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Claver N'Dry, avocat de Blé Goudé : l'accusation « n'a pas respecté l’honorable Cour »

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Claver N'Dry, avocat de Blé Goudé : l'accusation « n'a pas respecté l’honorable Cour »

Dans cet entretien avec Ivoire Justice, Claver N’Dry, l’un des avocats de Charles Blé Goudé devant les juges de la Cour pénale internationale, revient sur l'audience de confirmation des charges de son client.

Il parle également de la vie de Blé Goudé à La Haye, de son avenir, et du travail d'avocat en tant que tel. Certaines questions posées sont celles de followers de notre page Facebook.

Propos recueillis par Maxence Peniguet et Gaïus Kowene

Ivoire Justice : Comment Charles Blé Goudé vit-il sa vie en prison ? Est-ce qu’il mange à sa faim ?

Claver N'Dry : Il se porte très bien. Il y a une différence très nette, il a voulu souligner cela, entre sa présente détention et la situation qu’il vivait en Côte d’Ivoire. Ici, il a la possibilité de rencontrer les membres de sa famille, de rencontrer ses conseils, ses amis, et c’est déjà sur le plan psychologique une très, très très bonne chose.

Sa situation présente, ici, à la Cour pénale internationale, est une bonne situation. La situation, je dirais, ordinaire, qu’un détenu doit avoir dans un État qui se veut respectueux des droits de l’homme.

IJ : Savez-vous ce qu’il compte faire si les charges ne sont pas confirmées, s’il sort de prison ?

CND : Monsieur Charles Blé Goudé a toujours voulu faire de la politique, depuis sa tendre enfance. Et il a un projet pour la société ivoirienne, qu’il compte pouvoir appliquer, un jour ou l’autre.

Sans nul doute qu’il voudra rentrer dans son pays, la Côte d’Ivoire, un pays qu’il aime, afin de pouvoir apporter sa contribution pour la paix dans ce pays.

IJ : Pense-t-il à 2015...

CND : 2015, c’est demain. Nous, nous pensons que monsieur Charles Blé Goudé a toujours dit qu’il a pour lui, en fait, le temps, le temps qui n’est pas le temps de la montre.

Je pense qu’il n’est pas pressé, pas du tout. 2015, pour être très juste, n’est pas dans ses prévisions.

IJ : S’il rentre en Côte d’Ivoire, comment pensez-vous que l’État l’accueillera ?

CND : Notre souhait serait que l’État de Côte d’Ivoire, les autorités, puissent l’accueillir comme un citoyen. Vous voyez, il est très important que nous essayions de revoir la politique. La politique n’est pas une relation conflictuelle entre l’opposant et celui qui est au pouvoir.

Il y a la France qui nous donne une bonne leçon en ce qui concerne les partis au pouvoir et l’opposition. Il ne faudrait pas qu’on essaye de toujours voir, en fait, l’opposant comme celui qu’il faille brimer et éliminer. L’opposition participe à ce que, ceux qui sont au pouvoir puissent améliorer leur façon de gérer un pays.

Notre souhait, c’est que cela soit désormais inscrit dans la conception de la politique en Afrique. Nous pensons que si monsieur Charles Blé Goudé est libéré, et qu’il rentre en Côte d’Ivoire, qu’il soit purement et simplement accueilli comme un citoyen ordinaire qui a aussi la possibilité d’exprimer ses opinions dans le style des respects et des lois nationales.

IJ : Parlons maintenant de la Cour pénale internationale. De quoi est accusé Charles Blé Goudé ?

CND : Monsieur Charles Blé Goudé est poursuivi pour des crimes contre l’humanité. Il est poursuivi en tant que co-auteur. Nous avons vu l’accusation utiliser tous les points de l’article 25 [du statut de Rome, texte qui gère le fonctionnement de la CPI, NDLR] qui donne tous les modes de la responsabilité pénale et individuelle.

 

À lire aussi --> Blé Goudé : 184 meurtres, 5 incidents, 2 425 éléments de preuve, 468 victimes

 

IJ : Que pensez-vous des preuves présentées par l’accusation ?

CND : Nous avons tous vu. Nous avons vu le procès [en fait, ce n’était pas un procès, mais une audience de confirmation des charges, NDLR], c’était un procès public, retransmis, l’accusation a exposé tout simplement des vidéos, des vidéos et des photos que tout le monde a vues.

Nous avons vu des vidéos présentant monsieur Charles Blé Goudé avec une foule nombreuse, pour dire quoi ? Mais pour prendre position par rapport à certaines questions d’ordres politiques qui s’étaient posées dans son pays.

