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ISRAEL ET PALESTINE : ANALYSE DES RAISONS PROFONDES D’UN CONFLIT MILLENAIRE. (Partie 1). Par Pr. Ndiakhat NGOM

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ISRAEL ET PALESTINE : ANALYSE DES RAISONS PROFONDES D’UN CONFLIT MILLENAIRE. (Partie 1). Par Pr. Ndiakhat NGOM

Israël et le Hamas se livrent une guerre qui atteint, aujourd’hui, des proportions inquiétantes, de par le nombre de morts et de destruction de biens. En dépit, bien évidemment, des 4 Conventions de Genève de 1949 sur la protection des civils et des services humanitaires. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi le défilé, dans les journaux, d’images choquantes et traumatisantes, pour nous, modernes, de femmes et d’enfants en pleurs (les « couches vulnérables » des droits humains), n’arrive pas à inciter la communauté internationale à mener des actions efficientes pour mettre fin aux massacres qui durent depuis 70 ans? 

Quels sont les facteurs limitants à la paix ? Pourquoi l’intransigeance du Hamas ? Quid de « l’aile dure » du Likoud ? C’est à ce faisceau de questions que cet article va essayer, modestement, d’apporter des éclairages, tout en ayant, déjà, pleine conscience de ses limites objectives, liées à ce que Nietzsche appelle « perspectivisme ». C’est une attitude mentale qui nous enferme dans nos propres certitudes structurées par notre propre vécu, passé ou présent, et qui nous empêche d’être « objectif ». 

Elle est donc susceptible d’obérer (involontairement, bien-sûr) nos analyses, et prêter donc le flanc aux critiques de l’un ou l’autre camp. De toute façon, dès ses origines, cette guerre, déclenche une vague de passions dévorantes et de profondes controverses, telle, que tout discours ou toute réflexion sur ces enjeux, est déconsidéré et pointé comme suspect pour ne pas dire militant. Freud (qui était pro sioniste) a écrit que « qui touche au tabou devient lui-même tabou ». 

29 novembre 1947 : l’Onu propose un plan de partage des territoires palestiniens sous protectorat britannique entre un Etat arabe et un Etat juif. II prévoyait que les frontières du nouvel l’Etat juif recouvriraient la Galilée orientale, la plaine côtière et le Néguev, et que Jérusalem serait une zone internationale sous mandat onusien. Comme attendu, les pays arabes refusent, les Israéliens l’acceptent. A quelques heures du fameux 15 mai, David Ben Gourion, alors Premier ministre, déclare officiellement la naissance de l’Etat d’Israël. C’est la version officielle de l’histoire. Mais en projetant nos indiscrètes lumières dans les coulisses onusiennes, on comprend mieux pourquoi Israël est croqué, méchamment, aujourd’hui, comme le « petit garnement » des Etats-Unis au Moyen-Orient, voire même, comme son 52e  Etat.  

 Le président américain, en effet, Henry Truman a lourdement joué de son influence pour faire passer le vote de reconnaissance d’Israël par l’Onu. Pour ce faire, la CIA avait été mise en contribution, et a truqué les micros des pays participants aux travaux de délibération. Ce qui permettait aux Etats-Unis et à Israël de connaitre, en temps réel, les différentes stratégies de vote. Ayant pointé et pisté certains pays récalcitrants, les Etats-Unis vont déployer un activisme diplomatique débordant qui allait se révéler payant. 

 L’Amérique fait une cours assidue à Haïti, et lui promet un crédit de 5 millions de dollars. Parallèlement, 62 hommes d’affaires américains prennent en charge le séjour du président philippin et sa délégation, sur le sol américain, avec toutes les commodités qui vont avec. Le Liberia qui dépendait du caoutchouc tiré de son sol et traité par une firme américaine est l’objet de chantage. La France, d’abord, récalcitrante, finit par voter « oui ». Finalement, l’Etat d’Israël est reconnu à l’Onu, par 33 voix pour, 13 contre, et 10 abstentions. C’est la seconde naissance d’Israël (apparu historiquement vers – 1200 avant J.C). Mais celle de 1948 est diplomatique : l’Amérique a gagné son pari. 

