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Politique

DJIBO LEYTI KA : « Si Me Wade avait succédé à Senghor, le Sénégal serait plus développé »

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DJIBO LEYTI KA : « Si Me Wade avait succédé à Senghor, le Sénégal serait plus développé »
Il a servi les trois présidents de la République du Sénégal. Dernier directeur de Cabinet du président Senghor, ministre sous Abdou Diouf pendant 14 ans, il est ministre d’Etat dans l’équipe du président Wade depuis 2004. Djibo Kâ, actuellement ministre d’Etat, ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature, des Bassins de rétention et des Lacs artificiels fait partie des hommes qui ont marqué l’histoire politique du Sénégal pendant ces 40 dernières années. Cette stature fait de lui un témoin privilégié de l’apport individuel de ceux qui ont présidé aux destinées du pays dans la construction nationale. Même s’il juge globalement satisfaisant le bilan des 50 ans d’indépendance du Sénégal, il estime que beaucoup reste à faire. Mais il ne semble pas se faire de souci. « Le Sénégal est à la porte de l’émergence avec le président Wade », déclare-t-il dans l’entretien qu’il nous a accordé. Le leader de l’Union pour le renouveau démocratique (Urd) a également abordé la création de l’Alliance Sopi pour Toujours, la prolifération des mouvements sociaux, la présidentielle de 2012, etc.

50 ans après l’indépendance, est-ce que le Sénégal d’aujourd’hui est celui de vos rêves ?

J’entendais souvent le président Senghor dire : « Dakar sera bientôt comme Paris ». J’étais à l’école primaire. Dakar est maintenant un petit Paris. C’est pour dire, au total, qu’on a beaucoup fait, mais il reste beaucoup à faire. C’est cela le progrès. Chaque progrès règle un problème. Les aspirations économiques et sociales créent d’autres besoins. La pertinence du choix politique d’un leader se mesure à sa capacité de faire face aux nouveaux défis. Le Sénégal est à la porte de l’émergence. Je suis né en 1948. A à l’époque, le pays n’était pas comme il est aujourd’hui. On a fait des progrès importants dans les domaines économique, social et culturel. Le Sénégal actuel correspond à mes rêves en tant que démocrate. De ce point de vue, il n’y a rien à dire, même si la démocratie n’est jamais achevée. C’est un processus très long qui demande de la maturation, des efforts de chaque acteur politique. Je suis heureux d’être Sénégalais. Le Sénégal de mes rêves futurs, c’est de faire mieux et plus.

Le Sénégal vient de fêter ses 50 ans. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

J’assiste à la fête de l’indépendance depuis l’école primaire. J’ai défilé pour la première fois en 1973. J’étais étudiant. Le défilé de cette année m’a profondément marqué. Il y a eu la présence massive des troupes étrangères des pays voisins. La présence massive des chefs d’Etat africains et des délégations non africaines, mais aussi de la jeunesse. Franchement, c’est le défilé qui m’a le plus marqué au cours de ces 25 dernières années. C’est dire que notre pays compte dans le monde. Ce qui fait que nous sommes condamnés à maintenir le cap.

Vous avez travaillé avec les trois présidents qui ont dirigé le pays. Qu’est-ce qu’ils ont apporté individuellement dans la construction nationale ?

J’ai eu la chance et l’honneur de servir les trois présidents du Sénégal. Senghor en tant que directeur de Cabinet, le dernier à ses côtés, Abdou Diouf en tant que ministre du gouvernement pendant 14 ans sans interruption dans des postes éminents et stratégiques. Partout où il y a eu des problèmes, on m’a envoyé là-bas. J’en sortais indemne chaque fois grâce à Dieu. J’ai eu la chance d’avoir été témoin-acteur à la fois de beaucoup d’événements heureux et malheureux. Événements heureux, j’en ai connu au moment où Senghor définissait la politique de la nation pour faire du Sénégal la déesse noire en tant que pays de culture. C’est pourquoi j’ai l’habitude de dire que si le Sénégal était un livre - et après avoir terminé la lecture de ce livre - on vous demande de donner un titre, on peut faire la proposition suivante : le Sénégal est un Etat. C’est incontestable. C’est pourquoi je suis heureux d’avoir été parmi les acteurs. Senghor a posé les fondations de notre Etat démocratique. Diouf a continué avec son style de grand commis de l’Etat. Abdoulaye Wade est venu renforcer cela. S’il avait succédé à Senghor, le Sénégal serait plus développé. C’est un homme audacieux, plein de courage et d’ambitions. Le président Wade a tellement d’idées. Notre problème à nous tous, c’est la mise en œuvre de ses idées. J’ai eu la chance d’être à ses côtés à des moments difficiles. Pourquoi difficile ? Parce que les gens attendaient beaucoup de lui. Il réussit tant bien que mal à faire face. Le Sénégal est à la porte de l’émergence. Toutes les politiques qu’on est en train de mener le prouvent éloquemment.

