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Immigration

Mbaba Ndiaye (1er conseiller de l’ambassadeur du Sénégal au Gabon) : ‘ Il nous faut appliquer la politique de la réciprocité avec le Gabon’

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Mbaba Ndiaye (1er conseiller de l’ambassadeur du Sénégal au Gabon) : ‘ Il nous faut appliquer la politique de la réciprocité avec le Gabon’

Plus de 20 mille Sénégalais sont en situation irrégulière au Gabon. C’est Mbaba Coura Ndiaye, premier conseiller de l’Ambassadeur du Sénégal au Gabon, qui donne cette information. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, à la chancellerie, à Libreville, ce diplomate de carrière explique les difficultés que les ressortissants sénégalais éprouvent dans le pays d’Ali Bongo Ondimba, président de la République du Gabon. Pour mettre fin à la situation difficile que vivent certains ressortissants sénégalais, Mbaba Ndiaye informe que l’Etat du Sénégal va soumettre un protocole d’accord afin qu’il y ait un traitement de réciprocité entre les deux pays. 

 

Wal Fadjri : Peut-on savoir le nombre de Sénégalais qui résident au Gabon ?

Mbada NDIAYE : Si on se réfère aux estimations faites par les autorités compétentes du Gabon, il y a 30 mille Sénégalais établis dans ce pays. Sur l’Afrique centrale, ils sont estimés pour un total de 100 mille Sénégalais.

 

Est-ce que tous ces ressortissants sénégalais vivent une situation régulière dans ce pays ?

 

Non. Parce que, si on se réfère aux dernières estimations qui nous sont parvenues du Centre de la documentation du Gabon, il y a neuf mille Sénégalais en situation régulière sur les 30 mille ressortissants. On considère alors qu’il y a, au Gabon, deux tiers de Sénégalais qui sont dans une situation irrégulière. Ce qui contraint les services de l’Ambassade à souvent descendre sur le terrain pour venir en aide aux compatriotes qui éprouvent un certain nombre de difficultés.

 

Peut-on connaître la nature des difficultés que les Sénégalais éprouvent, en général, au Gabon ?

 

N’étant pas dans une situation régulière, un certain nombre de nos compatriotes font souvent l’objet d’une arrestation, surtout pendant les contrôles. Il arrive aussi qu’on saisisse les marchandises des commerçants sénégalais qui ne sont pas en règle. Beaucoup de nos compatriotes sont arrivés ici dans la période où les autorités gabonaises avaient suspendu la délivrance des cartes de séjour.

 

A quand remonte cette mesure de suspension de cartes de séjour ?

 

C’était en 2010. Il y a juste deux ans. C’est vrai que les autorités gabonaises ont toujours réfuté cette thèse. Elles soutiennent mordicus qu’elles n’ont jamais arrêté la délivrance des cartes de séjour. Mais, dans les faits, toutes les demandes de nouvelles cartes de séjour ont été refusées à nos compatriotes. C’est ce qui explique, en partie, la situation irrégulière qu’ils vivent dans ce pays. En plus de ce refus, il y a aussi le prix à payer qui est assez exorbitant. Parce que, pour qu’un Sénégalais soit dans une situation régulière ici, il doit débourser 870 mille francs Cfa dont 420 mille francs Cfa de caution de rapatriement.

 

Après avoir obtenu la carte de séjour, l’on doit débourser 150 mille francs Cfa pour renouveler cette carte de séjour, tous les deux ans. Ce que nous trouvons très cher. Il est notamment difficile à tout père de famille de faire face à une telle exigence financière. Imaginer ce père de famille, qui a, en plus de sa femme, a plus de trois à cinq enfants chez lui. Comment ce dernier pourrait trouver autant d’argent pour mettre toute sa famille dans une situation régulière.

 

Que comptez-vous prendre comme mesures pour remédier à cette situation ?

 

La réflexion est déjà en cours. Le dossier est encore à l’étude au niveau du ministère des Affaires étrangères au Sénégal. Il sera, en principe, finalisé lors de la prochaine commission mixte qui va se tenir à Dakar, en décembre 2012. A cette occasion, nous comptons soumettre un protocole d’accord aux autorités gabonaises. Nous nous battrons à faire en sorte qu’il y ait un traitement réciproque entre les deux pays.

 

Pouvez-vous être un peu plus explicite en parlant d’un ‘traitement réciproque’ ?

 

Ce que nous trouvons paradoxal, c’est le fait que les ressortissants gabonais établis au Sénégal ne paye que 70 mille francs Cfa pour obtenir leurs cartes de séjour. En effet, un Gabonais, qui veut s’établir au Sénégal, paye juste une caution de 70 mille francs Cfa. En plus de ces 70 mille, il paye juste une carte fiscale de 10 mille francs Cfa. Une carte qu’il doit renouveler à la fin de chaque année. Il y a alors un paradoxe. C’est pour apporter un équilibre à ce paradoxe que nous avons mis en place une commission mixte qui a pour mission de trouver des mesures où on pourra appliquer un protocole d’accord qui sera propre aux deux pays.

 

Il faut surtout noter qu’il y a des milliers d’étudiants gabonais qui sont établis au Sénégal à qui l’Etat du Sénégal ne demande absolument rien. Il nous faut alors faire en sorte que nos compatriotes, qui sont ou qui viendront au Gabon, bénéficient du même traitement et des mêmes faveurs. Cette commission mixte, qui se réunira en décembre prochain, cherchera ainsi à proposer aux autorités gabonaises un protocole d’accord pour que nos compatriotes aient un traitement équivalent aux ressortissants gabonais établis au Sénégal.

 

Aujourd’hui, ne craignez-vous pas qu’après la Can, il y aura d’autres rafles pour évacuer du Gabon tous les étrangers qui ne seront pas en règle ?

 

Il n’est pas exclu. C’est même sûr qu’à la fin de la Can, ils vont procéder à un contrôle. Mais, comme d’habitude, l’ambassade n’hésitera pas à descendre sur le terrain pour venir en aide ou faire libérer tous les compatriotes sénégalais qui ont maille à partir avec la police ou la justice gabonaise. A titre d’exemple, je me rappelle, qu’en 2010, les autorités gabonaises avaient arrêté beaucoup d’étrangers qui étaient dans une situation irrégulière. Elles avaient aussitôt pris la décision de les faire rapatrier au Nigeria sans pour autant se soucier de leurs pays d’origine. Mais, quand on a été informé de cette donne, notre ambassade a refusé que nos compatriotes sénégalais soient jetés au Nigeria. Les autorités gabonaises avaient fini par céder. Tous les autres étrangers, d’origine africaine, avaient été ainsi mis dans un bateau pour le Nigeria sauf les Sénégalais.

 

C’est notre président de la République, Me Abdoulaye Wade, qui a finalement envoyé des billets d’avion pour que ces Sénégalais, qui étaient dans une situation irrégulière, regagnent notre pays par voie aérienne. Il faut aussi noter qu’avant le démarrage de la Coupe d’Afrique des nations, il y a eu quelques Sénégalais qui avaient été arrêtés pour défaut de carte de séjour. On s’est aussi rendu à la police pour leur venir en aide. On a saisi le ministère de l’Intérieur du Gabon pour faire libérer ces compatriotes. Et, ils ont tous été libérés. Voilà, en résumé, les difficultés auxquelles les services de l’ambassade du Sénégal au Gabon font face à Libreville.

 

Propos recueillis, à Libreville, par M. N. SONKO



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