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Pour le développement du pays, il faut un autre paradigme Le président Macky Sall ne parviendra à rien si chaque Sénégalais, là où il est, ne s’implique pas!

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Pour le développement du pays, il faut un autre paradigme Le président Macky Sall ne parviendra à rien si chaque Sénégalais, là où il est, ne s’implique pas!


Tout d’abord nos félicitations au président Macky Sall pour sa brillante élection à la présidence du Sénégal et à tout le peuple sénégalais pour leur maturité démocratique. Félicitations pour y avoir cru au moment où beaucoup de Sénégalais doutaient de la capacité de déraciner ce gros baobab tant ils étaient traumatisés et vampirisés par les douze années de règne d’Abdoulaye Wade. En effet, en face de tant de mal gouvernance, d’impunité et d’arrogance, beaucoup de nos compatriotes avaient fini par dire que, les élections ne serviront à rien pour nous débarrasser de ce régime honnie, car Abdoulaye Wade aurait verrouillé toutes les possibilités d’alternance.

Ceci dit, certes, les espoirs sont énormes à la mesure du désastre laisse par le président Wade et son équipe, cependant soyons réaliste, nous sommes un pays pauvre. Le Sénégal est classé en 2010 à la 144e place sur 169 pays de l’Indice de développement humain (IDH) du PUNUD, contre 145e   en 2001. En 2011, il dégringole au 155e rang sur 187 pays. Même des pays comme la Mauritanie nous devancent dans ce dernier classement. Macky Sall hérite d’une situation difficile, il faut le reconnaitre. Ainsi il ne pourra pas tout faire, même s’il en a la volonté. Avec une population en majorité jeune (52% ont moins de 20 ans) avec des besoins aussi importants qu’urgents, en particulier dans des secteurs dits sociaux, éducation et santé qui n’apportent pas de plus-value directe dans la croissance du Produit national brut (PNB) du pays, mais aussi l’emploi et la formation, les défis sont immenses avec des ressources limitées. Notre devoir de vigilance et de veille sur la gestion du gouvernement de Macky Sall ne doit pas nous faire perdre cette réalité.

Je suis d’avis avec le général Mansour Seck, lorsqu’il réagissait à la suite d’appel du président Wade pour féliciter le président Macky Sall. Il avait dit certes, il porte beaucoup d’espoirs et que le défis y important, mais que chaque Sénégalais doit aussi, à son niveau, changer pour accompagner ce changement. En effet, il n’y a pas plus vraie que cette assertion. Si nous devions, à juste raison, attendre beaucoup du nouveau président, pour qui, nous nous sommes tous battus avec conviction, militants de partis politiques comme membres de la société civile ou simples citoyens, nous avons aussi une lourde responsabilité de créer ou d’aider à créer les conditions de cette nouvelle ère tant chantée ces derniers mois. En effet, le président Macky Sall ne parviendra à rien si chaque Sénégalais, là où il est, ne s’implique pas pour le meilleur de notre cher pays.

Des pays comme la Corée du Sud devancent le Sénégal en terme de niveau de développement (15e de l’IDH 2011). Or à l’accession à la souveraineté internationale en 1960, notre pays se classait bien devant ce dernier. Tout ceci est le résultat de la mal gouvernance, mais aussi et surtout mauvaises politiques de planification et d’aménagement du territoire. En favorisant Dakar au détriment des régions périphériques, on a exclu les potentiels que ces dernières pouvaient apporter à l’effort commun de développement du pays. Le seul moment qu’on pense aux régions, c’est pour sucer, comme un parasite, les ressources qu’elles génèrent tout en oubliant de faire un retour. C’est ainsi que pendant des décennies, les producteurs d’arachide ont été la vache à lait pour une élite bureautique et parasite installée confortablement dans des bureaux climatisés à Dakar et complètement insouciant et décalé de l’impact de leur « bonheur » sur des milliers de pauvres paysans du Baol. Pour exemple, les régions de Diourbel et de Kolda sont les plus pauvres du pays d’après différentes enquêtes de l’Agence national de statistique et de la démographie. Jusqu'à l’indépendance, des centres urbains comme Kaolack, Nguiguinéo, Diourbel … jouaient pourtant un rôle important dans vie socioéconomique du pays. Mais tout ceci a été dévoyé par le régime senghorien et successeurs. Mais surtout, c’est le régime d’Abdoulaye Wade qui a le plus détruit les possibilités  qui pouvaient aujourd’hui baliser la participation des régions périphériques dans l’effort de développement du pays. Certes Dakar concentre le quart de la population du pays, mais le Sénégal ne se limite pas à Dakar. Certes, Dakar concentre près de 87% du Pib du pays, mais Dakar n’a pas le monopole des richesses du pays. La prise en compte véritable des potentialités des différentes parties du territoire national dans la perspective d’un développement territorial endogène doit être clairement définie.

