Dimanche 05 Juillet, 2020 á Dakar
Vendredi 01 Juin, 2018 +33

International

À Paris, l’inauguration d'une "place de Jérusalem" fait polémique

Single Post
La maire de Paris, Anne Hidalgo, inaugurera la nouvelle "place de Jérusalem" dimanche 30 juin à 16 h

Une "place de Jérusalem" sera inaugurée, dimanche, dans le 17e arrondissement de Paris. Une décision dénoncée par les alliés communistes et écologistes de la maire Anne Hidalgo mais aussi par des associations propalestiniennes.

À défaut d’un nom de rue, qu’elle a perdu il y a 136 ans, Jérusalem donnera son nom, dimanche 30 juin, à une place parisienne. À 16 h, la Ville de Paris inaugurera la "place de Jérusalem", au croisement de la rue de Courcelles et du boulevard de Reims, dans le 17e arrondissement de Paris.

Annoncée en début de semaine, la décision a rapidement viré à la polémique, opposant la maire de Paris à ses alliés écologistes et communistes, ainsi qu'aux associations propalestiniennes.

Pourtant, présentée le 15 avril en commission de dénomination, la proposition n’avait initialement pas posé problème. "Aucune remarque, aucun débat contradictoire", se rappelle Catherine Vieu-Charier, adjointe à la maire de Paris en charge du dossier.

Ce n’est que plus tard, lors de la délibération élaborée en Conseil de Paris, que l’élue communiste, également présidente de la commission d’attribution des noms de rues, de places, d’espaces verts et d’établissements municipaux, a vu naître certaines réticences, principalement en provenance des groupes communiste et écologiste. Frileux à l’idée de baptiser une place de ce nom sans insister davantage sur les conflits qui traversent la ville de Jérusalem – ce que Catherine Vieu-Charier a refusé –, les deux groupes, qui ont depuis demandé à la maire de Paris de renoncer à sa décision, avaient fait le choix de l’abstention.

Fermement opposée à cette attribution, Danielle Simonnet, élue La France insoumise du 20e arrondissement, avait quant à elle proposé que soit ajoutée, sous les mots "Place de Jérusalem", une précision : "Avec le vœu qu’elle devienne la future capitale de deux États". Amendement rejeté. Danielle Simonnet décide donc de voter contre le texte général. "À partir de ce moment, la polémique a commencé", se désole Catherine Vieu-Charier.

"Je suis d’accord avec le fond du problème", explique-t-elle. "Moi, je défends bien évidemment un État palestinien juste et durable, mais cela [la proposition de Danielle Simonnet] ouvrirait la boîte de Pandore et tout serait alors sujet à polémique."

"Ville universelle qui appartient à tous"

Ce n’est pourtant pas la première fois que Jérusalem donne son nom à un endroit de la capitale puisqu’une rue de Jérusalem a existé. Nommée ainsi depuis le Moyen-Âge, l’artère parisienne qui longeait Notre-Dame avait cependant été détruite en 1883 lors des travaux d’agrandissement du palais de justice.

Selon Catherine Vieu-Charier, la réattribution du nom de Jérusalem à une rue de Paris faisait l’objet de plusieurs demandes et était depuis longtemps parmi les projets de la municipalité. "Certains avancent que la demande à l’origine de la décision actuelle viendrait de Joël Mergui [président du Consistoire central israélite de France, NDLR], mais s’il a fait la demande, il l’a faite comme n’importe qui aurait pu la faire."

Si le communiqué de la Ville de Paris souligne "le lien très fort qui existe entre Paris et Jérusalem, dont la vieille ville est inscrite au patrimoine mondial de l'Humanité", l'attribution de ce nom a été présentée, dans un courrier adressé par la maire de Paris à Joël Mergui (qu'il a ensuite partagé dans un tweet), dans des termes différents. Anne Hidalgo y justifie cette décision par la nécessité, "en cette période de recrudescence des actes à caractère raciste et antisémite", de rappeler les liens entre Paris et "la communauté" juive, et de "commémorer l'amitié qui unit la Ville de Paris et l'État d'Israël".

