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Education

Ousmane Diouf, chercheur : « L’État consacre 40% du budget de l’enseignement supérieur aux bourses des étudiants»

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Ousmane Diouf, chercheur : « L’État consacre 40% du budget de l’enseignement supérieur aux bourses des étudiants»

En marge de l’atelier de partage de l’étude sur le financement intérieur et extérieur de l’éducation, Ousmane Diouf est revenu sur le sens de cette étude. Pour ce chercheur qui travaille à l’Institut international pour la planification à Paris, notre pays ne pourra jamais continuer à financer son éducation s’il ne change pas de stratégie. Pour lui, l’Etat doit revoir les 40% du budget de l’enseignement supérieur qu’il alloue à des bourses. Selon toujours M. Diouf, consacrer 90% du budget de l’éducation nationale aux salaires et aux dépenses courantes n’est pas viable.

Est-ce que vous pouvez nous faire la lecture de cette étude que vous avez présentée ce matin ?

Nous avons fait une étude sur le financement de l’éducation au Sénégal. Nous avons essayé de voir combien a été dépensé par le Sénégal sur ses propres fonds, sur les fonds des partenaires extérieurs. L’étude montre que sur la période 2009-2014, il y a 2 700 milliards qui ont été dépensés et que les bailleurs n’y ont contribué qu’à hauteur de 7,2%. Maintenant, ce que l’étude révèle dans sa globalité, c’est que le financement de l’éducation n’est pas tenable. L’Etat ne pourra jamais continuer à financer l’éducation de cette façon là par rapport au contexte démographique, économique et de finance publique. Quand on regarde, plus de 25% de la population sont des élèves ou des étudiants et que la pression fiscale n’est que de 20% et que plus loin, il y a 40% de bourses qui sont payées pour les étudiants, si on y rajoute les salaires des enseignants, cela fait plus de 50% du budget de l’enseignement supérieur. 

Pour le primaire, il y a plus de 90% de dépenses qui vont aux salaires et aux dépenses courantes, laissant très peu de ressources pour l’investissement ou la qualité. On voit très clairement que l’Etat ne pourra pas continuer à financer l’éducation comme il le fait jusqu’à maintenant.

Quelle est l’alternative ? Qu’est-ce que l’Etat peut faire ?

L’Etat peut restructurer en profondeur sa stratégie de financement en mettant beaucoup plus en contribution de sources de financeurs et en essayant de faire en sorte que son financement soit plus équilibré que ce qu’il est maintenant. L’enseigne­ment supérieur ne constitue que 3 à 4% des effectifs des élèves et étudiants au Sénégal et il prend presque 30% du budget de l’éducation pendant que le cycle fondamental qui constitue 80% des effectifs ne prend que 38% du budget de l’Etat. Cela pose problème. Il y a un déséquilibre qui n’est pas tenable. Pour 3% d’étudiants en 2014, l’Etat a dépensé par étudiant presque 1,7 million, 15 fois plus que ce qu’il dépense par élève au primaire. On voit que ce n’est pas durable. La question légitime qu’il faut se poser c’est, est-ce que l’Etat peut continuer à payer les bourses comme il le fait actuellement. 

Combien représentent les bourses ?

Les bourses représentent 40% des dépenses pour les universités. Quand on prend tout l’enseignement supérieur, c’est à peu près 28 voire 30% des dépenses. Quand on le compare aux autres pays, les bourses dépassent très rarement les 10%. Elles tournent autour de 5 à 6%.

Est-ce que l’Etat peut reculer en ce qui concerne les bourses ? Il a essayé l’année dernière, mais on a vu le résultat.

Je pense que certains étudiants ont besoin d’avoir une bourse. L’idée ce n’est pas de venir et de couper la bourse, mais de s’asseoir autour d’une table et de discuter de façon intelligente. Nous avons été étudiants. On travaille aujourd’hui. On pourrait rembourser la bourse qui nous avait été donnée. Tous les étudiants qui aspirent à un avenir pourraient se mettre d’accord sur ça. Cela peut être une alternative. Ce n’est pas que ça. Mais ce qui est clair est que la bourse ne peut pas être généralisée, cela n’existe nulle part dans le monde. A moins que tout le monde paye ses impôts. Or dans notre pays, il n’y a que 20% qui payent ses impôts. Aussi, il y a les grèves qui expliquent les hausses sur le financement de l’enseignement supérieur. L’élé­men­taire ne fait pas très souvent de grève. Si on regarde la période 2009-2014, le financement par élève du primaire est de 116 mille. Il n’a pas bougé et si on regarde l’enseignement supérieur, le financement par apprenant est passé du simple au double. Il est passé de 1 million 080 mille à 1 million 796 mille francs Cfa, soit 15 fois plus que ce que l’Etat met pour un élève du primaire. 

Qu’est-ce que l’Etat peut faire ?

Il y a beaucoup de choses à revoir. D’abord l’Etat doit commencer par la pression fiscale. Au lieu de couper les bourses ou d’ajuster par la baisse, il pourrait restructurer son système de financement public et collecter plus d’impôts, parce que 20% d’impôts ce n’est pas viable. Essayer de renforcer l’investissement au niveau du primaire. Les abris provisoires s’expliquent par le fait qu’il y a très peu d’investissements sur l’enseignement primaire. Et cela se constate clairement quand on voit les indicateurs qui sont à 27% des dépenses d’éducation sur les dépenses totales de l’Etat, y compris investissement et fonctionnement. Ce même indicateur, quand on le calcule sur les dépenses courantes, c’est près de 40%. Ce qui fait que l’Etat dépense beaucoup, mais pas assez sur l’éducation. Les dépenses d’investissements doivent être revisitées pour donner plus d’argent à l’école primaire. Idem pour l’enseignement supérieur. On ne peut pas constituer 3% des effectifs et prendre autant d’argent qu’un groupe qui constitue 80% de la population scolarisable d’autant plus qu’on parle d’équité et égalité des chances. 

Et la contribution des ménages, est-ce que vous l’avez documentée ?

On ne l’a pas documentée. Mais ce qui se passe dans les institutions d’éducation, on l’a estimé même si cela ne faisait pas partie du champ qui couvrait l’étude. C’est beaucoup d’argent, surtout les collèges et les lycées. Les niveaux de frais d’inscription sont laissés à l’appréciation des établissements et ils tournent autour de 3 000 et 10 mille francs et des lycées comme Malick Sy et Limamoulaye ont des effectifs de 5 000 à 6 000 élèves. Tout le monde paye, ils collectent très facilement entre 30, 50 et 60 millions de francs Cfa. Cet argent va faire fonctionner les établissements. Mais malheureusement, l’Etat ne contrôle pas l’utilisation de ces fonds. En plus, l’Etat leur réalloue un budget pour faire fonctionner l’école. Une idée serait de centraliser les contributions des ménages comme cela se fait dans certains pays d’Asie où ces frais sont reversés au Trésor et l’Etat, à travers son système d’allocution budgétaire, réalloue sur des critères d’équité ce budget aux différents lycées.

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1 Commentaires

  1. Auteur

    Anonyme

    En Juillet, 2016 (15:36 PM)
    NAFILA DE LA SEMAINE: VENDREDI (Entre la prière de 14H et celle de 17H) (VIDÉO)



    POUR VOIR AVANT SA MORT LE TOUT- PUISSANT EN RÊVE OU SA PLACE AU PARADIS OU ALORS UN TIERS LE VERRA POUR LUI.



    youtu.be/1PMbALMf5n4

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