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" Tey", le film qui a remporté l'Etalon d'Or de Yennenga

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" Tey", le film qui a remporté l'Etalon d'Or de Yennenga

"Tey" (Aujourd’hui), le film d'Alain Gomis qui a remporté samedi l'Étalon d’Or de Yennenga - le plus grand prix du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) -, est traversé par beaucoup de moments de silence, en réalité autant d’instants d’expression et de célébration de valeurs humaines essentielles, de la vie et non de la mort présentée comme son objet.

 

C'est la première fois qu'un Sénégalais remporte la plus haute distinction du FESPACO, de la première édition en 1969 à nos jours. La 23ème édition de ce festival se tenait depuis le 23 février, à Ouagadougou. Vingt longs-métrages étaient en compétition pour l’Étalon d’Or de Yennenga.

 

Dans "Tey" - le troisième long-métrage de Gomis -, il est question du dernier jour d’un homme, prétexte pour un conte sur la vie.

 

Un regard, un souffle pour Satché (Saul Williams), encore heureux de voir la famille pour une dernière fois. Des enfants arrivent à arracher un sourire à cet homme que la mort a "choisi". Place alors à quelques rites, rituels, coutumes et autres éléments d’une tradition multiséculaire assumée.

 

"La grâce a frappé à notre porte et va prendre notre fils", dit le père en présence de tous les membres d’une famille fière et comblée du choix porté sur son enfant. Soudain, on parle de lui au passé, on lui rappelle ses qualités et défauts. Satché est fêté, le choix dont il est l’objet étant un honneur aux yeux du groupe auquel il appartient.

 

Déjà, dans cette première séquence, on sent le parti-pris du réalisateur qui montre des pratiques sacrifiées sur l’autel d’une modernité en réalité aliénante, porte un clin d’œil à un art d’être, de vivre, de penser, de voir le monde, une manière de se regarder dans le miroir et de se projeter.

 

Entièrement tourné à Dakar, le film se passe dans une société imaginaire, dans laquelle, de temps en temps, la mort vient chercher quelqu’un, une pratique ritualisée. Pour le cinéaste, cela devient une allégorie, parce qu’en une journée, Satché va vivre une vie et, ainsi, effectuer le voyage d’un homme qui a retrouvé la paix et la sérénité.

 

En réalité, c’est ici un privilège que de savoir le moment de sa disparition. L’être "choisi" accepte son sort et décide de faire un parcours dans lequel chaque détail vaut son pesant d’or. Pour Satché, accompagné de Sélé (Djolof Mbengue), rien de tel, pour débuter une dernière journée sur terre, qu’une balade dans les rues de Dakar, ville vivante dont le décor naturel se prête à des moments de cinéma, des instants de vie et des histoires humaines.

 

Le mystère qu’est la mort est attaqué de front, si bien qu’il s’agit d’une acceptation de la fatalité. Avec la certitude qu’il y a des choses contre lesquelles on ne peut pas lutter. Il faut donc célébrer la vie en appréciant à leur juste valeur toutes ces petites choses quotidiennes que l’on a tendance à oublier.

 

Pour Satché, la vie et la mort se chantent en même temps et ne font plus qu’un. Dans sa promenade, il refait son univers, essayant d’emporter avec lui les souvenirs, les rythmes, les sons et les senteurs qui ont bercé son passage sur Terre.

 

Le film bascule sur un côté documentaire dès qu’on sent, dans les propos d’un jeune vendeur, le système d’exploitation dont de nombreux enfants sont l’objet de la part de marabouts véreux plus occupés à se faire de l’argent qu’à inculquer un savoir coranique à leurs ouailles.

 

Du coup, Alain Gomis fait remonter à la surface des mouvements souterrains les ressentiments portés par une société "fatiguée", des revendications politiques et sociales, une somme de préludes à une révolution. Chez lui, cette incursion est naturelle, tant il estime que la lutte politique fait partie de la vie d’un homme.

 

Avec "Tey", l’équation résidait dans la création d’une dialectique entre cette nécessité de lutter et celle de l’abandon suggérée par la mort. Le cinéaste essaie de trouver une traduction politique et idéologique des mouvements de contestation observés de l’Espagne au Sénégal, en passant par la Grèce, la Tunisie, l'Égypte, entre autres territoires du monde.

