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AUDIENCES, O DESESPOIR ! Le territoire opaque d’un amour « filial »

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AUDIENCES, O DESESPOIR ! Le territoire opaque d’un amour « filial »

Elle est bien jeune cette nouvelle année et, pourtant, elle s’en colle déjà gros sur les épaules, si l’on en juge par tout le vacarme qui a suivi l’audience accordée par Maître à son fils Idy, à la demande de ce dernier, comme l’ont précisé urbi et orbi les services présidentiels. C’est une énième audience. En effet, depuis 2004, l’année de la disgrâce du fils, ce n’est pas la première fois que lui et son « (pé)père » qui l’avait fait mettre en prison entre temps, se rencontrent.

Dans l’ambiance pourrie de leurs relations « le père et le fils » évoluent, la première audience était, croyait-on, une exception. La deuxième audience fut une curiosité. Avec la troisième, on frôle l’épidémie ! Leurs relations, depuis l’avènement de l’Alternance est une succession de lune de miel puis de fiel, de retrouvailles, d’unions et de ruptures, de rabibochages et de petits meurtres. Et le mois de janvier balbutie les annonces, les retraits, les bluffs et les résolutions.

Le marécage de la grande famille, des parents et alliés s’anime un peu plus. Le peuple lui semble fondé à dire d’eux, tel ce personnage de Shakespeare : « En les écoutant, je buvais du poison ». C’est dans la pièce de théâtre : « Beaucoup de bruit pour rien ». En effet, il y a dans les intrigues Maître et son fils, quelque chose de théâtral. Souvenez-vous de la mise au point de Maître au Palais de la République, à une délégation de Rewmi, venue rencontrer Abdoulaye Wade dans sa résidence et qu’elle a reçue comme un coup de poing : « Personne ne peut dire ce qu’il y a entre Idrissa et moi. Si ce n’est lui ou moi. Personne d’autre ». En son temps, certains en voulant rester aimables, ont parlé de clan. D’autres ont crié au gang évoluant la démo(crass)ie d’une Ripoublique, en rappelant tous les autres scandales camouflés, balayés sous le tapis, étouffés dans l’oeuf, qui nous passent sous le nez sans que les détails soient jamais connus.

Leur répertoire oscille entre la tragédie grecque et Ubu roi, entre Shakespeare et Labiche, cet académicien français du 19ème siècle, qui a écrit entre autres pièces de théâtre : « un jeune homme pressé » et « le plus heureux des trois »…fils ? Et comme au théâtre on croise sur les planches quelques Brutus, des figurants égarés à l’annonce des rencontres Père et Fils et la petite histoire en a fait de piètres acteurs. Cette énième rencontre Wade-Idy a peut-être été supportable pour les sourds et les malentendants. Mais pour beaucoup, le vacarme orchestré a atteint un degré de décibels inégalé. .

Idrissa Seck, après un mutisme d’une année est donc revenu chez son « père », avec, encore et toujours, sa panoplie complète de mines et de tics qui ponctuent ses paroles, les versant tantôt dans l’évidence, tantôt dans l’ironie, tantôt dans l’enflure, rappelant à ses « frères » qu’il a frôlé le Graal paternel. Il revient dans sa famille naturelle, mais défaillante qu’il ambitionne de reconstituer à son profit.

Le « père et le « fils », pris dans le piège de « sentiments paternel et filial » à force de concubinage et de compromis, ont perdu, leur identité. Maître, Président de la République et Secrétaire national du Pds et Idrissa Seck, ancien Directeur de Cabinet, ancien Premier ministre, ont fini par former un tandem de vieux acteurs professionnels qui ne sont mus que par le maintien au pouvoir pour l’un et à sa conquête pour l’autre, plutôt qu’au futur de la Nation. Les audiences, officielles ou secrètes, leurs face-à-face, malgré la dissimulation publique de leurs sentiments respectifs, ont fabriqué une méfiance sournoise qui les aveugle l’un et l’autre. Ils se sont enfermés dans une lutte à mort, en partie personnelle, en partie politique et au plus haut point pernicieuse. Leur « après-audiences » se réduisent toujours à une bataille d’egos, à une guerre psychologique, dans laquelle ils oublient le Sénégal et les Sénégalais qui hurlent leurs doléances. Ils ne parlent au peuple sénégalais, que pour faire du marketing sur des cibles électorales. C’est donc dire du sentiment qu’ils ont pour le pays. Rien de neuf ou d’original susceptible de mettre notre pays en ordre de marche pour retrouver cet esprit de changement qui a tant et tant fasciné le monde. Nous fascinons aujourd’hui. Mais pour le pire.

Derrière ces audiences et conférences-spectacles, aucune solution pour atténuer au moins les souffrances et les inquiétudes des citoyens : précarité sinon pauvreté, éducation, hôpitaux, dans un Etat qui n’exerce pas d’influence modératrice. Le gouvernement qui devait être un moteur est passé à un gouvernement remorque et illisible. Il suit. Le Parlement s’incline, les médias médusés répercutent.

Si par miracle, le père, le fils et la sainte famille évoquent « leur » maison Sénégal, on les (re)découvrent de plus en plus déconnectés des Sénégalais, continuent à faire du replâtrage et à peindre les lambris, alors que la structure, elle, s’affaisse. La scène qu’ils nous livrent, nous fait disposer en live et en continu, un véritable spectacle de comédie. La quincaillerie programmatique de listes communes était rouillée. Elle sentait trop la camelote de supermarché d’élections locales. Ce qui a déclenché la guerre de mouvements. Toute l’agitation a pour base ce reproche fait au Père : « voilà tant d’années que nous te servons et tu ne nous donne qu’une chèvre pour festoyer avec nos amis. Et quand ton fils « maudit » revient, tu fais tuer pour lui, un bœuf ».

Les « petits » candidats veulent se faire connaître, les « gros », trop connus cherchent à paraître différents et neufs pour faire croire qu’ils ont changé en profondeur, qu’ils ont accompli cette indispensable transfiguration. Attention, rien ne ressemble plus à un mutant qu’un menteur. Il ne reste alors que les mots et les sourires dans lesquels ne brille plus que l’éclat des poignards.

Tuer le père n’est jamais facile. Le fils est donc revenu à la maison « à sa demande ». Le « bébé Idy », jeté avec l’eau du bain alors qu’il était présenté, en son temps comme l’avenir et incarnait une certaine relève sur qui le père comptait. Il devait être ce bâton de vieillesse pour que sa Majesté le Père puisse claudiquer en toute sérénité jusqu’en 2012, et au-delà jusqu’à l’éternité. Il croyait son retour messianique et œcuménique. Au contraire, les retrouvailles ont rompu la trêve des camps qui s’attaquent dans des termes à peine voilés, chacun relevant les défauts, les manques et « s’inquiétant des insuffisances » du camp d’en face. Dans ce grand théâtre on prend les mêmes acteurs qui déclament leurs répliques dans le délire d’un langage de charretier et on recommence.

Quelle est la différence entre un train et ces acteurs-là ? Eh ben quand le train déraille, il s’arrête



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