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Culture

MARTA MOREIRAS, PHOTOGRAPHE: « LA PHOTOGRAPHIE EST UNE LANGUE UNIVERSELLE QUE TOUT LE MONDE PEUT COMPRENDRE… »

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MARTA MOREIRAS, PHOTOGRAPHE: « LA PHOTOGRAPHIE EST UNE LANGUE UNIVERSELLE QUE TOUT LE MONDE PEUT COMPRENDRE… »

Installée à Dakar depuis plusieurs années déjà, Marta Moreiras photographe d’origine espagnole explore les méandres de la vie dakaroise pour capter des images uniques. Les projets que proposent Marta Moreiras peuvent parfois prêter à sourire. Comme ce projet intitulé « Pères » pour lequel, chose rare, des hommes ont accepté de porter leurs enfants au dos dans les rues de Dakar, le temps d’une séance photo. Nous sommes allés à sa rencontre pour évoquer sa passion pour la photographie. 

 Tu es à la fois photographe et journaliste. Te considères-tu comme photojournaliste ? Quelle différence notes-tu entre les deux métiers ? 

 Je suis les deux en fait. J’ai eu ma formation en Journalisme et Medias, mais j’ai aussi étudié la photographie. Je suis photojournaliste quand je fais des reportages pour les médias avec une perspective et une approche journalistique. Je suis photographe quand je développe des projets personnels et j’utilise la technique, l’approche et la perspective plus librement, pas nécessairement journalistique, parfois plus artistique, parfois plus documentaire, sans suivre les codes du journalisme. J’ai des projets que je ne peux pas considérer comme du journalisme parce qu’il y a des réflexions, des contributions et des approches plus personnelles et plus artistiques. 

 Que représente la photographie pour toi ? Est-ce une manière de faire voir aux autres comment tu aperçois le monde? 

 La photographie c’est une forme de vie. Cela ne représente pas seulement un métier ou une profession. C’est aussi une manière de vivre, de regarder le monde autour de soi. C’est également une manière de partager ce que je vois, ce que je pense. La photographie en fait est un outil de communication très puissante, elle peut transmettre des émotions et des concepts qui transcendent la langue, c’est une langue universelle que tout le monde peut comprendre. 

Tu sembles très intéressée par des projets socioculturels. Qu’est-ce qui t’intéresse autant dans ces sujets ? 

 La culture est un secteur qui peut beaucoup promouvoir et stimuler le développement social et humain. Nous pouvons jouer, rechercher et partager plein des choses à travers la photographie. Nous pouvons et communiquons à travers des images. Donc, travailler avec les images, c’est une manière très efficace de promouvoir la tolérance, la compréhension et l’empathie à travers la photographie. 

 Le projet "Pères" est une façon très originale de parler de la cellule familiale et du genre. Comment est née l’idée de ce projet ?

 Je travaille comme photographe au Sénégal depuis 2015. Je développe surtout des projets et des reportages avec une approche genre. Le genre, l’éducation, l’environnement et la santé sont les 4 thèmes importants que j’explore avec mes photos. Après 4 années passées à réaliser des images de femmes sur les femmes et pour les femmes, je me suis rendue compte que les hommes sont aussi importants quand nous parlons de genre. Ils représentent une moitié de notre société. Cela ne sert à rien de travailler avec les femmes sur l’autonomie et l’émancipation des femmes si l'on n’inclut pas les hommes dans ce débat, dans cette transformation, pas seulement de paradigme, mais aussi de mentalité. La rééducation et le débat sur les questions de genre nous concernent tous. La société se construit à partir des deux : hommes et femmes, donc le changement doit aussi être impulsé par les deux. 

 Les mannequins ont-ils adhéré immédiatement à ton idée? 

 Tous les hommes qui ont participé à ce projet l’ont fait librement et ils étaient très contents d’avoir participé. En fait, ils ont tous reconnu qu’ils font ça déjà chez eux. Tous les pères dans la série ont confessé qu’ils portent leur bébé souvent au dos. Ils ont aussi reconnu qu’ils ne le font jamais dans la rue, seulement à la maison, dans l’intimité. C’est pour cette raison que je les ai invités à sortir dans la rue pour faire la même chose. Pourquoi pas ? Pourquoi à l’intérieur, mais pas à l’extérieur ? Je ne le comprenais pas. J’ai compris que c’était à cause de « qu’est-ce que les autres vont penser ? » 

 Les rôles au Sénégal, et aussi dans les autres pays de l’Afrique et du monde, sont clairement définis et nous trouvons des choses « pour les femmes » et des rôles « destinés pour les hommes ». Mais la garde des enfants et leur éducation, c’est une responsabilité des deux, la mère et le père, n’est pas ? Donc, l’image d’un père qui porte son bébé sur le dos symbolise cela, le partage de tâches. Je savais que cette image aurait un impact visuel fort, c’est pour cela que j’ai choisi ce contexte pour inverser les rôles. Depuis longtemps, le débat des rôles concernant le genre intéresse le Sénégal. Les médias parlent du genre constamment. Avec ce projet, je voulais seulement promouvoir et stimuler ce débat que je trouve nécessaire et aussi très constructif. 

 Le Sénégal plus particulièrement sa capitale Dakar est un terrain favori pour les artistes en termes de scène de vie... As-tu d’autres projets en tête qui auront justement un lien avec Dakar ? 

 Oui, j’adore Dakar. C’est une ville en ébullition, très intéressante. Dakar bouge et je trouve très important de documenter ce mouvement. Maintenant je travaille sur un projet documentaire qui parle de la jeunesse sénégalaise, des jeunes anticonformistes et libres-penseurs, qui se battent chaque jour pour avoir un destin plein d’espoir, pour avoir le contrôle de leur destin et faire que le pays continue à bouger et à se transformer. 

 Quel regard portes-tu sur la photographie? Plus particulièrement au Sénégal? 

 Au Sénégal il y a beaucoup de talents photographiques. Les talents photographiques et artistiques sont partout. Il faudrait que l’Etat s’engage pour stimuler et promouvoir la photographie et les arts. C’est dommage que dans un pays comme le Sénégal n’existe pas une école de photographie pour canaliser et professionnaliser les photographes. C’est pour cela que je travaille aussi comme formatrice et mentor de photo avec différents artistes, pour stimuler cet aspect. Au mois de juin, j’ai été formatrice dans un atelier de photographie pour les femmes photographes africaines, une initiative soutenue par la Coopération espagnole pour que les artistes développent des projets photographiques, avec une approche de genre. Actuellement vous pouvez visiter l’exposition « Le Parlement des femmes d’Afrique » au Musée de la Femme de Dakar jusqu’au 30 août. Je vous invite à passer pour voir le potentiel artistique et photographique des femmes africaines venues du Sénégal, de Congo-Brazza, du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Benin et de la Guinée

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1 Commentaires

  1. Auteur

    Gilles Ménah

    il y a 2 semaines (10:13 AM)
    très bon sujet bravo !

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