wade.

Quasiment pas un mot pour ses « alliés » de Benno Siggil Sénégal (BSS) si ce n’est pour saluer la présence à son meeting de Amath Dansokho, l’homme. Macky Sall a, au contraire, lors de ce meeting, déclaré sa candidature, galvanisé par une foule il est vrai nombreuse et constituée de partisans mais aussi de simples curieux. Quasiment rien sur l’ancrage de l’APR-YAKAAR au sein de BSS.

S’il ne peut être reproché au chef de parti de chercher à asseoir les bases populaires d’un parti nouvellement créé, Macky Sall pouvait-il pour autant, après avoir rallié BSS aller à l’encontre de la retenue-prudence affichée par les grands leaders de cette coalition et se lancer ainsi maladroitement, à l’identique de son ex-mentor, dans une campagne électorale prématurée ? Peut-on lorsqu’on se réclame d’une coalition déclarer sa candidature à des élections présidentielles sans concertation avec ses autres homologues membres leaders de BSS et en porte à faux avec les principes de prudence et de retenue adoptés par ces derniers qui renvoient sur ce sujet aux discussions en cours au sein de la coalition ?

Ainsi par exemple, Moustapha Niasse interrogé sur le cadre dans lequel Benno envisageait d’aller aux élections ne déclarait-il pas ceci dans Walf quotidien du 23 11 09 :

«Je ne veux pas parler de candidature. Mais nous devons aller aux élections prochaines anticipées ou à date fixe en l\'an 2012, ensemble, en nous tenant la main. C\'est ça que le peuple sénégalais attend de nous, en nous oubliant, en oubliant nos ambitions. Et que le moment venu, au nom de cette exigence d\'unité, de solidarité et d\'une exigence de respect au peuple sénégalais, que nous allions ensemble aux élections. Je ne veux pas parler de candidature. J\'ai dit que 2012, ce n\'est pas maintenant. Il est prématuré d\'aller dans un débat sur la candidature unique ou plurielle. C\'est un piège que Wade nous a tendu en déclarant depuis Washington, une déclaration qui n\'a rien, peut-être, à avoir avec les élections. Moi, je m\'interdis de parler de candidature unique ou plurielle parce que ce n\'est pas le moment et ce n’est pas la priorité à mon avis. »


De même, Ousmane Tanor Dieng, n’a de cesse de prôner la concertation et la prudence sur cette question et a déclaré récemment au journal l’Observateur ceci :

« Je pense pour ma part que la question du leadership est une question qui est agitée par le pouvoir pour essayer de déstabiliser l’opposition. Et que ce n’est pas une question ni pertinente, ni actuelle par rapport aux préoccupations des sénégalais. ……………On a mis en place une méthode de travail. On a demandé à chaque parti de donner sa vision. Chacun s’est prononcé. On est en train de faire la synthèse………. Une question de cette nature, de cette complexité ne peut pas être réglée à la va-vite………….Le Sénégal est le seul pays du monde où l’on se met en campagne à deux ans des élections. Et c’est Wade qui est à l’origine de cela. Ce qui serait cohérent, c’est qu’en 2011, on puisse parler des élections de 2012.  En tout cas constitutionnellement, nous avons le temps…………………Nous privilégions la recherche de consensus pour une candidature unique. Nous discutons. »

C’est donc à se demander si l’APR marche au même rythme que BSS !
En tout cas, le meeting auquel il nous a été donné d’assister était un véritable meeting partisan de campagne électorale nous rappelant les élections présidentielles passées lorsque des cars ont déversé des populations de la banlieue parisienne composées en majorité de femmes vêtues aux couleurs de l’APR.

Autre fait notable dans ce meeting parisien, c’est que Benoo Siggil Sénégal France n’a pas été représenté malgré ce que l’on a voulu faire croire. A la place des vrais mandataires de BSS France que le chargé des relations extérieures de l’APR connait très bien pour avoir tenu une réunion avec ces derniers quelques jours avant le meeting, s’est exprimé Birahim Camara, figure de l’opposition sénégalaise en France, mandaté par on ne sait qui, dans un discours ambigu ressemblant fort à certains égards à un acte d’allégeance à Macky Sall.

