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Economie

ECHEC DE LA CAMPAGNE DE COMMERCIALISATION ARACHIDIERE ET SES CONSEQUENCES : Le monde rural vers le chaos !

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ECHEC DE LA CAMPAGNE DE COMMERCIALISATION ARACHIDIERE ET SES CONSEQUENCES : Le monde rural vers le chaos !

Le président de la République, Me Abdoulaye Wade, avait irrité les altermondialistes en déclarant dans le cadre du Forum social mondial (Fsm) que le Sénégal avait atteint l’autosuffisance alimentaire. Aujourd’hui, la grande désolation qui prend le monde rural montre que cette abondance en nourriture n’est qu’une illusion. S’il y a autosuffisance aux yeux des cultivateurs, elle se limite en une seule spéculation : l’arachide qui, presque trois mois après la fin des récoltes, garnit encore les greniers au moment où les paysans cherchant difficilement à manger à leur faim ont restauré le troc avant de recourir à une trituration massive des graines en souffrance entre leurs mains.


PARADOXE D’UNE AUTOSUFFISANCE ALIMENTAIRE DÉCRÉTÉE : Dans le monde rural, les greniers sont pleins, les ventres «creux»

KAOLACK - Les quatre énormes montagnes d’arachides entreposées à Kabatoki, village situé à 5 km de Kaolack et la longue file indienne de camions remplis de graines immobilisés devant l’usine Suneor ainsi qu’à l’entrée de cette ville qui s’offrent au regard des usagers de la route nationale N°1 font le décor de la grande déception du monde paysan. 
Au cœur du Bassin arachidier, dans le village de Sikatourm, une vingtaine de kilomètres après la Commune de Kaolack, les cultivateurs n’ont, en effet, plus que leurs yeux pour pleurer. Ici, les tonnes de coques d’arachides déversées au bord de la route nationale et les femmes que l’on aperçoit à la descente de véhicule en train de décortiquer des bassines d’arachides devant presque chacune des concessions du village, prouvent s’il en était encore besoin qu’une grande quantité de graines, estimée à 800 000 tonnes par le ministre de l’Industrie, Abdoulaye Baldé, est restée entre les mains des producteurs. À Sikatourm, à première vue, rien ne laisse apparaître le calvaire des paysans que cache leur hospitalité sous-tendue par une certaine dignité. Mais, certains d’entre eux, sans doute les leaders d’opinion, n’hésitent pas à cracher les vérités de la communauté quand l’occasion se présente. 

« Au final, nous récoltons aujourd’hui une autosuffisance en arachide et non alimentaire» 

C’est le cas de Malick Ndiaye, retrouvé souffrant dans une chambrette de sa concession près de l’abreuvoir de Sikatourm. Luttant contre le paludisme, sans aucune ressource financière en poche, Malick a consenti d’énormes efforts pour témoigner, en nous montrant son grenier plein de graines d’arachide en souffrance. «Nous avons travaillé durement toute la saison des pluies en nous inscrivant dans la logique d’une production massive d’arachide conformément aux orientations de l’Etat. Mais au final, nous récoltons aujourd’hui une autosuffisance en arachide et non alimentaire, comme les autorités le disent. Et cette production est restée entre nos mains. Nos greniers sont pleins, mais paradoxalement, les paysans ne mangent pas à leur faim», martèle Malick d’un ton qui en dit long sur son amertume. Et pour survivre, raconte M. Ndiaye, «il n’y a pas beaucoup d’alternatives : c’est le bradage des graines sur le marché parallèle entre 120 et 125 francs le kilo ou la trituration et la transformation en pâte d’arachide». 
Le plus décourageant, explique Malick, c’est que c’est l’arachide qu’il brade à Kaolack qui est transformée en huile «Seggal» revendue au détail dans leur village moyennant 800 francs le litre. Et dans l'arrière-cour et le grenier de chacune des concessions des villages du Bassin arachidier, sont stockées des tonnes d'arachides qui peinent à trouver acquéreur. 

« Personne ne peut vivre d’huile ‘Seggal’, de pâte d’arachide mélangée avec du couscous 365 jours sur 365» 
Dans tous les villages environnants, comme Koumbole, Kavil, sis au croisement Keur Madiabel–Latmingué ou encore Sanguel, la situation est la même. Pour son collègue cultivateur, du village de Koumbole, «si les villageois ne mangent pas à leur faim et vivent des difficultés inimaginables face à l’indifférence la plus aberrante des gens du pouvoir, c’est parce que personne ne peut vivre d’huile Seggal, de pâte d’arachide mélangée avec du couscous 365 jours sur 365». Refusant d’être à la merci de commerçants à l’affût, attendant les dures périodes de la soudure pour acheter à vil prix l’énorme quantité d’arachide restée mévendue entre les mains des cultivateurs, certaines populations rurales commencent à se doter de presse artisanale en vue de se lancer, elles, aussi dans la production d’huile d’arachide dans la zone de Ndoffane. 