Vous dites que si Wade avait remplacé Senghor, le Sénégal serait plus développé. Voulez-vous mettre en cause le bilan de Diouf ?

Non, pas du tout. Diouf a eu le redoutable honneur de gérer le programme d’ajustement structurel qui était un contexte historique mondial. L’Afrique a été soumise à un programme d’ajustement structurel majeur. C’est moi qui étais le responsable de ce dossier pendant au moins cinq ans. On a mis en cause tous les secteurs sociaux. Tous les crédits affectés aux secteurs sociaux comme l’éducation, la santé ont été revus à la baisse. Certains ont été supprimés. Les infrastructures ne pouvaient pas suivre. On a eu ce qu’on appelle l’ajustement budgétaire. On n’a pas réussi à l’accoupler avec l’ajustement structurel pour la croissance. On a pris les mesures d’accompagnement nécessaires et indispensables. C’était très dur. La dévaluation est intervenue en 1994. C’est ce qu’on appelle l’ajustement global. C’était dur. Diouf a eu le courage de faire face. Est-ce que l’ajustement structurel a été un passage obligé ? Certains le pensent. J’ai un avis réservé sur cela. En tout cas, j’ai eu ma part de responsabilité et je l’assume.

Vous êtes avec le président Wade dans le cadre d’une alliance « stratégique ». Comment se porte l’Urd au sein de la mouvance présidentielle ?

Ce n’est pas moi qui ai donné une définition à cette alliance. C’est Macky Sall qui a donné cette définition. Lors de notre premier congrès de 2004, il est venu à la tête d’une forte délégation du Pds. C’est lui qui a eu à qualifier notre alliance avec le Pds de stratégique. Et il a raison. C’est une alliance sur une longue durée autour du projet politique de convergence, de stabilité et de renforcement de notre démocratie. Notre alliance avec le Pds se porte bien. Elle a eu des résultats importants pour la démocratie et le développement de notre pays. Maintenant, les problèmes de personne, je n’ai jamais réussi à les gérer.

Beaucoup de partis ont fusionné avec le Pds, pourquoi pas l’Urd ?

L’Urd ne peut pas fusionner avec un parti. Il ne peut pas se fondre dans un parti quel qu’il soit. En tout cas, je suis heureux d’être dans cette alliance qui est maintenant structurée. La majorité présidentielle est structurée dans le cadre de l’Alliance Sopi pour Toujours. Le président Wade en est le leader. L’alliance est organisée de façon structurellement cohérente. Je préside la commission veille politique. Elle a identifié des objectifs précis parmi lesquels la réélection du président Wade en 2012. C’est cela l’objectif prioritaire de l’Alliance. Chaque parti a maintenant un programme autonome qu’il développe. Et on fait face ensemble à tous les défis de façon méthodique.

Nombre de Sénégalais ne comprennent pas que vous soutenez Wade alors que vous êtes présidentiable...

