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Vendredi 01 Juin, 2018 +33
Politique

ÉDITORIAL : La plus belle des victoires (par Mamadou Sèye)

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ÉDITORIAL : La plus belle des victoires (par Mamadou Sèye)

Nous voici au seuil d’une nouvelle année sur le navire Sénégal. Cet An 49 est la saison des maturités fleuries au cœur des aridités. Un homme, à cette séquence de son existence, serait debout au seuil du bel âge, après avoir vaincu les périls des hivernages tendres et entrevoyant, avec confiance et sérénité, le temps des bénéfices de l’expérience. En cette saison de moissons, il peut jouir de l’œuvre durement édifiée. La démocratie sénégalaise se reconnaît dans ces deux métaphores de la navigation et de la vie. Elle est une mer qui gronde, par houles et par intermittences, du gros temps de la défaite de nos volontés individuelles et collectives. Elu au suffrage universel donc dépositaire de la volonté populaire, le président de la République est le capitaine qui a la lourde responsabilité de mener l’embarcation à bon port. Sa main ne tremble pas depuis neuf années qu’il choisit les membres de son équipage, les renforce, les change et les recadre au besoin. Il assume leurs forces et leurs faiblesses, mais se refuse à porter la responsabilité de l’inaction. Il ne cautionne aucun coup de barre pour esquiver le sens du devoir. Le recadrage annoncé au sein de l’appareil d’Etat, avec une plus grande place réservée aux femmes, fait partie de ses engagements que ne trahissent pas les vicissitudes de la vie politique. Car la question est républicaine ! La politique n’est qu’un canal pour arriver à cette mer de délicatesses qu’est la gestion des affaires nationales. Juste un moyen, pas une fin. La charge sacerdotale incline le locataire du Palais de l’Avenue Léopold Sédar Senghor à rester à l’écoute des vents approbateurs comme des élans désapprobateurs. Il a lancé la mode des brassards rouges et célèbre aussi bien le mécontentement que les transports de joie avec tous les Sénégalais se trouvant sur son passage. Il défie la peur jusque dans les carrés jamais foulés par un chef d’Etat. Ce n’est pas une science acquise à l’épreuve de l’exercice du pouvoir ; il s’agit, au contraire, d’une sublimation naturelle des vertus du dialogue jusque dans la tempête des désaccords.

Il est émouvant, ce jugement du chef de l’Etat parlant des « revendications saines » de la jeunesse, lesquelles, selon lui, « portent le rêve et l’ambition de chaque jeune d’être utile à lui-même, à sa famille, à sa communauté et à sa Nation ».

Cela est sûr : le gros temps, fruit d’une lecture passionnée des adversités politiques, ne peut avoir raison de la posture républicaine.

Celle-ci fédère, réconcilie, réconforte et rassure. Le capitaine ne peut ignorer le comportement de sa famille politique au cours des dernières élections locales.

Les « Bleus » ont navigué sur le navire battant pavillon « Coalition Sopi ». Ils ont perdu des villes importantes au profit d’un autre navire battant pavillon « Benno Siggil Sénégal ».

La particularité des consultations locales consacre l’émiettement de l’électorat et son cantonnement dans des collectivités fonctionnant parfois avec des réflexes affectifs comme dans des quartiers.

Toutefois, sociologiquement, les idées de la marque « libéralisme social », déclinaison très humaniste de ce mode de gouvernance, sont majoritaires.

Malgré la crise qui a plombé les efforts des pouvoirs publics. Malgré le rejet de certains responsables investis dans leur localité. Malgré les nombreuses listes sorties des flancs du Parti démocratiques sénégalais (Pds, au pouvoir).

Malgré l’invitation faite au monde rural à se rebeller contre le pouvoir en place à grands renforts de négation des résultats tangibles de l’An I (seulement !) de la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana).

La place des campagnes dans la conquête, par les Libéraux, de onze régions sur quatorze, est à considérer. Des élections nationales auraient largement enregistré la victoire du Pds et de ses alliés.

