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DAKAR, PIKINE, SAINT-LOUIS, KAOLACK… : Pourquoi les grandes villes ont dit NON à Wade

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DAKAR, PIKINE, SAINT-LOUIS, KAOLACK… : Pourquoi les grandes villes ont dit NON à Wade

Saint-Louis, Podor, Kaolack, Pikine et encore Dakar… La liste est bien longue de villes qui ont décidé de tourner la page du Sopi pour un moment. Histoire de changer de cap, d’air, d’hommes ou de femmes à leur tête pour trouver d’autres sources d’inspiration. Décidément, comme l’air du temps, la mode n’est plus au Sopi. Le slogan a pâli, honni par les enfants du Sopi eux-mêmes qui l’ont porté pendant une génération à bout de bras. Il a aussi pâti par manque d’inspiration, parce que mal nourri par une pensée nouvelle et plus adaptée au contexte, depuis la victoire de Wade à la présidentielle du 19 mars 2000.La victoire inspire peu le Président Wade, serait-on tenté de dire ; car depuis l’avènement du régime dit libéral, l’impression est qu’une certaine forme de paresse et de mépris a gagné ces naguère va-t-en-guerre, qui se nourrissaient de l’espoir de vivre un jour comme les riches anciens barons du parti socialiste. Le ventre et les poches pleins, Wade et ce qui est resté de sa coalition, ont définitivement arrêté de réfléchir pour les Sénégalais. Pensant pour le minimalisme intellectuel. Ne réfléchissant qu’aux aliments maigres peu bourrés de vitamine intellectuelle qui tue les grands partis, quand l’idéologue devient un « nègre » de service qui se sert désormais à la source d’un maître qui, lui, ne pense plus que pour les projets et l’argent. C’est un mal africain…

On ne cherche plus les choses compliquées, parce qu’on a vaincu, le principal mal d’Afrique : la pauvreté et les attentes difficiles de fin de mois. On vit, même si on ne réfléchit plus. Résultat, l’effort n’inspire plus. Et tous à la table du maître répète ses mots, ses erreurs. Histoire de constance. Ainsi, au Pds, le psychanalyste vous dira : la pensée désormais nuit. Il faut suivre. Facile donc de comprendre comment donc de la Coalition alternance 2000, on est passé sans respirer à la Coalition alternance 2007 et encore à la Coalition alternance 2009. Mais, que veulent dire toutes ces histoires de coalitions au sein desquelles quand le Parti démocratique sénégalais aux côtés des anciens alliés du Parti socialiste, a porté en lui seul, tous les pouvoirs.

Un parti où chacun, en manque de chef d’orchestre, joue sa partition, comme il le veut. Entre le fils, les neveux, les probables vrais ou faux héritiers, le Pds n’a jamais été un parti ouvert à des coalitions. En panne d’inspiration, de fausses coalitions en faux regroupements, le Pds a administré au Sénégalais, la preuve que seul le fait d’accéder au pouvoir en Afrique est important. Une fois investi, les chefs et leurs « esclaves » ne pensent que pour eux-mêmes, donc ne pensent plus. Voilà pour les faits et les causes d’un certain mépris des Sénégalais.

Pour dire simplement, que pris sous plusieurs angles, la défaite de la coalition présidentielle dans nombre de villes, pourrait être résumé sous ce seul prisme. Mais encore, il en existe bien d’autres.

Alors pourquoi les villes sénégalaises, à commencer par Dakar, ont décidé de dire NON, au président Wade ? Un homme qui n’a pas hésité à s’investir lui-même dans la campagne malgré la poussière, le froid, la distance, et le poids de l’âge. Sans doute, pour plusieurs raisons. La première parmi ces raisons connexes, est dans la manière dont certaines villes ont été administrées par leur maire. Nous sommes dans la gouvernance urbaine. Souvent pris par leur fonction ministérielle, à l’Assemblée nationale ou au Sénat, les ministres maires comme Ousmane Masseck Ndiaye, président du Sénat comme Pape Diop, ne peuvent que difficilement s’enorgueillir d’un quelconque bilan.

Saint-Louis

La mer à boire

Pour Saint-Louis, le président de l’association des élus locaux, n’a pas été épargné par deux faits graves : le vieillissement du Pont Faidherbe, l’ouverture de la brèche sur l’embouchure du fleuve Sénégal qui ont, chacun, été mal pris dans leur dimension géographique et culturelle pour la vieille ville. Les partisans de Cheikh Bamba Dièye et d’Alioune Badara Cissé, ont beaucoup attiré l’attention autour de ces questions. Impuissant, le maire n’avait pas grand-chose à dire sur Saint-Louis et sur les saint-louisiens. L’inspiration et le discours ne collaient plus à la réalité du moment. Les populations en avaient marre et l’ont fait savoir.