Est-ce que cela est suffisant pour pourvoir dire que monsieur Charles Blé Goudé appartenait en fait à une entreprise criminelle qui a endeuillé la Côte d’Ivoire ? C’est toute la question.

Nous sommes allés dans des explications à n’en point finir, au point même de nous présenter une casquette noire*, c’est le procès de la casquette noire, en train aussi de nous présenter des pièces montrant que monsieur Charles Blé Goudé était à l’Université de Manchester.

C’est tout simplement ridicule et c’est des choses qui décrédibilisent entièrement cette Cour pénale internationale. Quand je parle de ne plus rendre crédible la Cour pénale internationale, je veux parler de l’accusation, qui, pour moi, n’a pas respecté l’honorable Cour.

[*Pour l’accusation, comme expliqué pendant l’audience de confirmation des charges, le port d’une casquette noire par Charles Blé Goudé durant certains événements constituait un code bien connu des jeunes sous son influence, NDLR]

IJ : On a parlé de vidéos, de photos, de la casquette noire, mais pendant l’audience de confirmation des charges, il était aussi question de témoignages. Que pensez-vous de ces témoignages ?

CND : Je ne voudrais pas, pour l’instant, étant entendu que ces points sont purement confidentiels, rentrer dans ces détails.

Mais nous avons dit que si l’accusation avait des éléments convaincants, l’accusation les aurait montrés.

L’accusation n’a aucun élément prouvant que monsieur Charles Blé Goudé était un chef milicien, que monsieur Charles Blé Goudé avait ordonné, avait facilité ou avait sollicité la commission de ces infractions.

Nous sommes dans un débat technique, et ici, il aurait fallu que l’accusation nous donne des éléments montrant que monsieur Charles Blé Goudé, soit a été auteur de ces crimes, ou qu’il a aidé à la commission de ces crimes en connaissance de cause. Or, cela n’a pas été prouvé.

IJ : Charles Blé Goudé et sa défense ont-ils commis une erreur pendant la procédure ?

CND : Sur la procédure, nous sommes venus, nous avons été transférés. Nous avons été transférés, nous avons fait l’audience de première comparution [le 27 mars 2014, NDLR]. Après l’audience de première comparution, nous sommes venus maintenant ici pour faire donc l’audience de confirmation des charges.

L’audience de confirmation des charges a duré quatre jours, monsieur Charles Blé Goudé n’a pas parlé durant ces quatre jours, sauf le dernier jour, le jeudi, c’est là qu’il a fait sa prise de parole, comme cela est prévu par les textes. Le suspect parlant toujours en dernier, il a parlé, et pour moi, je n’ai pas perçu une seule fois qu’il ait fait une erreur. Il a dit ce qu’il avait sur le cœur. Il a dit ce qu’il ressentait depuis ces quatre jours où il a passé tout son temps à assister à une accusation complètement remontée contre lui, au point de faire penser que cette accusation avait plus un problème de personne que la défense de certains faits qui se sont déroulés en Côte d’Ivoire.

IJ : Cette intervention de Charles Blé Goudé a-t-elle pu desservir la défense ?

CND : Je ne le pense pas du tout. Il s’est exprimé, il n’a injurié personne. Il a dit sa part de vérité dans la crise qui a secoué son pays. Et il se posait la question de savoir, oui, c’est vrai, j’ai pris des positions, j’ai dit certaines choses, j’ai dit certaines vérités, mais jamais je n’ai appelé qui que ce soit à tuer qui que ce soit.
Il est même allé plus loin, pour défier l’accusation, je ne vous demande pas deux vidéos. Je vous demande une seule vidéo, une seule. Même si cette vidéo devait durer quelques secondes. Mais je ne vous demande pas deux, je vous demande une seule vidéo, où moi, Charles Blé Goudé, j’ai appelé qui que ce soit à s’attaquer à un autre homme. L’accusation a été incapable de pouvoir nous montrer cela.

IJ : Vous étiez dans la salle d’audience après le discours de Charles Blé Goudé et avez pu observer la réaction de chacun. Quels en ont été les effets sur les juges, sur le bureau du procureur ?

CND : Je n’ai pas approché le bureau du procureur, ni, encore moins, les juges. Je pense que chacun a son travail à faire, une fois que nous avons fini, nous les membres de l’équipe de défense, nous nous sommes rencontrés, pour pouvoir faire le point. Je pense que ça a été certainement la même chose pour chaque équipe.