Pour apporter une réponse durable et structurelle à certains maux dont souffre notre cher pays et par ricochet satisfaire les espoirs tant suscités aujourd’hui par son élection, le président Macky Sall doit changer d’orientation. Certes, le monde est entré dans une crise économique durable depuis 2008; certes près de 40% de notre budget dépendant de l’Aide publique au développement (APD); certes, la situation préoccupante des fiances publiques aujourd’hui ne donne pas beaucoup de mages de manœuvres. Toutefois Macky Sall doit nécessairement changer de paradigme. La méthode et la vision doivent nécessairement être revues pour favoriser l’émergence de notre pays. Nous n’avons certes pas de pétrole, mais aujourd’hui comme pour toute nation, le plus important ce se sont ses ressources humaines. Le Sénégal n’en manque pas, aussi bien en interne qu’au niveau de sa diaspora, on peut trouver des Sénégalais compétents et intègres pour apporter leur expertise et leur expérience dans tous les secteurs, pour mieux positionner notre pays dans la concurrence mondiale actuelle. Ce potentiel ne doit pas être négligé.

Les initiatives portées par des acteurs à la base et souvent sans l’appui de l’État, et souvent avec des moyens dérisoires ont permis d’apporter des réponses concrètes sans tambour ni trompette sur des questions aussi cruciales comme l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire, l’accès à l’eau ou au encore aux soins de santé dans certains terroirs de notre pays. Cet apport ne doit pas  être négligé comme ce fut le cas jusque là, pour favoriser l’émergence de notre pays. Car chaque Sénégalais doit y être associé comme acteur sur la base d’une reconnaissance mutuelle et dans la transparence. Chaque recoin du territoire national doit concourir avec son potentiel et son dynamisme à cette émergence.

La population a besoin d’une orientation claire déteintée de toute considération politico-politicienne pour y adhérer. Nous avons les ressources foncières, les ressources hydrauliques, halieutiques, et surtout le potentiel humain. Il est anormal que le Sénégal ne puisse pas être autosuffisant sur le plan alimentaire avec tous ses atouts. A travers nos différents contacts avec les populations  à la base nous avons saisi que la volonté est là, mais ce sont les moyens qui font souvent défaut ou la maitrise technique. Par exemple, les femmes de Bokidiawé ont exploité pendant 5 ans un périmètre maraicher, mais faute de moyens pour pouvoir disposer de l’eau en permanence pour irriguer avec le système du goute a goute installer par une ONG, ils étaient obligée d’abandonner cette activités pour pourtant, outre qu’elle leur procurait des revenus assez substantiels, elle permettait une diversification alimentaire. Il est aussi incompréhensible que l’État accorde des exonérations aux ONG et que des acteurs aussi importants que les associations villageoises de développement qui œuvrent pour le développement local de leur terroir ne puissent bénéficier du même traitement. Par exemple dans un projet hydraulique réalisé à Bokidiawé avec le soutien de la coopération française à travers le CODEV, dont j’ai été un des coordonateurs, a payé à l’État du Sénégal plus de 7 millions en taxes et TVA.

Dans cette nouvelle dynamique, les collectivités locales doivent également être recentrées sur la mission qui leur a été pourtant confiée depuis 1996 avec le transfert de compétence par la loi 96-06. Une décentralisation sans responsabilisation des acteurs chargés de conduite la réforme, une décentralisation sans ressources nécessaires pour la mise en place de vraies initiatives de développement, n’est que folklore et décor. En effet, malgré tous les discours, les ressources transférées au titre du FDD et du FECL restent très faibles, en moyenne 1,3 % du budget de l’Etat. En outre, malgré la kyrielle d’impôts et de taxes dévolus aux collectivités locales, leurs recettes totales ne représentent que 3,77 % du Pib du pays, soit 46,66 milliards FCFA, et moins de 7 % des ressources budgétaires de l’État. Par ailleurs, l’autre mamelle du processus qu’est la déconcentration ne devra pas également être marginalisée. Les résultats escomptés ne pourront pas intervenir que si, l’on conjugue ces deux pans qui se soutiennent mutuellement dans un volontarisme politique clair et transparent. Il faudra aussi une responsabilisation claire des acteurs chargés de conduire le processus en droit (avantages et rang) et en devoir (imputabilité) en donnant une place aux populations dans la dynamique, qui ne saurait plus être seulement lors d’élections, et un point. De même, il est anormal que le Conseil national de développement des collectivités locales qui doit se réunir annuellement pour faire la revue de l’état des collectivités locales ne soit convoqué qu’une seule fois en 12 ans de pouvoir du président Wade.

Le président Macky Sall, s’il veut marquer son magistère d’une empreinte indélébile et baliser les chemins du développement de notre pays, ne doit pas négliger ces différentes pistes.

Dr Djibril DIOP

Chargé de cours à l’Université de Montréal (Canada)

Coordonateur du Cercle de Réflexion des Sénégalais du Canada (CRASC)
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