Des tonnes de graines contre de simples bouts de papier, des bons impayés asphyxiants

DOSSIER - ECHEC DE LA CAMPAGNE DE COMMERCIALISATION ARACHIDIERE ET SES CONSEQUENCES : Le monde rural vers le chaos !
Plus de trois mois après avoir livré leur production arachidière contre de simples bons restés jusqu’ici impayés, les cultivateurs sont en train d’être asphyxiés par le manque de ressources financières. L’inondation du monde rural de bons impayés est un secret de polichinelle. Mais, il est pourtant très difficile de mettre la main sur ces fameux bons impayés qui sont en train de faire souffrir le martyre les populations rurales. 
Les cultivateurs victimes de la mauvaise campagne arachidière sont prompts à étaler leur calvaire devant un micro, en expliquant dans les détails ce qu’ils vivent dans la quête de la dépense quotidienne, mais très peu d’entre eux acceptent d’exhiber les bons impayés devant la presse. Quid de cette attitude ? Au niveau des villages environnants de Kaolack, la réalité du terrain montre qu’il y a une double explication à cette peur bleue de mettre à la disposition des journalistes les papiers qui ont mis à genoux le monde rural. 

«Des autorités nous mettent la pression pour couper court à la communication sur ce problème» 
La première raison réside dans l’artifice que les Opérateurs privés stockeurs transporteurs (Ops) expérimentés ont trouvé en engageant comme peseur un habitant de la localité fournisseuse des tonnes d’arachides qu’ils acquièrent sans bourse déliée, histoire de jouer sur la fibre parentale en cas de survenue de l’inévitable problème des retards de payement des huiliers. La deuxième explication résulte des pressions exercées sur les leaders d’opinion recensés dans les rangs des cultivateurs courant derrière leur dus depuis des mois. Ce qui est «vérifiable», affirme chacun des cultivateurs interpellés sur l’existence massive des bons impayés, «c’est qu’ils sont aussi nombreux que les producteurs». 
Retrouvé dans le village de ses beaux-parents, Ibou Badiane, qui a eu à s’adresser à sa communauté sur la place du village à propos de l’épineuse question de l’échec de la campagne arachidière, est formel : des pressions sont exercées sur les cultivateurs qui osent l’ouvrir. Pour lui, le message des autorités étatiques qui les ont plongés dans cette situation chaotique de pré-disette en organisant de la sorte la campagne arachidière est clair : souffrez en silence ! Chaque jour, révèle M. Badiane, il reçoit des coups de fil de ce genre. «Des autorités nous mettent la pression en nous appelant pour couper court à la communication que nous entretenons sur ce problème», renseigne M. Badiane prévenant qu’ils ne se laisseront pas intimider. 

Les paysans craignent de perdre les stocks dans leurs granges

KAOLACK - Plusieurs mois se sont écoulés depuis la fin des récoltes. Et de réelles menaces planent sur les stocks d’arachides en souffrance dans les greniers des cultivateurs. Ces tonnes d’arachides qui servaient de bouée de sauvetage aux producteurs dont les épouses, avec la trituration des graines en huile «Seggal», font vivre tant bien que mal les ménages, commencent à être attaquées par les vers. «Après 6 mois à une année presque de dur labeur, nous avons fait un simple dépôt de nos graines avec une simple note sur un bon impayé. Nous nous acheminons vers un quatrième mois sans argent, et le fruit de nos efforts est toujours entre les mains des Ops», tient à préciser Mamadou Diop, un cultivateur saisonnier établi à Koumbal, qui fait état de ses craintes. «Pis, les stocks d’arachides invendus qui nous permettent de commercer avec les acquéreurs des marchés des centres urbains sont menacés par les vers. Si ces tonnes d’arachides dans les greniers des maisons ne sont pas traitées rapidement, les quatre mois de stockage entraînent des attaques de la part des vers de terre. Et ce serait la catastrophe si cette énorme quantité d’arachide devait pourrir sous nos yeux. Il y a nécessité aujourd’hui de mener une course contre la montre en décortiquant une partie, pour en faire des semences, et en transformant le reste qui peut l’être», ajoute notre interlocuteur. 