Je me suis beaucoup expliqué sur cette question. On me pousse souvent à revenir sur cela. J’ai dit aux gens qu’on veut me rendre gênant vis-à-vis des Sénégalais. Cela finit par agacer les gens. Donc, faites-moi l’amitié de ne pas insister. Je me suis expliqué sur cette question plusieurs fois. Lors de son congrès, mon parti a pris une décision qui m’engage. Nous sommes dans l’Alliance avec le président. J’entends y demeurer avec l’accord de mon parti, l’Urd, qui a une stratégie claire pour la conquête démocratique du pouvoir. J’ai entendu Me Wade dire à Abidjan qu’on ne conquiert pas le pouvoir avec des nœuds de papillon. Il a tellement raison. Je suis en train de conduire mon programme : un week-end, une région. Chaque week-end, je fais une région pour tâter le pouls du pays des profondeurs. Je suis à l’aise dans cette alliance et je ne suis pas pressé. Je ne suis pas fou. Je sais bien qu’une candidature à la présidence de la République cela se prépare. Il ne sert à rien de se précipiter. Il faut avancer méthodiquement, mais de façon loyale par rapport au président Wade. Il sait ce que je veux. Ce n’est pas la peine de le chanter sur tous les toits.

Vous voulez devenir le quatrième président de la République...

C’est la question que je veux éviter. C’est évident.

Pensez-vous que l’Alliance Sopi pour toujours peut réussir là où la coalition Sopi a eu des difficultés pendant les élections locales de mars 2009 ?

La coalition en tant que structure organisée n’existait pas avant les élections de mars de 2009. Nous avons vu comment les élections locales se sont déroulées. Nous avons tiré les leçons et réagi. C’est ce qui s’est passé. On a voulu habiller la coalition. Tous les partis de la mouvance se retrouvent régulièrement maintenant avec un ordre du jour précis. Croyez-moi, la coalition va faire mal. Nous avons occupé le terrain systématiquement. Ne comparons pas l’élection présidentielle aux élections locales. Une élection présidentielle est la rencontre d’un homme et d’un peuple autour d’un projet politique majeur. Le coefficient personnel de l’homme compte beaucoup. On est très conscient de nos faiblesses. Chaque parti est conscient de ce problème. On est en train de tout faire pour rectifier les impairs que nous avons connus surtout pendant les investitures. On ne connait d’ailleurs pas les mêmes problèmes, parce que si notre candidat est investi, tout le monde devrait se mobiliser pour sa réélection sans aucune hésitation. Chacun mobilise son camp. C’est pourquoi il est bon d’avoir des partis alliés et non pas d’agréger tout le monde. Je pense qu’il faut éviter d’agréger les gens. Les formations politiques ont leur personnalité propre. Chaque parti politique a une personnalité qu’il faut respecter. C’est cela qui permet de mobiliser les groupes.

Quelles sont les forces et les faiblesses de l’Alliance Sopi ?

La difficulté principale, c’est qu’on n’a pas l’habitude de travailler ensemble en tant que parti. L’Urd a une culture. Le Pds a une culture. Tous les partis ont une culture qui leur est propre. Il faut que les hommes et les femmes apprennent à travailler ensemble et à regarder dans la même direction pour gagner ensemble. Il y a des considérations internes locales. Il est difficile de les gérer à partir de Dakar. Il faut réunir les gens à la base même. C’est cela la principale difficulté. On va y arriver.

Les querelles de leaders entre les ténors de la coalition ne risquent-elles pas de plomber la dynamique de rassemblement ?

L’alliance a un leader unique. C’est Me Abdoulaye Wade, président de la République. C’est notre leader incontesté et incontestable. Maintenant, chaque leader de parti a son image à préserver, son rôle à jouer. Et il entend le jouer pleinement. Mais, l’après Wade, c’est entre les mains de Dieu. Personne ne sait ce qui va se passer d’ici à 2012. Personne ne sait ce qui va se passer après 2012. Ce sont des spéculations dans lesquelles je ne m’inscris pas. C’est cela qui me différencie fondamentalement de certains. Je ne m’inscris pas dans ce débat métaphysique. Mais je suis très pratique. Je ne crois que ce que je vois. Personne ne me surprendra. Je surprendrai toujours mes adversaires. Ceux qui s’agitent à Dakar ne pèsent rien. Ceux qui s’agitent souvent dans les radios ne pèsent absolument rien sur le terrain. Ce n’est pas la presse qui fait les hommes politiques, même si la presse a un rôle important à jouer.

En quittant le Ps en 1998, vous avez fragilisé ce parti. Est-ce que le Pds ne risque pas de connaître le même sort avec le départ de certains de ses responsables ?