 

Le film, d’une durée de 86 minutes, a un ancrage certain dans le territoire physique où il a été tourné, mais la démarche artistique, mettant en jeu des sentiments humains, lui donne un caractère universel, permettant aux spectateurs de se créer leur propre histoire à travers la trajectoire de l’acteur principal.

 

La longue journée de Satché s’achève chez sa femme, qu’on ne voit que dans la dernière partie de ce "Tey" (aujourd’hui) censé être son dernier. Et contrairement à tout le reste du groupe, sa femme est la seule personne à ne pas accepter le "choix" porté sur son mari. Sa réaction n’est pas raisonnée. Même si la bouderie du début laissera progressivement la place à des moments de communication ponctués par une scène d’amour aussi furtive que salvatrice pour le couple.

 

Dans son jeu d’acteur qu’il a bien réussi, Satché, qui ne parle ni le wolof ni le manjaak qui y sont parlés, porte de fait une attention différente aux choses qui se passent autour de lui. Lui, le slameur qui joue avec les mots dans sa vie professionnelle, tient un rôle en grande partie silencieux. Il ne comprenait pas les mots des siens, mais sentait la vérité des sentiments que lui exprimaient père, mère, sœurs, frères, cousins, entre autres proches. Sa réussite réside dans le fait que même muet, Satché est brillant dans son jeu.

 

"Tey" trouve parfaitement sa place dans la filmographie d’Alain Gomis qui, sans slogans clairement visibles, mais lisibles en filigrane, livre des messages forts sur la vie et essaie de partager une vision faite de subtilité et de profondeur.



9 Commentaires

  1. Auteur

    Mous

    En Mars, 2013 (22:30 PM)
    coment fair pour regarder ce film es ce c sorti en dvd ou au ciné? je vx le voire depius paris
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  2. Auteur

    Dinge

    En Mars, 2013 (23:00 PM)
    QUEL BEAU RESUME DU FILM! vous nous donnez envie de regarder le film. Bravo!
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    Auteur

    Mane

    En Mars, 2013 (23:02 PM)
    Dès qu´on parle de problèmes de société, boulevard total. Ni Xeme ni Mame Diara, ni sama boy Tah
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    Auteur

    Ndiaga

    En Mars, 2013 (23:09 PM)
    je reste sur ma faim. Cet article aurait effectivement pu dire si les cinéphiles sénégalais pourront le regarder. il aurait pu rappeler la filmographie d'Alain Gomis, qui a commis le superbe l'A-France il y a près de quinze ans. Il aurait pu rappeler que Saul Williams est un artiste noir americain, le premier à projeter l'art du slam sur la scène internationale au milieu des années 90. Comment s'est fait la rencontre entre un cinéaste métis sénégalais et un slammeur afro-américain engagés ?



    Jolof Mbengue est le nom de l'ancêtre des Wolofs. Gomis a t-il choisi un acteur portant son nom par hasard. Mieux analyser son allégorie sur la mort. L'expliciter, la décortiquer. Analyser la place d'Alain Gomis dans le monde du cinéma sénégalais. est-il le chef de fil d'un mouvement ou l'annonciateur d'un renouveau ?



    Ah, que j'ai eu faim de tout cela en lisant cet article !!
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    Auteur

    Qui Quoi

    En Mars, 2013 (23:42 PM)
    va faire ta pub diabolique ailleurs, espèce de taré
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    Auteur

    Griff

    En Mars, 2013 (04:37 AM)
    saul williams ds un film galsen? quellle bonne surprise!!!!!!
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    Auteur

    Ou

    En Mars, 2013 (09:26 AM)
    mais ou trouver cest genre de film surtout carmen de josef raamaka jen rafole mais je ne c pas ou je p trouver les film africain qui p maider
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    Auteur

    Zacky

    En Mars, 2013 (18:32 PM)
    congratulation alain we are proud of you never give up

    big up william

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    Auteur

    123

    En Mars, 2013 (18:53 PM)
    sur kel lien peut-on voir ce film. a defaut de ne pouvoir aller au cine en espagne.
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