A écouter les exégèses, on se rend compte qu’il y a tromperie sur l’argumentaire. Nul ne peut appliquer à une présidentielle les règles de consultations locales. Le caractère inadéquat et inadapté de l’instrument d’analyse fausse les résultats, si l’on se limite à une démarche rigoureusement scientifique et si l’on se garde de s’engluer la bonne foi dans des surenchères politiciennes.

Des investitures à la configuration des résultats, le capitaine a sans doute procédé aux analyses utiles. Il lui appartiendra de donner des réponses politiques et républicaines.

Le ton de son message va dans ce sens. Passé le moment de la confrontation électorale, le devoir d’homme d’Etat voit le citoyen là où les crispations politiciennes magnifient le militant.

Il a félicité l’opposition sortie victorieuse des consultations dans des villes importantes comme Dakar, Pikine, Saint-Louis, Podor... Certains font la fine bouche. Qu’auraient dit ceux-là qui lui taillent, après coup, des thèmes de discours, si le chef de l’Etat avait observé le silence sur cette question précise ?

Dans cette mer qui reçoit la barque Sénégal, la démocratie est parfois le réceptacle de lectures furieuses et trop partisanes de ses bonnes et mauvaises surprises. Une confusion est savamment entretenue par des hommes ayant eu des charges au sommet de l’Etat entre la gouvernance locale et les charges de président de la République.

Même l’Assemblée nationale, fruit d’élections que cette partie de l’opposition a eu le tort de boycotter, n’échappe pas à ces dérapages fiévreux à semer le doute sur la rigueur des théoriciens qui en portent les germes si dangereux pour la bonne information de l’opinion.

C’est connu, les erreurs, en politique, se paient cash. Les acteurs défaits par l’expression de la volonté populaire peuvent s’en remettre. Mais à une condition : celle d’en tirer toutes les leçons.

Ridicule donc de parler de démission ou d’élections anticipées lorsqu’on n’a pas été capable, il y a vingt-cinq mois, de franchir le cap des douze pour cent ! Mais que voulez-vous ? La liberté d’expression est une belle conquête de la démocratie. Sa limite est qu’elle est souvent parasitée par la liberté de légiférer dans la rue, de prendre des décrets dans des « cars rapides » et de publier des arrêtés dans des gargotes.

Les annonces de gros temps fusent de la bouche de météorologues dont la verve enverrait au chômage les véritables politologues et techniciens de la météo. C’est amusant. Pas plus !

Se relever lorsqu’il est poussé, par les humeurs et les raideurs, au bord du précipice, voilà un des secrets de l’édifice du système démocratique sénégalais. Tel un aimant, le bon sens l’emmène à lui et le maintient droit vers la postérité. En fin de compte, les scrutins municipaux, ruraux et régionaux du dimanche 22 mars dernier ont consacré un parti : la démocratie sénégalaise.

Un fichier, décrié il y a deux ans pour délit de non-fiabilité, a donné des réponses très fiables à des partis ayant boycotté les Législatives lorsqu’elles ont été noyées dans leur doute sur leur capacité à l’emporter.

Et pourtant ils ont engrangé beaucoup de voix au point de nouer un nouveau pacte de gouvernance locale avec leurs concitoyens établis aux quatre coins du Sénégal.

Le beau temps autour du fichier ne s’estompe pas car le chef de l’Etat, après avoir donné des directives fermes pour la bonne organisation et la transparence des scrutins locaux, a pris la décision de mettre en place un dispositif de veille qui sera la sentinelle de la sincérité du scrutin présidentiel de 2012.

Le choix de partenaires politiques et de développement de premier ordre comme la France et l’Union européenne, dont l’indépendance ne souffre d’aucun doute, est d’une pertinence rassurante pour tous. Le débat est clos sur ce chapitre.

La démocratie sénégalaise n’est pas un logiciel usé. Il est authentique. Il a juste besoin, par le soin de ses acteurs, de mises à jour, de temps à autre. Par l’acte et par la parole, il faut lisser l’œuvre et refuser les vaines fractures.