Ce sont les femmes de ménage en ville qui entretiennent les familles rurales 
Comme les autres producteurs de la zone du Saloum, Serigne Ndiaye a entreposé plusieurs sacs d’arachides sur la véranda de sa modeste demeure bâtie derrière le hangar qui faisait office de secco du village de Koumbal. Résumant la mésaventure des paysans, Serigne Ndiaye s’écrit : «Campagne bi doxul at mii (cette année, la campagne arachidière n’a pas marché)». Pour Serigne, «le sort des cultivateurs et des Ops est entre les mains des huiliers qui doivent à ces derniers des milliards». 
Interpellé sur les moyens de survie des communautés de cultivateurs, Serigne Ndiaye raconte comment les paysans font pour joindre les deux bouts. «Nous ne tenons qu’avec l’aide du bon Dieu, qu’avec l’appui de nos fils vivant les dures réalités de l’exode rural et avec le soutien de nos filles, femmes de ménage dans les villes. Et je puis vous assurer que la quasi-totalité des familles paysannes vit de la même manière», explique notre hôte. 

KHADIM GUÈYE MINISTRE DE L’AGRICULTURE DÉGAGE LA RESPONSABILITÉ DE L’ÉTAT : «La commercialisation de l’arachide, c’est l’affaire des privés. Mais nous travaillons à l’améliorer»

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Le ministre de l’agriculture semble dégager toute la responsabilité de l’Etat dans l’échec de la campagne arachidière. Interpellé en marge de la Foire internationale de Dakar (Fidak), M. Khadim Guèye a tenu à préciser que «la commercialisation de l’arachide, c’est l’affaire des privés». 
Le ministre de l’Agriculture, M. Khadim Guèye, a expliqué que «pour toutes les autres spéculations, que ce soit le maïs, le mil et les autres, le problème de la commercialisation est réglé». Reconnaissant que seule «la campagne de commercialisation de l’arachide pose problème», le ministre explique que c’est lié à la grande quantité de graines produite. «Rien que pour l’achat de la moitié de la production arachidière qui est de 1,2 million de tonnes, il faut au minimum 100 milliards de francs. Mais nous travaillons à l’améliorer», renseigne M. Guèye avant de justifier la volonté politique de l’État qui a abouti à cette production. 
Le ministre de l’Agriculture estime que c’est le fruit de la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana) développée par le président de la République, Me Abdoulaye Wade. Pour M. Guèye : «il vaut mieux avoir une grande production que de ne pas l’avoir du tout». Et dès lors que le Sénégal a cette importante production agricole, «il s’agit maintenant de travailler à mieux organiser la campagne de commercialisation de l’arachide». 

LA RÉVOLTE «DÉMOCRATIQUE» RAMPANTE SE PRÉPARE DANS LES VILLAGES : Le Collectif des producteurs du Saloum en campagne pour un vote-sanction

La mauvaise campagne arachidière a prématurément plongé le monde rural, notamment la zone de Kaolack, dans une campagne électorale. Très remontés contre les autorités étatiques, des producteurs d'arachides se sont regroupés en Collectif du Saloum pour sillonner les villages afin d'appeler à un vote-sanction pour l'avènement «d'un leader qui arrange le monde rural». 

KAOLACK - Les populations rurales se sont mises à situer les responsabilités suite à l’échec de la campagne arachidière. Convaincus que les Opérateurs privés stockeurs transporteurs (Ops) sont bloqués par les huiliers qui leur doivent une ardoise de 25 milliards de francs, de nombreux producteurs pointent un doigt accusateur sur le régime libéral de Me Abdoulaye Wade, principal organisateur de ladite campagne. 
Estimant que la responsabilité de l’Etat, du gouvernement est pleine et entière dans la situation douloureuse que le monde rural est en train de traverser, aujourd’hui, le Collectif des producteurs d'arachides du Saloum a déjà commencé à sillonner la zone rurale de Kaolack pour sensibiliser les victimes quant à la nécessité d’un changement de dirigeants. Tout en se félicitant de la démarche citoyenne du député El Hadji Malick Guèye, seul parlementaire qui leur a rendu visite, à Sikatourm, pour s’enquérir de leurs difficiles conditions de vie, les membres de ce collectif résument le mal en ces termes : «Promesses non tenues des huiliers, gouvernement responsable de la souffrance des populations rurales au-delà des Ops qui doivent des bons impayés aux producteurs». Après ce diagnostic, Ibrahima Badiane, porte-parole du collectif, révèle qu’ils sont en tournée pour battre campagne déjà en faveur de candidat capable de tirer le monde rural du gouffre. «Nous sommes en train de faire le tour des villages pour expliquer aux cultivateurs qu’ils n’ont rien à craindre, qu’ils peuvent exhiber les bons impayés devant les journalistes, qu’ils ont à leur disposition une arme de riposte : le vote-sanction en faveur de personnalités, de leaders qui nous arrangent». L'objectif étant de mettre à la place des libéraux «un leader qui arrange le monde rural». 
L’autre axe de la cette révolte «démocratique» rampante porte sur la gestion des stocks d’arachides restants. «Nous sommes présentement dans la campagne, dans les villages de Saré-Guéti et environs. Nous avons sensibilisé les cultivateurs sur la nécessité du refus de vendre désormais contre des bons impayés», ajoute M. Badiane. 
Alertant le président de la République, les dirigeants de ce collectif disent : «le chef de l'Etat doit savoir qu'il n'a pas de techniciens qui parcourent le monde rural pour être attentifs aux préoccupations des paysans et les résoudre». 