Une lettre à laquelle le président du Consistoire central a répondu, dévoilant que cette décision "fait suite à [sa] proposition exprimée en janvier, lors de la réception du président de la République d'Israël Reuven Rivlin à l'Hôtel de Ville".

Fustigeant le caractère "politique" de cette inauguration, les opposants à la dénomination y voient une faveur accordée aux autorités israéliennes. Via un communiqué, partagé sur son compte Twitter, Danielle Simonnet a dénoncé une "faute politique", évoquant la présence dimanche du maire de Jérusalem, Moshe Leon, "fervent défenseur de l’annexion de Jérusalem-Est et de la politique de colonisation israélienne".

Une invitation que justifie Catherine Vieu-Charier par le "protocole". "Quand on fait ce style d’inauguration, il est normal que le maire de la ville en question soit invité, parce qu’il est concerné", explique-t-elle, précisant que d’autres personnalités ont également été conviées, à l’instar du représentant de la Palestine en France, et de représentants du judaïsme, du christianisme et de l’islam.

"Jérusalem est une ville universelle qui appartient à tous, c’est au-delà de toute polémique", ajoute-t-elle, évoquant "la Jérusalem éternelle", ancrée dans la culture mondiale depuis des siècles. "On ne va pas s’interdire de prononcer le mot de 'Jérusalem' parce qu’il y a un conflit. Il y en a depuis le Moyen-Âge", explique l’élue communiste, rappelant que l’intention n’est pas de polémiquer, mais "de remettre Jérusalem dans Paris".

"Manipulation de la mairie"

À l’initiative du collectif Ni guerres, ni état de guerre, soutenu par le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et de nombreuses organisations, un rassemblement est prévu, place du Maréchal Juin, en marge de l’inauguration de la place. Objectif affiché : protester contre une décision qui "sonne en écho à la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël".

L’attribution du nom de "place de Jérusalem" est "une manipulation de la Mairie de Paris", affirme Adrien, membre du comité d’animation du collectif organisateur. "Elle prétend dépolitiser le débat tout en donnant raison, dans les faits, à une violation du droit international à un moment où les États-Unis participent eux-mêmes à cette violation en déplaçant leur ambassade dans Jérusalem occupée."

Par cet appel à protester, le collectif, qui attend dimanche plusieurs centaines de personnes, dont Danielle Simonnet, entend ainsi "organiser la lutte afin de rappeler que cette décision n’engage ni le peuple français, ni les Parisiens", précise Adrien.

Du côté de la Ville, Catherine Vieu-Charier se dit sereine. "Je sais qu’il y aura des gens qui manifesteront, mais c’est un droit absolu", commente-t-elle. Selon cette dernière, l’événement de dimanche ne doit pas faire l’objet d’amalgames. "On ne peut pas tout mélanger, et cet événement est aussi une façon de réaffirmer la volonté de la maire de Paris qui a toujours été en faveur de deux États dans une paix juste et durable. Ce qu’elle aura d’ailleurs l’occasion de rappeler au moment de l’inauguration du lieu."

Un lieu dont les premières minutes en tant que "place de Jérusalem" s’annoncent chahutées. "Je ne pense pas que les autres villes qui sont présentes dans la cartographie parisienne fassent l’objet depuis 52 ans de résolutions des Nations unies pour crime de guerre", affirme avec détermination le membre du collectif Ni guerres, ni état de guerre. "Évidemment que cette décision est politique."


liiiiiiiaffaire_de_malade

0 Commentaires

Participer à la Discussion

Auteur Commentaire : Poster mon commentaire

Repondre á un commentaire

Auteur Commentaire : Poster ma reponse

ON EN PARLE

Banner 01

Seneweb Radio

  • RFM Radio
    Ecoutez le meilleur de la radio
  • SUD FM
    Ecoutez le meilleur de la radio
  • Zik-FM
    Ecoutez le meilleur de la radio

LES PLUS LUS

Newsletter Subscribe

Get the Latest Posts & Articles in Your Email