Désormais, dans cette mer où le peuple navigue vers un idéal de paix, de liberté et de prospérité, il n’existe que l’étendard tricolore (vert-jaune-rouge) pour porter notre aspiration commune à des lendemains meilleurs.

Ce patrimoine collectif n’est pas un simple projet ; il est avant tout une tâche de l’instant. Une marche pénible parfois, excitante en d’autres occasions. Les pas réalisés, ensemble, représentent une performance sur le renoncement.

La foi en un accomplissement est portée, dans cette démocratie en mouvement, par une identité nationale forte qui n’est pas la manifestation d’un repli sur soi. Elle est bien le point précis d’amorce d’un élan franc vers le reste du monde. Il faut s’emplir le cœur des mots vaillants du chef de l’Etat : « Ne soyons pas otages de la routine ».

Il prend à témoin le peuple souverain lorsqu’il annonce de nouvelles orientations : « Vous en jugerez vous-mêmes... »

Le Sénégalais a un environnement si marqué des mille échos de sa propre liberté qu’il s’est ennuyé au point de s’inventer des peurs. Un point positif : les divergences sont un signe de vitalité lorsqu’elles s’expriment dans le cadre de la loi et de la considération.

Les vives félicitations adressées à l’opposition sénégalaise en réunion du Conseil des ministres et réitérées vendredi soir dans son adresse solennelle à la Nation mettent un terme à la parenthèse de passions affirmées ou diffuses pour ne mettre en perspective que la réalité de l’Etat et de la République.

Le principe du dialogue relève plus que jamais de la responsabilité des patriotes et surclasse les cloisons idéologiques, partisanes, culturelles, économiques, etc.

La diversité peut très bien s’exprimer dans le respect des particularités sans tomber dans le jeu pervers des particularismes fatals à l’aménagement d’un espace de convergences fortes.

L’engagement renouvelé par le président de la République de ne porter aucune entrave à la gouvernance locale dans les collectivités gagnées par l’opposition est une parole d’honneur qui hisse son auteur sur des hauteurs républicaines et conceptuelles.

La seule clause est celle de la sincérité et de la probité morale et intellectuelle : le respect de la Bonne gouvernance et des institutions de la République.

Cette marque d’ouverture et de sens de l’Etat porte aussi l’estampille d’un souci renouvelé pour le statut de l’opposition et de son chef. Il y a quelques années, l’élan franc et désintéressé du chef de l’Etat s’est heurté à des avis discordants des différentes forces politiques présentes à l’Assemblée nationale.

L’objet du désaccord relevait des résultats des Législatives de 2001 : le statut au parti qui compte le plus de voix ou à l’autre qui compte le plus de députés ?

L’esprit de consensus est le plus important. Il doit prévaloir plus que toute considération personnelle dans les rangs d’une opposition qui a toujours eu du mal à aller en rangs serrés à un scrutin (présidentielle) ou gérer le bénéfice de l’unité (locales).

C’est à ce prix que la barque « opposition » pourra voguer vers des eaux paisibles et participer, avec la distance critique et le souci de la République, à la prise en charge des questions essentielles.

D’ores et déjà, cette question de l’emploi est un bilan par les pas réalisés et un horizon par les nouvelles orientations évoquées par le chef de l’Etat.

Une surpriorité donc, pour reprendre le mot du président Wade. Les enjeux restent actuels. La promotion de la femme est un défi de tout temps. L’énergie nous fixe des tâches immenses mais pas irréalisables comme le stockage du gaz et la diversification à travers l’éolienne et le solaire entre autre.

L’école, un des agoras de la démocratie, aura son forum. L’agriculture nous tend la possibilité d’avoir une souveraineté alimentaire en riz et une nouvelle activité autour du blé qui renforce notre pain quotidien. Les défis sont beaux à surmonter, telle une oeuvre démocratique, celle-là dont la maturation des grands thèmes passe par le dialogue et se nourrit de patriotisme.

La plus belle des victoires dans la navigation vers « un avenir radieux pour ne pas dire illuminé » avec cet « esprit des combattants (qui) ne meurt jamais » !



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