Kaolack

Le refus d’avenir

Pour une ville comme Kaolack, aucun nouveau plan n’est venu s’ajouter aux anciens tracés urbains du temps de Diène Bacar Guèye. Kaolack, même doté d’un des meilleurs plans d’urbanisme connus au Sénégal donne les allures d’une ville sans avenir. Et, avec toute la volonté de l’ancien ministre Salif Ba, de la sortir de sa torpeur, avec le projet « Cœur de Kaolack », il semble que le mal qui ronge les Kaolackois ne se résoudra pas avec le Sopi. Il faudra une forme d’inspiration urbaine.

Un nouveau plan de relance de la cité qui permet de sauver les quartiers flottants de Ndangane et de Sibassor établis sur les tans et les vasières. Résultat, une des villes les plus prospères du Sénégal est passée en quelques années dans une situation peu enviable de ville la plus pauvre à côté de Fatick, Kolda et Matam. Quel bilan pouvait tirer dans ces conditions, le maire sortant Ahmed Khalifa Niasse ? Aucun.

Pikine

Eternelle cité dortoir

Aménagée par le régime colonial en 1952, comme cité dortoir chargé d’accueillir à côté de la Médina, les ouvriers et tout le prolétariat urbain, la petite cité de Pikine a bouffé tous les maires qui ont essayé d’assurer son administration depuis qu’elle a été érigée en commune de plein exercice. Aujourd’hui, elle est devenue un monstre à côté de Dakar.Kabirou Mbodji, Demba Seck, hier Daour Niang Ndiaye, aucun parmi ces dirigeants fussent-ils socialistes ou du Sopi, n’a compris que la gestion de cette grande cité passait par des mesures énergiques visant à son orientation en direction d’une ville du monde. Une ville construire autour d’un centre d’affaires, apte à recevoir de grandes administrations, des industries et des services. Non ! Pikine se résume encore à un grand bazar à l’intérieur duquel deux types de marchés se distinguent : celui de la friperie dans la rue et son fameux marché Zinc. Zinc, donc flottant parce que bâti avec des matériaux de récupération. Qui a dit que le nouveau millénaire a déjà commencé. A Pikine, ils sont encore au 19 ème siècle.

Dakar

La faillite du dialogue citoyen

Une ville d’affaires, de business. Voilà ce que Pape Diop, élu maire de la capitale, voulait faire de Dakar. Le symbole de cette vision qu’il a eu du mal à mettre en forme aura été nul doute le projet anonyme et passé inaperçu du marché « Les Quatre C ».

Enfouies dans le projet immense et sans inspiration de mobilité urbaine, les réalisations du maire ont pâti de la forte implication de l’Etat, surtout à travers son Agence nationale de l’organisation de la conférence islamique (Anoci). Or, tous les projets d’une ville, pourraient-ils ne se résumer qu’autour de ses quelques réalisations d’infrastructures, fussent-elles, d’intérêt public ? Tout le malaise entretenu par les Dakarois, en dépit d’une certaine satisfaction de voir les embouteillages se réduire, est aussi né de cette manière étriquée de voir le développement urbain.

Un processus qui a eu comme conséquence de réduire le discours urbain à un simple effort de planification par le béton. Ce qui a eu comme autre résultat, de réduire la place des citoyens, à une simple position de contemplation ou de dénonciation des projets de ville. Cela aussi, le maire et ses amis ne l’ont jamais compris.

A la vérité, le maire Pape Diop n’a jamais manqué de volonté de faire de Dakar, une métropole émergente. Il en avait l’envie et l’ambition. Cette défaite lui fera mal tout le restant de sa vie. Sûr, parce que l’homme qui a dépensé à tour de bras son argent ne s’attendait guère à cette réaction de dépit des Dakarois. Mais, sans concertation avec les populations, (le maire a peu partagé ses projets avec les populations), il a pêché par isolement.

Solitude. Cette manière de faire lui a ressemblé tout au long de ces six années de mandat. Autre chose qu’on pourrait lui reprocher est sans doute dans sa volonté à vouloir se représenter alors qu’il aurait dû simplement se consacrer au Sénat, en proposant au parti, de faire confiance, au maire du Plateau Mohamed Fadel Gaye pour Dakar. L’homme semble avoir le profil de la fonction et aurait peut-être mieux contenu les ambitions illégitimes de certaines têtes contestées du parti au pouvoir.