COMMERCIALISATION DE L’ARACHIDE DANS LA RÉGION DE THIES : Les paysans totalement désemparés, les opérateurs fusillent l’Etat

THIES - Dans le paisible village Sérère de Koundane, à deux kilomètres de la Commune d’arrondissement de Thiès-Est, le cultivateur Diégane Faye médite sur l’enfer que constitue pour le monde rural la filière arachidière et se demande s’il y a «possibilité d’arrêter l’hémorragie pendant qu’il est encore temps». Le dur quotidien de ce père de famille, à l’image de ses pairs, reste marqué par une misère collective qui a fini de mettre à genoux, presque tous les secteurs de la vie en milieu rural. 
Un tour en brousse, à travers certains villages du Cayor, comme Tassette, Ngaye Mékhé, Thilmakha, Mérina Ndakhar, Tivaouane, etc. suffit pour se rendre compte de la désolation inimaginable qui a gagné le monde rural. Un vécu quotidien caractérisé par une souffrance indescriptible et l’humiliation suprême. Aussi, Saliou Faye, de la communauté rurale de Fandène, non loin de la capitale du Rail, n’a pas tort de fuir le calvaire. Il n’a pu s’échapper aux aléas de l’exode rural. Dans cette localité, plus de 70% des producteurs détiennent toujours par-devers eux des graines d’arachide qu’ils ne peuvent pas vendre. «Ce n’est même pas sûr que nous les vendrons», s’inquiète Ibra Niokhobaye Diop. Fatigués, parce que ne pouvant écouler leur production, les jumeaux Ouzin et Assane Diouf du village de Keur Madaro, sur la route de Khombole, se demandent que faire pour «pouvoir vendre le reste de leurs graines à des prix raisonnables, être désintéressés et rentrer dans leur fonds pour subvenir aux besoins familiaux». 


L’Etat n’a pas, en réalité, de moyens de pressions sur la Suneor, selon El Hadji M. Guèye 

Aux yeux de El Hadji Mamadou Guèye dit «Parisien», conseiller en collecte/commercialisation et coordinateur de la Fédération nationale des opérateurs privés stockeurs et transporteurs du Sénégal, à Thiès «la commercialisation connaît cette année de réelles difficultés en matière d’écoulement. À la date du 22 mars 2011, les huiliers devaient la somme de 25 milliards aux opérateurs qui, à leur tour, devaient verser une bonne partie de cette dette aux producteurs qui leur ont donné leurs graines d’arachide sur la base d’une certaine confiance, mais qui restent sans rentrer dans leurs fonds après 4 à 6 mois de dur labeur». 
Pour El Hadji Modou Fall, opérateur privé, président de la zone nord de la Fédération nationale des opérateurs privés stockeurs et transporteurs du Sénégal, demeurant à Tivaouane, «il faudrait revoir ce système de collecte Carreau usine qui a fini de montrer ses limites, n’est pas adapté au contexte sénégalais actuel». Il lui semble, en outre, que «l’Etat, par rapport à ses menaces, ses invitations, les délais qu’il fixe, etc. n’a pas, en réalité, les moyens de pression réels vis-à-vis de ce groupe puissant qu’est la Suneor. Parce qu’à dire vrai, on ne peut pas être dans un pays, dans un système et faire la sourde oreille à la sollicitation des producteurs, voire de l’Etat, sans aucune conséquence, si on n’est pas puissant ou soutenu par des puissants». 
L’opérateur privé Ibrahima Diouf, auquel la Suneor doit 700 tonnes de graines qu’il a évacuées pour Mékhé et environs, déplore «la méthode des huiliers qui consiste à prendre les graines des paysans, ne pas les payer, les stocker, triturer, aller vendre sur le marché mondial, prendre leurs bénéfices pour, après, revenir désintéresser les pauvres paysans sans aucun respect des délais. Ce n’est pas sérieux. Les huiliers se devaient de mobiliser les financements nécessaires à temps pour pouvoir honorer les contrats qui les lient aux opérateurs privés qui, eux, n’ont pas les possibilités, les garanties, les capacités financières pour mobiliser les financements à même d’assurer la collecte primaire qui s’effectue au niveau des points de collecte». 