Je préfère additionner que de faire la soustraction. En politique, il est bon de procéder par addition et non par soustraction. Je n’en dirai pas plus.

Vous semblez regretter le départ de ces responsables...

Je ne regrette rien. Je ne suis pas du Pds. C’est un conseil que je donne. Vaut mieux procéder par addition que par soustraction. Je ne peux pas donner des leçons au Pds même si c’est un parti allié que je respecte beaucoup.

Mais la situation au Pds vous interpelle directement...

Je suis attentif à ce qui se passe dans le Pds comme dans tous les partis alliés. Cela m’intéresse particulièrement, comme c’est le parti le plus important dans l’alliance.

Le retour d’Idrissa Seck vous gêne-t-il ?

Pas du tout. Absolument pas. J’aurais souhaité aussi que Macky Sall revienne aux côtés du chef de l’Etat qui lui a tout donné. Mais Macky a opté pour une autre voie. Je respecte cette option.

A un certain moment, vous avez lancé les retrouvailles de la grande famille socialiste. Votre appel a-t-il eu les effets escomptés ?

J’ai le sentiment très fort que je n’ai pas été entendu.

Qu’est ce qui n’a pas marché ?

Certains n’ont pas compris ce que je voulais dire. J’ai tourné la page. J’ai toujours des amis au Ps. J’ai des amis à l’Afp, au Psa et au Bds de Mamadou Diop. J’ai une alliance organisée depuis 2003 avec Amadou Sène Niang qui est membre de l’Alliance Sopi. Je me suis retrouvé avec mon jeune frère Aliou Dia qui est une figure emblématique du Djoloff. Je mène ma barque à ma manière. Dans le Pds, j’ai des amis avec qui je me concerte toujours. Je suis un homme ouvert. Je ne néglige aucune possibilité en vue de renforcer l’axe que j’ai choisi.

Que pensez-vous des remous annoncés au Ps ?

Ras (Ndlr : Rien à signaler). On m’a posé la même question à Paris avant-hier. Je n’ai rien à dire sur cela. Je préfère laisser les choses se gérer à l’intérieur de ce parti dans lequel j’ai encore beaucoup d’amis.

Etes-vous aujourd’hui surpris d’y entendre des querelles ?

J’ai passé toute ma jeunesse dans ce parti à qui j’ai tout donné et qui m’a tout donné. Il est arrivé un moment où je ne pouvais plus rester. On m’empêchait de penser. Je suis un homme libre en tant qu’intellectuel. J’ai décidé de servir le Sénégal. Je le défends partout. On me demande de suivre une telle voie que j’ai condamnée, je ne pouvais pas l’accepter. Je suis parti avec des hommes. Je n’ai pas été exclu. C’est moi qui ai démissionné avec d’autres camarades avec une lettre officielle adressée au président du parti à l’époque, Abdou Diouf. Ce qui se passe dans le Ps ne me surprend pas. Je n’aimerais pas en dire plus par respect pour des hommes et des femmes qui sont dans ce parti.

Êtes-vous prêts à tenter à nouveau une recomposition de la famille de la social-démocratie ?

Laissons le temps faire son œuvre.

L’opposition a-t-elle des raisons de douter de la fiabilité du processus électoral ?

Personnellement, j’ai du mal à comprendre l’opposition. Elle crie que les semences manquent. S’il y a des semences à suffisance, elle annonce la famine. Si les récoltes sont bonnes, elle annonce que les bons impayés reviennent. Si on achète l’essentiel de la production agricole, elle trouve un autre prétexte comme le fichier électoral. Quand l’on se rend compte que le fichier électoral est un des meilleurs au monde, elle crie que la machine à fraude des libéraux s’est mise en branle. Tout cela, c’est pour préparer l’opinion publique à sa défaite. C’est une stratégie, mais c’est évident qu’elle annonce un échec de l’opposition. L’opposition émettra toujours des doutes. Chaque étape, elle va inventer des choses qui ne collent pas. Aujourd’hui, dans ce pays, personne ne peut frauder aux élections. Le fichier électoral est même consultable sur internet. Tout le monde le sait. L’élection de 2000, de 2007 sont là pour nous prouver qu’il est impossible de frauder. Comment peut-on gagner avec un fichier et dire que ce fichier n’est pas fiable ? Donc, l’opposition a fraudé lors des élections locales de 2009 ? Je pense que tout cela est un faux et inutile débat.