Aujourd’hui, le résultat est là. Wade a encore bouffé par ses envies sans fondement, sa manière de voir, ses amitiés, une ambition légitime d’un homme qui ne devait se consacrer qu’à une seule mission, au lieu de mille et une choses à faire dans le désordre au nom de la fidélité. Pape Diop a payé ce prix de la fidélité à Wade. Quel est aujourd’hui son avenir dans un autre attelage ?

Gouvernance urbaine

Le Sénégal oublié

Dans le rapport qu’il a publié au cours du dernier Forum Urbain mondial (Fum IV), l’Organisation des Nations Unies pour l’habitat et les établissements humains (Onu-Habitat), a publié un gigantesque rapport sur l’état des villes en Afrique. Entre la mauvaise gouvernance au sommet, le manque de démocratie dans les espaces municipaux, le problème de l’accès aux services comme l’eau, l’électricité, l’assainissement, la terre etc. tous les véritables problèmes qui minent le développement urbain ont été passés au crible. Cela, avec des propositions nettes et précises. Quel maire nouveau comme ancien a lu ce rapport ?Ils sont rares, en dehors de Madame Ngoné Ndoye, maire sortant de la commune d’arrondissement de Rufisque-Est, à avoir même vu le document.

Minée par la question foncière et son coût prohibitif, Dakar a aussi fait oublier au régime de Wade, qu’il existait d’autres villes au Sénégal. Même si les mêmes remèdes tentés pour la capitale ne pouvaient pas être tous tentés ailleurs, à Mbour, Kaolack et Saint-Louis, il faut regretter que rien n’a été fait dans les villes de l’intérieur. Tant pour celles qui sont situées le long du littoral que pour celles de l’intérieur.

Ainsi, ces villes comme qui n’ont pas vu venir depuis presque 40 années, des investissements conséquents, propices à leur développement, ont fini de tourner le dos à toute forme d’avenir. En s’érigeant comme le maire de toutes les villes détenues par son parti, le président de la République a tué tous les projets urbains qui devraient être en cours de réflexion à Saint-Louis, Kaolack, Dakar etc.

Le Foncier bradé comme jamais

Sous ce mandat pour le moins bizarre dans ses formes et méthodes de gestion, le foncier urbain a beaucoup été bradé au profit des moins jeunes, des spéculateurs en tout genre, de gens peu imbus de la question de l’unité nationale. Résultat, nombre d’espaces verts ont été rayés de la carte, pour des projets immobiliers. Des milliers d’hectares, consacrés à des hôpitaux, des collèges, lycées et aires de jeu, ont aussi disparu de la carte de la grande région du Cap vert.

Dans le même temps, après la démolition du stade Assane Diouf, nombre d’aires de jeu, comme dans le quartier résidentiel des Maristes, ont été investies. Il y a quelques semaines, avant les élections, des gens venus de nulle part, sous la surveillance des forces de l’ordre, ont pris le seul terrain de foot dont disposaient les jeunes de Hann Maristes I et II. Le maire sur la question, malgré les injonctions des parents et de l’association des résidents du quartier des Maristes, n’a même daigné faire le déplacement.

Aujourd’hui, c’est sur un réduit que jouent les enfants. La liste ne finit pas de ces mauvaises pratiques qui ont été la norme pendant ces 10 années ou presque du mandat de Wade et ses amis maires. Cela ne pouvait pas continuer. Parce que parmi les frustrés, il y avait aussi des enfants, cousins et amis de ministres. Tous disaient leur indignation.

La révolution urbaine en marche

Aujourd’hui, au moment où démarre un nouveau quinquennat pour tous ceux qui ont été élus, (libéraux comme pour les différentes coalitions), le défi est là. Il s’agit à l’arrivée de défendre un bilan positif. Il sera question à la fin des mandats de rendre aussi compte au plan comptable et financier, pour instaurer un véritable système de gouvernance dans les régions, mairies et conseils ruraux. C’est le temps de la révolution.

Pour ne l’avoir pas compris, le président Wade a poussé ses hommes et femmes pour l’essentiel vers une porte de sortie peu honorable. Et le comble est sans doute dans cet entêtement à refuser le verdict intelligent du peuple sénégalais en se révoltant pour certains contre « les tendances très lourdes », pour paraphraser, Khalifa Ababacar Sall, de la coalition Benno Siggil Sénégal, qui ont continué à se dessiner bien des heures après le scrutin.

Ce n’est pas digne du Sénégal, ce n’est pas aussi, un signe de respect pour soi-même quand on appartient à un parti qui parle de démocratie comme un de ses fondements. Et pour cela, la « sagesse » de personnes comme le ministre Souleymane Ndéné Ndiaye, fait plaisir à voir quand il a dit hier mercredi dans les colonnes du quotidien L’AS, « Nous devons assumer l’échec et non couper des têtes… »



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