Du marché Okass de Touba à Grand-Yoff, en passant par le «Louma» de Touba-Toul, le «Seggal» inonde le pays

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TOUBA - Après avoir fait main basse sur le marché de l’arachide, les femmes rurales ont procédé de manière instantanée à la démultiplication des «huileries» à domicile. Augmentant de manière très importante leur capacité de trituration d’arachide, seule bouée de sauvetage qui s’offre actuellement aux producteurs, les paysannes sont en train d’inonder le marché d’huile «Seggal». Après les «Louma», elles sont présentes partout, aujourd’hui, suite à l’échec de la campagne arachidière. 
Le marché Okass de Touba grouille ainsi de monde le week-end avec les Baol-Baol tenant une activité commerciale à Dakar qui s’y rendent pour s’approvisionner en produits locaux, notamment en huile de fabrication artisanale. À côté des étals habituels, des commerçantes et vendeurs de circonstance engagés dans les affaires par la nécessité de survivre qu’impose la vie en milieu rural, aujourd’hui, s’installent de manière anarchique sur les principales voies d’accès. Entourée de plusieurs bidons jaunes d’une grande capacité, de bouteilles d’un litre surplombées d’entonnoir servant au transvasement, Ndèye Siga Sèye, une habitante du village de Keur Ndiaye, expose une grande quantité de «Seggal» sur ce marché Okass de la capitale du mouridisme, situé au cœur du Bassin arachidier. 

Dans chaque concession, il y a une presse artisanale 
La mévente de la production d’arachide est une aubaine pour Ndèye Siga. Le visage recouvert de sueur, témoin de longues et pénibles journées de labeur, elle estime que «face à l’indifférence du pouvoir, Dieu n’est pas resté indifférent à la souffrance des populations rurales». À l’en croire, «les difficultés du monde rural se sont certes accentuées avec la mévente de la production abondante d’arachide, mais le commerce d’huile Seggal connaît un succès extraordinaire aujourd’hui». Succès d’autant plus grand - avec des retombées permettant à nombre de ménages de tenir jusqu’au-delà de la période de soudure - qu’«il y a une unité de presse artisanale dans chacune de nos concessions et dans celles des villages environnants de la Communauté rurale de Touba». 
À Okass, le marché est désormais dominé par l’huile «Seggal». Le business de l’huile fabriquée de manière artisanale est tellement rentable, indique Mbaye Lèye, un commerçant établi au marché Syndicat de Pikine qui a engagé son épouse dans la filière au marché Okass de Touba, que «tout le monde s’y met maintenant». Il indique qu’au-delà de l’accessibilité de cette huile, ce succès s’explique également par le caractère abordable des prix du «Seggal» qui varient entre 600 et 650 francs à Okass. 

La généralisation de la trituration, menace réelle pour les huiliers 
À Touba-Toul, les vendeuses de «Seggal» soucieuses d’éviter d’affronter les difficiles conditions de transport entre le Louma et leurs localités d’origine, se montrent réalistes et épuisent leur stock dans la matinée. Ereintée après une longue journée de commerce, loin de Gade-Khaye, son village natal, Sokhna Maï indique qu’«à Touba-Toul, le succès du Seggal fait que l’huile devient de plus en plus chère. De 600 francs le litre, il y a quelques jours, elle s’échange désormais entre 675 et 750 francs». 
Même Dakar, la capitale, n’a pas été épargnée. Dans les différents marchés de sa banlieue, comme Grand-Yoff, le «Seggal» fait recette. Niché entre les quartiers populeux de Arafat et Cité Millionnaire, le marché Grand-Yoff est très fréquenté par les femmes issues des ménages de conditions défavorisées. Perché sur un tabouret derrière son comptoir, au moment où ses autres employés s’activent au service de la clientèle, un peu après 9 heures du matin, Dame Ndiaye, ressortissant de Touba, gérant d’un grand magasin de gros et demi-gros, rapporte que l’huile «Seggal» est actuellement très difficile à concurrencer. Montrant du doigt le préposé à la vente au détail du «Seggal», Dame est formel : «Nous nous ravitaillons au marché Okass de Touba moyennant 600 francs le litre, plus normalement 200 francs de transport par bidon de 20 litres, nous vendons le litre à 800 francs parce que nous ne payons pas le transport. Et au détail, nous vendons 2 à 3 barils de Seggal avant d’épuiser 1 baril d’huile industrielle. Si cette tendance persiste, lors de la prochaine campagne arachidière, le Seggal sera une réelle menace pour les huileries en termes de concurrence». 