IJ : En cas de procès, aurez-vous la possibilité de faire comparaître tous les acteurs de la crise, par exemple les anciens rebelles ?

CND : Je ne sais pas. Si la Cour estime que, pour des questions de clarification à leur niveau, ils devaient comparaître, c’est libre à la Cour de décider. Quant à nous, l’issue de ce procès est très loin de nous, pour l’instant, dans nos perspectives. Parce que, comme je l’ai dit, l’accusation, ne serait-ce que pour la confirmation des charges, ne nous a rien montré.

IJ : Pourquoi avoir insisté sur le fait que vous vouliez déposer des observations écrites après l'audience de confirmation des charges ?

CND : Nous sommes la défense. Nous voulons utiliser toutes les possibilités afin donc d’une défense normale, une défense sans faille. Nous avons voulu, à l’issue de tout ce qui est prestations orales, de tout ce qui a été donc « débats », fixer cela sur des supports qui allaient accompagner les juges lors de leur délibération. C’est dans ce souci que nous avons souhaité déposer des soumissions écrites afin qu’il y ait une matérialisation. Vous savez, la parole s’envole, les écrits restent. C’est très important, que les juges dans la salle des délibérations rentrent avec les écrits de la défense.

IJ : Pendant l’audience, vous avez-dit de Paolina Massidda, la représentante légale des victimes, qu’elle était de bonne foi mais qu’elle était influencée. Qu’est-ce que cela voulait dire ?

CND : Madame Massidda ne connaît pas la Côte d’Ivoire. Toutes ses positions, en ce qui concerne les victimes, tout cela dépend des informations qu’on lui donne. C’est pourquoi je dis qu’elle n’était pas en faute, étant entendu qu’elle a été induite en erreur.

Je le disais par rapport à monsieur Épiphane Zoro-Bi, qui était là, qui est un Ivoirien bien connu, un magistrat bien connu, qui appartient en fait au parti de monsieur Alassane Dramane Ouattara, et qui est une personne ressource auprès de madame Massidda. Il va de soi que cette personne ressource puisse induire madame Massidda en erreur par rapport à son appartenance politique qui fait que, par voie de déduction, il y a de fortes possibilités qu’il ne soit pas le plus objectif possible.

 

À lire et à voir aussi --> Affaire Gbagbo : notre entretien avec Paolina Massidda, représentante légale des victimes
 

IJ : Fatou Bensouda, la procureure, a dit que la justice serait rendue de tous les côtés en Côte d’Ivoire. Qu’est-ce que vous en pensez ?

CND : Lorsque l’on pense quelque chose, cela ne peut pas se dire deux ans avant, ou trois ans avant. Et trois ans après, venir redire la même chose.

Ce discours n’a presque pas changé du tout, c’est le même discours qui a été tenu lors de l’audience du président Laurent Gbagbo. Exactement le même discours, mot pour mot, sauf seulement que les noms des suspects avaient changé. Et d’ailleurs, le passage de la langue française à la langue anglaise, exactement les mêmes choses que dans le procès Laurent Gbagbo.

Comme si, en fait, il s’agissait d’une leçon qu’on venait réciter et ça, c’est déplorable. Je ne crois pas du tout aux affirmations de madame le procureur Fatou Bensouda, je ne crois pas du tout à cela.

 

À voir aussi --> Fatou Bensouda : « Nous n'avons pas arrêté nos investigations en Côte d'Ivoire »

 

IJ : Dernière question, sur votre profession. N’est-ce pas difficile de défendre une personne accusée de crimes contre l’humanité ? Qu’est-ce que cela fait lorsqu’un client est condamné ?

CND : Lorsque nous sommes avocats, nous avons le droit de défendre tous ceux qui se présentent devant la justice. Et d’ailleurs, lorsque quelqu’un se présente devant la justice, ce ministère est tellement important, que lorsque cette personne n’a pas la possibilité de pouvoir payer un avocat, la société a le devoir de lui donner un avocat. C’est tout dire en ce qui concerne, donc, le ministère de l’avocat.

Maintenant, l’avocat, c’est une profession qui a un fort côté humaniste. C’est-à-dire que dans le procès, vous arrivez à tisser une relation personnelle avec le client. Et c’est tout heureux que nous sommes, lorsque le client arrive donc à se tirer d’affaire. Mais c’est aussi la déception de l’avocat lorsque le client est condamné.

Mais en ce qui concerne monsieur Charles Blé Goudé, pour être plus précis, dans son cas, nous ne pensons pas que la Cour puisse confirmer les charges.





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