Certes il y avait la présence notable de Amath Dansokho, qui, après avoir décliné  l’invitation s’est laissé convaincre durant la nuit a-t-il déclaré à l’assistance. Mais nous avons le sentiment que c’était plus l’homme, dont les qualités de patriote et de républicain ne sont plus à démontrer, que le représentant de BSS qui avait été présent.

Alors, faut-il douter de la sincérité de Macky Sall lorsqu’il se déclare membre de Benno ? Le cas de Idrissa Seck et de l’éphémère coalition « Djam ji » est là pour nous rappeler de tristes souvenirs d’un soi disant ex allié de Wade qui n’a jamais quitté en vérité la maison du père. Idrissa Seck faut-il le rappeler avait utilisé le PS et la LDMPT pour asseoir une base électorale lui ayant permis de renégocier en bonne position son retour auprès du « Père » jetant ainsi le trouble dans l’opinion publique quand à la constance de ses alliés de « Djam ji ».

Certes Macky Sall semble fondamentalement différent de Idrissa Seck. Depuis toujours en effet, à part des attaques « sous la ceinture » du fond de sa cellule et à travers son fameux CD dans lequel il traitait Abdoulaye Wade de ex-spermatozoïde et de futur cadavre, Idrissa Seck n’a jamais décrié la gouvernance de Wade pas plus qu’il ne s’est rangé du côté des populations lorsque celles-ci vivent dans les eaux boueuses et dans l’obscurité et font face à une inflation galopante. Au lieu de cela « Ibliss Seck » comme le surnomment certains faisant référence au Diable et à « Cheytan » dans l’imagerie populaire sénégalaise, s’est toujours enfermé dans un silence bruissant de signification jusqu’à son récent retour à la maison du « Père ».

Mais Macky Sall n’est pas non plus blanc comme neige. Il n’a pas encore rendu compte au peuple sénégalais. Ses 8 années de compagnonnage avec Abdoulaye Wade et ses affidés, ses positions dans l’appareil d’Etat wadien, l’instrumentalisation de la DIC, sa  part dans la mal gouvernance, la gabegie et autres fléaux du régime wadien, font de Macky Sall l’un des principaux responsables de cette période noire de l’histoire qu’est en train de vivre le Sénégal.

Macky Sall doit à  tout le moins des excuses aux sénégalais avant de requérir leur suffrage ou leur confiance. Amath Dansokho, Abdoulaye Bathily et même Moustapha Niasse, malgré la brièveté de leur passage dans le gouvernement de Wade, ont demandé pardon au peuple sénégalais pour avoir contribué à confier les rênes du pays à Wade. Pourquoi Macky ne le ferait-il pas ?

J’entendais certaines personnes dire qu’il ne fallait pas toujours regarder dans le rétroviseur en faisant allusion à l’affaire des milliards détournés par Idrissa Seck. Ce n’est pas parce que les enjeux sont autres ou plus importants que les milliards volés et détournés de leurs objectifs qu’il faudrait passer par pertes et profits les crimes économiques commis par Idrissa Seck, Abdoulaye Wade et son fils ainsi que toutes les autres personnes qui de simples va-nu-pieds sont devenues riches comme crésus en quelques années. NON ! nous autres n’oublierons pas.

Ces gens devront rendre des comptes au peuple. N’est ce pas que Jacques Chirac est poursuivi par la justice française pour des délits économiques commis il y a plus de 20 ans. Allons donc ! La vertu doit être le premier trait de caractère de toute personne gérant des ressources et charges publiques.

Certains demandent toujours des comptes à un PS pourtant débarrassé de ses scories, feuilles mortes et brebis galeuses. Un PS dont les dirigeants actuels ont reconnu leurs erreurs passées en se soumettant à l’autocritique. On ne peut en demander moins à ceux qui ont fait plus de mal aux sénégalais en l’espace de 10 ans que les 40 ans de régime socialiste.

Reconnaître ses erreurs et fautes est déjà un signe de changement. C’est seulement après l’avoir fait que Macky Sall pourra prétendre convaincre les sénégalais de sa bonne foi. Je pense que c’est seulement après avoir demandé pardon au peuple sénégalais que Macky Sall pourra dignement cheminer à côté des membres de BSS et prétendre combattre Wade. Sans cet exercice « d’exorcisme » politico-social, on croira difficilement Macky Sall combattant un système qu’il a contribué à mettre en place durant plus de 8 ans sans s’en départir de manière claire maintenant qu’il n’en fait plus partie.