CAMPAGNE DE COMMERCIALISATION ARACHIDIÈRE À KAOLACK : La complainte des opérateurs et des producteurs qui courent derrière leurs 25 milliards

KAOLACK - De mémoire d’Opérateurs privés stockeurs (Ops) du Saloum, on n’a jamais connu pire campagne de commercialisation arachidière que celle de cette année. En effet, en moins de deux mois de «traite», les huiliers doivent déjà la bagatelle de 25 milliards de francs Cfa aux opérateurs. De quoi doucher l’enthousiasme des plus optimistes. Un signe qui ne trompe pas. Réputés plutôt discrets, les camarades de El Hadji Tambédou ont cette année poussé de la voix, en amont et en aval du processus, pour d’abord réclamer le paiement des factures pour les semences et dénoncer le retard accusé dans le règlement de la dette des huiliers. Plongés dans la campagne de commercialisation de toutes les incertitudes, ils pointent du doigt les huiliers. 
Sur les ratés notés dans la présente campagne de commercialisation arachidière, les Ops ont en effet un coupable tout désigné : Les huiliers. «Il y a une intension manifeste de faire un procès d’intention au système Carreau usine, alors que la fausse note enregistrée à ce niveau est du fait des huiliers qui ont apparemment du mal à honorer leurs engagements», note avec amertume El Hadj Tambédou, le Président national de la Fédération des opérateurs privés stockeurs/transporteurs (Fnops/T). Une organisation placée sur les feux de la rampe à cause des difficultés des producteurs de la graine oléagineuse à rentrer dans les fonds. 
«À ce rythme, aucun opérateur ne pourra tenir, car les banques qui nous prêtent de l’argent ne sont pas des œuvres caritatives. À force de ne pas honorer nos engagements vis-à-vis d’elles, nous risquons d’être placés sur liste rouge», soutient pour sa part Cheikh Kassé Tall, le Président régional de la Fnops/T de Kaolack. 

Les Ops craignent d’être mis sur la liste rouge des banques 

Des récriminations contre les huiliers qui renseignent sur la détérioration des relations entre les deux parties. «Il nous semble que la Suneor, qui est notre principale partenaire commerciale, n’a pas les capacités financières pour faire face aux exigences d’une campagne de commercialisation arachidière majeure», croit savoir le patron de la Fnops/T. 
Une analyse qui remet sur le tapis la privatisation de l’ex-Sonacos. Les Ops laissés en rade dans l’opération par le pouvoir libéral considèrent qu’ils ont leur place dans le capital de la principale huilerie du pays. «Les Ops qui assurent plus de 97% de la commercialisation et de 50% de la distribution des semences, en levant chaque année des dizaines de milliards, ne doivent pas être marginalisés dans la structure du capital de la Suneor», revendique Cheikh Kassé Tall, vice-président de la Fnops/T. 
Un plaidoyer pro domo des opérateurs qui ne semble pas avoir un écho favorable du côté des producteurs qui estiment être «les dindons de la farce dans cette histoire». D’ailleurs, le gouvernement initiateur de l’avènement du syndicat «Jappando», censé canaliser la toute puissance des opérateurs privés, devrait revoir sa copie parce que suspecté par les organisations traditionnelles de productions. Il est aussi biaisé par la présence d’éminents opérateurs et ce syndicat a du mal à trouver ses marques. Conséquence, dans le jeu de yo-yo entre les opérateurs et les huiliers ce sont d’autres structures de défense des producteurs qui montent au créneau. «Le système Carreau usine tel qu’appliqué aujourd’hui fait la part belle aux opérateurs privés. Ces derniers qui contrôlent en même temps le volet transport ont tout le loisir de prendre à crédit les graines des mains des producteurs, les livrer aux huiliers et attendre le temps qu’il faut pour réaliser leur plus-value avant de payer leurs fournisseurs», dénonce El Hadji Ibrahima Niass «Baye». 