Ce « fait accompli » dans une zone, où, géographiquement parlant, Israël fait figure de nain au milieu d’ogres de la Ligue arabe,  a contribué à accentuer la tension millénaire entre Juifs et Arabes. Ahmed Choukeiry, fondateur de l’OLP en 1964, lance des diatribes antisémites, depuis l’Egypte. Nasser fait distribuer des tracts et exemplaires de MEIN KAMPF d’Hitler à ses soldats, en demandant, rien de moins, que l’extermination pure et simple des juifs. A la fermeture du détroit de Tiran par Nasser, Israël lance une offensive, le 5 juin 1967, à 7 h 45, qui permet à 200 de ses avions de détruire, au sol, une flotte de 400 avions arabes, commandée par l’Egypte. Cette attaque qui annonce la « guerre des 6 jours », a mobilisé près du 1/4 de son budget.  Bien que condamné par l’Onu, l’état hébreu s’enrichit, à partir du 11 juin, de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie, du Sinaï et du plateau de Golan, et  créé près de 350.000 réfugiés palestiniens. 

Cette humiliation des pays arabes pousse Nasser à proposer à Goldamer (devenu Premier ministre), le retour des Palestiniens aux territoires de 1967. Refus d’Israël. II se rapproche ensuite de l’Urss pour se réarmer, mais Brejnev décline. En représailles, il chasse les 20.000 conseils militaires soviétiques, et prépare, aux côtés de la Syrie et de la Jordanie, la « vengeance » qui s’est traduite par le second conflit de 1973. 

Le 6 octobre 1973, en pleine fête religieuse du Yom Kippour (le ramadan juif), 700.000 hommes et 1500 chars arabes surprennent Israël et ses services de renseignement (le Mossad), en franchissant le Canal. Groggy dans un premier temps, les troupes israéliennes se reprennent sous l’impulsion d’un certain Ariel Charon que le conflit propulse aux premiers plans de l’histoire du sionisme. Israël réussit à chasser les troupes arabes de « son » territoire, mais à un prix très lourd (3000 soldats tués). La crise politique, économique et diplomatique qui en découle entraine la démission de Goldamer et de l’Amiral Robert Dayan, et l’élection de Yitzhak Rabin en 1974, puis de Menahem Begin, du parti travailliste, le Likoud, en 1977. 

Bien que la coalition de Begin fût opposée à toutes concessions territoriales,  Anouar al-Sadate, qui succède à Nasser, en 1970, se rend en Israël, et offre ses bons offices. Stupéfaction dans les pays arabes. Jimmy Carter, en renard rusé, saisit la balle au rebond, et l’invite, ainsi que Begin, à Camp David, en 1978. Les traités de paix signés valent aux protagonistes, le prix Nobel. En réalité, ces accords, plus avantageux à Israël et à l’Egypte (de par sa souveraineté retrouvée sur le Sinaï), n’ont pas eu l’effet escompté au sein des pays arabes. Au contraire, ils accentuèrent l’isolement de Sadate, jusqu’à son assassinat en octobre 1983, par un commando islamiste, à l’occasion de la célébration militaire des 10 ans de la guerre du Yom Kippour. Sa mort, saluée par les cris de joie, dans le monde arabe, contraste singulièrement avec le deuil noté lors des funérailles de Nasser. Yasser Arafat, reconnaitra, désabusé, que « Camp David a laissé intact le problème palestinien». 

 Cependant, la tension entre les deux communautés, qui s’est souvent traduite par la dissymétrie de la réaction israélienne face aux attaques d’extrémistes palestiniens, n’est ni neuve ni nouvelle.  Arafat, chassé de la Cisjordanie, en 1970, trouve refuge au Liban. Le 4 juin 1982, Tsahal, en réactions aux attaques des Fédayins, déclenche l’opération « Paix en Galilée », et bombarde lourdement le quartier général de l’OLP. Cette disproportion de la réaction, analogue à celle de 2014, provoque la condamnation des Etats-Unis et de l’Urss. Le 2 août, Arafat quitte le Liban, sur les conseils de l’émissaire américain, Phillip Abib, pour s’exiler à Tunis. Mais la tension ne baisse pas pour autant. 

Des phalangistes libanais, profitant de la passivité des soldats israéliens, assurant la sécurité de la zone, massacrent près de 3000 réfugiés palestiniens, à Sabra et Chatila. Stupeur dans la communauté internationale. Près de 400.000 manifestants israéliens exigent le retrait de leur armée du Liban. Bégin est effondré, et cède son fauteuil à Yitzhak Shamir, après un bref intérim de Shimon Perez. Ariel Sharon démissionne, et a été menacé de poursuite, jusqu’à sa mort, par les associations de droits humains, pour « crime de guerre », pour la  responsabilité indirecte de ses troupes dans les massacres. (A suivre).

 

*Professeur de philosophie et de sciences politiques à la FASTEF.

*Ancien chargé de programme à Amnesty International.

*Ancien consultant à l’Unesco.

<35>[email protected]

 



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