Mais par-dessus tout cette analyse qui se veut objective, nous nous refusons à croire que le ralliement de Macky Sall à l’opposition soit une manière pour le premier d’utiliser cette dernière pour négocier à terme un retour éventuel auprès de Wade. Nous n’osons pas croire que Macky Sall veuille ou puisse contribuer à transformer Benno en « Tassaro ». BSS a sufisamment de problèmes à gérer et les sénégalais ne pardonneront jamais à celui qui réduira à néant les espoirs fondés sur Benno.

Nous ne le pensons et le souhaitons pas. D’abord parce que nous croyons que les trajectoires de Macky Sall et de Idrissa Seck sont sensiblement différentes. Idrissa Seck n’a jamais attaqué Wade sur le front de sa gouvernance et a toujours affirmé son ancrage dans le camp libéral. Macky Sall semble constant jusqu’à présent dans son attitude et dans ses propos résolument détournés du même camp. Mais surtout comme l’a rappelé Amath Dansokho lors du meeting de St Denis, entre Idrissa Seck et Ablaye Wade c’est avant tout une histoire de sous, de brigands se disputant un butin volé alors qu’entre Macky Sall et les Wade, il semble s’agir  d’une histoire de principes démocratiques et républicains. Macky Sall aurait en effet voulu faire jouer son rôle à la représentation nationale en demandant au fils Wade de venir s’expliquer sur sa gestion tant décriée de l’ANOCI. Ce qui lui a valu ses déboires et son éviction dans les conditions honteuses que l’on sait.

Mais l’autre question qu’il convient de ne pas occulter est celle-ci : Macky Sall aurait-il quitté l’attelage wadien s’il n’y avait pas été contraint et forcé par Wade ? Autrement dit, pourquoi Macky Sall et tous les autres comme landing Savané ou Cheikh Tidiane Gadio pour ne pas les nommer ne découvrent que le système Wade est fait de corruption, de gabegie, d’autoritarisme et de mal gouvernance que lorsqu’ils en sortent, le plus souvent bien malgré eux ?

Ne s’agit-il pas là comme on le dit en wollof de « jeter du sable sur la table de la ripaille après en avoir été chassé » ? Autre question qui mérite d’être soulevée : Macky Sall résistera t-il aux carottes et/ou bâtons de Wade ?

L’avenir nous édifiera mais encore une fois, seul les actes et les comportements permettront aux sénégalais de se forger une opinion claire sur les convictions et les engagements véritables des uns et des autres. Ceux de Macky Sall depuis son départ du camp libéral sont prometteurs mais son discours lors du meeting de St Denis n’a pas, selon notre entendement, renforcé l’ancrage de l’APR dans le camp de BSS malgré la présence de A. Dansokho. Sans parler des récentes déclarations d’un de ses lieutenants comme Mbaye Ndiaye.

Pour finir, disons que nous n’avons rien de personnel contre Macky Sall. Il faisait partie d’un système honni par les sénégalais qu’il n’avait peut être pas construit. Nous avions même pris sa défense lorsqu’il a été accusé de blanchiment d’argent www.socialisme-republiquesn.org/mal-gouvernance/affaire-macky-sall-ou-du-maquillage-sale-de-la-part-de-letat.html . De la même manière avions nous participé aux protestations et manifestations lorsque la justice a été instrumentalisée dans les affaires des chantiers de Thiès d’Idrissa Seck ou celle d’Abdourahim Agne et nous nous dresserons toujours contre tout acte d’injustice, de mal gouvernance, de dévoiement de nos institutions mais aussi de traitrise et de roublardise qu’ont démontré ceux précédemment cités ; eux qui se sont servis d’un peuple sénégalais magnanime et compréhensif pour s’ériger en victimes expiatoires d’un système qu’ils ont largement contribué à mettre en place ou aussitôt rejoint une fois soldé leur co!
 ntentieux personnel avec le Ablaye Wade.

Nous osons espérer, pour l’intérêt général et pour son propre intérêt aussi, que Macky Sall ne sera pas un Idrissa Seck amélioré et qu’il a définitivement rompu les amarres qui le liaient à un bateau rendu ivre par un capitaine dont on peut se demander s’il a jamais su tenir le gouvernail d’un pays.


Oumar NDIAYE

Socialisme et République Sénégal



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