Les producteurs prônent des voies de contournement 

À défaut de changer le système, les organisations de producteurs réclament un quota sur le tonnage garanti par l’Etat dans la production subventionnée. «Si, par exemple, sur les 300 000 tonnes garanties par l’Etat et livrées aux huiliers, un quota de 100 000 tonnes était dévolu aux producteurs directement, ce serait une manière de faire bénéficier directement certains producteurs du fruit de leur labeur», suggère Baye Niass dont l’organisation dispose d’une unité de transformation dans la Communauté rurale de Taïba-Niassène. 
D’autres producteurs dans le Saloum renvoient dos-à-dos l’Etat et les opérateurs. En refusant de fixer tôt le prix d’achat au producteur, le gouvernement, à travers le Comité national interprofessionnel de l’arachide (Cnia), fait le jeu des producteurs qui vont s’approvisionner dans les marchés hebdomadaires à vil prix, entre 75 et 90 francs Cfa le kilo de graines, pour ensuite alimenter les huiliers en faisant une marge substantielle sur le dos des vrais auteurs de la filière, analyse Tamsir Ndiaye de Dinguiraye, dans le départemental de Nioro. 
Des complaintes tous azimuts qui donnent une vision peu reluisante de la filière arachidière sous le régime libéral. «Cette culture de rente qui a fini de tenir sa place dans le Saloum en a vu d’autres. Elle va survivre à cette mauvaise passe», commente, un brin cynique, un technicien agricole. 

La gent féminine rurale trouve la solution

Fauchées du fait de la crise économique et déçues par la campagne arachidière, les femmes rurales ont tout de même trouvé une solution de survie. La mutualisation du peu de ressources familiales encore disponibles, pour assurer le financement de l’ultime activité de sauvetage des paysans. 
Éprouvant toutes les peines du monde pour subvenir aux dépenses quotidiennes de leurs ménages, les femmes paysannes se sont montrées très créatives et ont restauré le troc dans le monde rural. Ndèye Djiguel, de la localité de Ndiéfougne, explique comment elles font pour pouvoir entretenir leur commerce. 
«Tout le monde sait qu’il n’y a pas d’argent dans le monde rural, il n’y a que des bons impayés entre les mains des cultivateurs. C’est pourquoi nous échangeons avec nos maris, les cultivateurs, les quelques têtes de bétail que nous élevons dans nos arrière-cours contre leur stock d’arachide en souffrance dans les greniers. Ce sont ces sacs d’arachides que nous triturons avant de vendre l’huile Seggal au niveau des Louma moyennant 675 francs le litre», indique Mme Djiguel. 

Le troc refait surface dans le monde paysan 
Partant de ce premier échange de marchandises, la production et la commercialisation de l’huile «Seggal» trouvent ainsi une source familiale de financement. Une opération d’échange de marchandises qui permet également à leurs époux, cultivateurs victimes de la mévente de la surproduction d’arachide, de disposer de quelques têtes de bétail à proposer sur les marchés hebdomadaires. 
«Finalement, c’est le petit élevage de nos braves dames qu’on ne prenait pas au sérieux qui est en train de nous tirer d’affaire. C’est ainsi que nous avons quelques chèvres et moutons à vendre au niveau des différents marchés Louma du Baol, comme Touba-Toul, pour gagner un peu d’argent, acheter du riz et d’autres denrées alimentaires, pour ne pas manger tous les jours de la pâte d’arachide et du couscous», explique Ndik Faye, époux de Ndèye Djiguel. 

L’ÉCHEC DE LA CAMPAGNE ARACHIDIÈRE DONNE NAISSANCE À UN OPÉRATEUR DE TYPE NOUVEAU : L’Opi, épouse de cultivateur concurrente directe de l’Ops

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Les 70% de la population sénégalaise vivant dans le monde rural refusent de se complaire dans cette simple lamentation sous-tendue par la croyance à la fatalité. Les paysannes bousculent les habitudes de commercialisation formelle de l’arachide pour s’ériger en de véritables Opératrices privées individuelles (Opi) qui profitent de la perte de crédibilité de certains Opérateurs privés stockeurs transporteurs (Ops) pour capter le «business» de l’arachide au niveau des marchés ruraux. 
TOUBA-TOUL - Au-delà du calvaire que l’échec de la campagne arachidière a engendré au sein des familles paysannes, cette situation catastrophique dans laquelle est plongé le monde rural a donné naissance à un opérateur de type nouveau. Il s’agit des Opératrices privées individuelles (Opi), épouses de cultivateurs, cultivatrices elles-mêmes ou simples femmes rurales, qui ont profité de la perte de confiance qui prévaut désormais dans les relations d’affaires entre producteurs et Opérateurs privés stockeurs transporteurs (Ops) pour s’emparer du business de l’arachide. 
Au Louma (marché hebdomadaire) de Touba-Toul, communauté rurale située à 7 km de Khombole, chef-lieu de département de la région de Thiès, devenu lieu d’échange et point de convergence de nombreux «Bana-Bana» (commerçants) du Bassin arachidier, les femmes rurales ont fini d’avoir une mainmise sur le commerce de l’arachide. Ici, elles se sont aménagé un espace marchand à l’entrée du Louma. La fatigue se lisant sur leurs visages après la traversée des 7 Km de piste latéritique, très en vue juste devant le poste de santé de Touba-Toul, situé entre le foirail des chevaux et celui des bœufs, moutons et chèvres, elles sont confortablement installées sur des dizaines de bidons de 20 litres déjà vidés de leur contenu. 