Cette opposition est à la recherche d’un candidat unique en 2012. Pensez-vous qu’elle y arrivera ?

Nous, nous avons déjà notre candidat. C’est Abdoulaye Wade. Le reste, ce n’est pas notre problème. Toujours est-il que, candidat unique ou pas, l’opposition sera battue en 2012.

Pensez-vous que le pouvoir pourra résister à la machine de Bennoo Siggil Senegaal ?

Bennoo est une machine grippée. En regardant ce qui se passe en son sein, on se rend compte que la machine dont vous parlez est rouillée. Bennoo est une organisation artificielle au vrai sens du mot. C’est un tonneau vide. Et comme tous les tonneaux vides, elle fait beaucoup de bruit. Bennoo vit parce qu’il y a les radios et les journaux. Elle a marché le 3 avril dernier, mais elle a rassemblé quoi ? En tout cas, c’est moins de 200 personnes. Avant-hier, (Ndlr : l’interview est réalisée le mercredi), j’ai vu un leader de cette coalition dans une télévision privée, j’avais franchement pitié de lui. Celui là, son parti n’existe plus. Il n’existe qu’à travers la presse.

Que vous inspire la prolifération des mouvements citoyens qui s’occupent de problèmes jusqu’ici pris en charge par les partis politiques ?

C’est une situation normale. N’oublions pas que la société sénégalaise est en pleine évolution. Il y a des intellectuels qui ne sont pas faits pour militer dans les formations politiques classiques. Ces derniers sont à l’aise dans des structures citoyennes et sociales. Il faut s’attendre à ce que le nombre de ces mouvements augmente au fur et à mesure que nous progresserons socialement. Je présume même que la prochaine élection présidentielle enregistrera beaucoup de candidatures indépendantes. C’est un nouveau phénomène qui s’explique par la maturation de notre démocratie. Certains pensent que les partis classiques ne sont plus adaptés et, donc, dépassés. D’autres, en revanche, considèrent que ce sont seulement ces partis qui doivent engager les électeurs. Personnellement, je pense que tous les citoyens ont le droit de s’organiser selon leur volonté et leur conception de la vie démocratique.

Est-ce à dire que cette poussée des mouvements citoyens sonne l’échec des partis classiques ?

On ne peut pas parler d’un échec. En lieu et place, je dirai que ce phénomène montre les limites des partis classiques. Un parti politique est un organe vivant qui se développe, qui grandit et qui entame une pente descendante. C’est évident. C’est universel. Même l’être humain est ainsi fait. Il naît, grandit, devient moins rentable avec l’âge et meurt. Il n’y a que les Etats qui sortent du lot. Parce qu’ils ont des mécanismes d’autorégulation, d’autopromotion et d’adaptation. Un homme est un être vivant, tandis qu’un parti politique est un ensemble formé d’hommes et de femmes. L’exemple le plus illustratif, est le parti Mexicain révolutionnaire. Ce parti a régné pendant 70 ans de façon incontestée sur l’ensemble du Mexique. Et, un beau matin, il s’est effondré comme un château de cartes. Avoir le courage de se rénover, de se refonder est la grande difficulté de nos partis. Chaque homme pense qu’il indispensable, qu’il est même éternel. Ce qui est une grosse erreur. Je pense que les partis politiques doivent faire beaucoup attention au phénomène auquel nous assistons actuellement. Ces mouvements citoyens ne m’inquiète pas outre mesure, mais je pense que les partis doivent réfléchir à une nouvelle forme de gouvernance, à une nouvelle forme de démocratie interne. L’Urd, née dans la crise de pensée, est bien placée pour le dire. Notre parti a une structure qui le différencie des autres formations politiques. Nous n’avons ni de bureau politique encore moins de comité central. Ce sont des concepts obsolètes, du régime communiste et du centralisme démocratique. A l’Urd, nous avons une Dpe (Ndlr : Direction politique exécutive) pour montrer que la souveraineté appartient à la base. Il faut que les hommes politiques arrivent à refuser la dictature au sein de leurs partis. Les directions des partis ont des méthodes dictatoriales et léninistes. Chaque fois qu’un parti est né, il se réclame démocrate, mais, au fil des ans, il devient dictatorial. Je crois que ces mouvements citoyens nous pousseront à réfléchir et à changer de comportement.