Les 96 villages de Touba-Toul se sont détournés du circuit organisé par l’Etat 

Débarquant par dizaines de taxis-brousse, de vieilles guimbardes «7 places» ou de clandos qui assurent la navette depuis Khombole, des centaines de fois par mois, les habits et le visage recouverts d’une légère couche de poussière latéritique récoltée sur les pistes menant à Touba-Toul, ces commerçantes viennent au Louma pour y acheter les graines d’arachide en souffrance entre les mains des producteurs. Le vieux Mamour Sylla, établi dans ladite communauté rurale, au village de Ndiakhou, pense d’ailleurs qu’«il est difficile aujourd’hui de voir un cultivateur détenant des bons impayés. Pour la simple raison que les 96 villages de la Communauté rurale de Touba-Toul se sont détournés depuis longtemps du circuit formel et ont tourné le dos aux Ops qui convoient l’arachide auprès des huiliers». Ces producteurs qui ont été pendant longtemps victimes de l’engrenage des bons impayés ont, depuis deux campagnes arachidières déjà, décidé de se détourner du circuit de commercialisation organisé par l’Etat et mettant en relation d’affaires le cultivateur, l’Ops intermédiaire et les huileries. 
Selon Abdoulaye Thiaw, membre du Conseil rural de Touba-Toul, «dans cette localité, les producteurs n’ont plus rien à voir avec les Ops. Même le magasin de la coopérative, qui était aménagé pour le pesage des graines, jadis livrées aux Ops sur la base de la simple confiance, a été déserté depuis longtemps par les producteurs. Ce magasin est aujourd’hui affecté au Collège d’enseignement moyen (Cem) pour faire office de classe». 

Le Secco n’est plus que l’ombre de lui-même, le magasin de pesage déserté transformé en classe pour le Cem 

À en croire M. Thiaw, les cultivateurs vendent directement leurs graines aux femmes, devenues par la force de l’échec des campagnes arachidières, de véritables transformatrices spécialisées en production d’huile artisanale communément appelée «Seggal». 
Surveillant de loin ses deux épouses s’activant autour de leur petit commerce d’huile «Seggal», visiblement très éprouvé par le voyage à dos d’âne jusqu’au Louma de Touba-Toul, Serigne Khadim Thioune, en provenance du village de Bokh, fait état des difficultés qu’éprouvent ses collègues pour liquider le surplus d’arachides entre leurs mains. «J’ai refusé de livrer mes sacs d’arachides contre de simples papiers, des bons impayés. J’ai également refusé de céder le baril d’arachide de 100 kg d’arachide à 12 500 francs sur le marché parallèle. C’est pourquoi mes épouses et leurs amies se sont regroupées pour prendre ma production, la transformer en huile Seggal et en aliment pour bétail pour la liquider dans le Louma», explique M. Thioune. Nombreux, ajoute notre interlocuteur, sont les producteurs qui ne veulent plus revivre le calvaire des bons impayés et qui ont recours à ces braves femmes rurales pour vendre leur production. 
Situé à l’extrémité Est du marché hebdomadaire de Touba-Toul, le Secco n’est plus que l’ombre de lui-même. Allongé sur un petit lit placé à l’ombre devant ce grand hangar de pesage, les lunettes de soleil mangeant le haut du visage, le préposé des Ops somnole d’oisiveté, exposé aux quelques rafales de vent qui balayent le marché. Interpellé sur la situation de la présente campagne arachidière, l’homme, qui n’a pas voulu décliner son identité, refuse tout commentaire. Ici, rien ne montre qu’on y propose ou achète des graines d’arachide, même si, au fond du magasin, on aperçoit quelques sacs superposés de diverses spéculations. 



1 Commentaires

  1. Auteur

    Taf

    En Mars, 2011 (22:20 PM)
    j vous renvoi a une edition de lemission opinion sur walf pape diouf ancien ministre de lagricultutre y avouait k il y a un complot depuis washington pour tuer l arachide au senegal il disait k ses collegues ministres lui collaient le sobriquet de mr cacahuettes
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