Comment se porte l’Union pour le Renouveau démocratique ?

Je rends grâce à Dieu. J’étais récemment dans le département de Linguère. Mais je peux vous dire que ce que j’ai vu là-bas est historique. Depuis la création de mon parti, en 1998, c’est la première fois que je vois autant de monde acquis à ma cause. Je pèse bien mes mots. J’étais à Barkédji et dans neuf autres villages. J’étais très ému. C’était un meeting monstre par la mobilisation exceptionnelle des jeunes et des femmes. Je me suis rendu compte que ces gens-là ont finalement compris ce qu’ils voulaient. Tous ont réaffirmé leur fidélité à l’Urd. Linguère est ma base, mais j’ai des invitations partout. Je dois me rendre à Guinguinéo, à Podor, Kolda, Tambacounda, Louga, Kébémer, Kaolack et Ziguinchor, etc. Je ne vais que là où on m’appelle. Ces différentes visites sur le terrain entrent dans le cadre de mon programme « un week-end, une région ». Je suis aussi en train de préparer un voyage en Gambie, au Gabon et en Côte d’Ivoire où le Renouveau a beaucoup de militants. Quand le président Wade s’est rendu, avant-hier, à Abidjan, il s’est rendu compte qu’à part le Pds, l’Urd est le parti le plus fort. Récemment à Paris, j’étais agréablement surpris de constater que le Renouveau a enregistré beaucoup de nouveaux adhérents. En résumé, je dis que je suis content de ce que mon parti est en train de faire dans le Sénégal notamment chez moi, au Djoloff.

Vous avez conduit la délégation sénégalaise à la dernière conférence sur les changements climatiques à Copenhague. Avez-vous noté des avancées ?

La conférence de Copenhague était attendue sur beaucoup de points. Trop de points même. Manifestement, elle ne pouvait pas les atteindre. Pourquoi ? Parce qu’elle n’est pas une Ong, mais une organisation intergouvernementale régie par les textes des Nations Unies. Les Etats n’ont que des intérêts. Ils n’ont pas que des idées, mais des intérêts concrets économiques en général. C’est pourquoi les résultats que nous avons obtenus à Copenhague ne m’ont pas du tout surpris. Maintenant, ce n’est qu’une première étape. D’autres rencontres sont prévues avant la fin de l’année. Le Sénégal est, quant à lui, très heureux de sa participation à ce sommet. Le président Wade y avait exposé le programme du Sénégal en matière de changements climatiques, d’adaptation en particulier. Il avait séduit tout le monde, surtout lorsqu’il a parlé de la centrale solaire dans le Sahara. C’est dire que nous sommes très satisfaits de ce que nous avons fait à Copenhague. Maintenant, il est vrai que les experts sénégalais ne partagent pas mon avis. Ils pensent que l’Afrique aurait pu faire une meilleure participation.

La gestion des ordures fait beaucoup de bruit à Dakar. Pouvez-vous revenir sur ce qui s’es réellement passé ?

Je pense qu’il est d’abord important de faire un état des lieux sur cette question. La loi sur la Décentralisation transfère la gestion des ordures aux collectivités locales. Ce qui n’est pas le cas pour Dakar qui a un statut particulier. L’Etat met dix milliards par an pour la gestion des ordures à Dakar. Cet argent est destiné à financer les concessionnaires de la région de Dakar. En tant que maître d’ouvrage, le département de l’Environnement atteste que tel concessionnaire a ramassé aujourd’hui tant de tonnes d’ordures et tant de tas de déchets. C’est sur cette base qu’il est payé. Et c’est mon département qui fait les attestations et signe les contrats avec les concessionnaires. Donc, les rôles sont clairement définis sur cette question majeure et financière. C’est tant mieux pour moi. Mais personne n’est satisfait du système. Le maire de Dakar, Khalifa Sall, que j’ai reçu plusieurs fois ici (Ndlr : son bureau) n’est pas satisfait, les concessionnaires aussi, sans parler du département de l’Environnement. Autrement dit, le changement de système s’impose. C’est autour de cela que nous sommes en train de discuter. Toujours est-il que le gouvernement du Sénégal tranchera le moment venu. J’ai eu une première réunion avec tous les maires des capitales régionales. Et j’envisage, le 18 mai prochain, de rencontrer tous les autres maires du Sénégal. Nos échanges vont porter sur les déchets, car il nous faut, au Sénégal, des villes propres. Il est de notre responsabilité d’aider les villes du Sénégal à être propres. Tout cela pour dire que la « Guerre de déchets » n’existe pas. Cela ne peut d’ailleurs exister parce que chacun joue son rôle.

Vous voulez dire que dix milliards de francs ne vous opposent pas au maire de Dakar, Khalifa Sall ?

C’est ce que je viens de dire. Dix (10 milliards) ne peuvent pas m’opposer au maire Khalifa Sall. Dans un journal que j’ai lu, il est même mentionné 17 milliards de francs. Encore une fois, il n’existe pas de guerre des déchets. Chacun tient son rôle et connaît sa place. Nous sommes ensemble pour le même but : rendre notre capitale propre et bon à vivre. La vérité, c’est qu’au Sénégal, les gens aiment les conflits. J’ai eu plusieurs séances de travail avec Khalifa Sall et son équipe. Chaque fois qu’on s’est retrouvé, j’ai rendu compte au Premier ministre et au président de la République. Ils m’ont toujours soutenu. Je dois même avouer que je suis incapable de gérer ce genre de conflits. Les textes et lois sont d’ailleurs là pour régir les rapports entre les institutions.

Au-delà de Dakar, pensez-vous qu’avec les moyens dont elles disposent les collectivités locales peuvent faire face à la gestion des ordures ?

Elles ne le peuvent pas. C’est pourquoi elles sont dans une situation inacceptable. L’Etat a le devoir de les aider. Et c’est ce que nous sommes en train de faire. Avec le ministre des Collectivités locales et de la Décentralisation, Aliou Sow, nous travaillons pour voir comment accompagner les villes du Sénégal à bien gérer leurs ordures et déchets. De temps en temps, on les aide. Nous voulons maintenant qu’il y ait une politique claire et précise.

Le gouvernement ne mettra pas des bâtons dans les roues des collectivités locales gagnées par l’opposition...

Ce sont des hommes tordus qui pensent ainsi. Peut-on imaginer le chef de l’Etat étouffer les communes ? C’est impossible. Cela n’a aucun sens de penser comme cela.

Où en est le projet de la grande muraille verte ?

Voilà un sujet intéressant. C’est une révolution silencieuse qui se passe sur le terrain. Un nouveau système est en train de se créer en termes de reboisement et de bassins de rétention. Si ce projet se termine, il va complètement changer le visage du Sénégal. Nous avons 500 km à réaliser de l’océan atlantique à la frontière malienne. En 2008, on a fait 5.000 ha, 5.200 en 2009 et on prévoit 10.000 en 2010. Le taux de survie est estimé à 96 %. Cela est inédit. Je pense que ce projet majeur intéresse tous les Sénégalais et les jeunes, en particulier, se sont investis massivement dans le programme, de même que l’armée sénégalaise et les troupes françaises basées à Dakar, sans oublier les élus, les Ong et les journalistes. Un sommet des chefs d’Etat des 11 est prévu, le 17 juin prochain, à Ndjaména, au Tchad, pour l’adoption de la charte qui crée l’agence panafricaine de la grande muraille verte. Les ministres se sont déjà prononcés depuis un an. C’est le président Wade, en tant que coordonnateur du volet environnement du Nepad, qui a proposé cette date lors du sommet du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (Cilss), en mars dernier. Le président Idriss Déby du Tchad est chargé d’adresser les invitations à ses pairs. Nous préparons activement cette rencontre.



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